La rentrée des conservatoires : que veut faire le Ministère ?

Après avoir fini l'année dans un climat d'inquiétude, les conservatoires abordent une nouvelle rentrée. Comment s'annonce-t-elle, point avec Catherine Baubin, vice-présidente de l'association Conservatoires de France.

La rentrée des conservatoires : que veut faire le Ministère ?
© Uwe Zucchi/dpa/Corbis

En juin dernier, c'est sur un sentiment d'inquiétude que les enseignants des conservatoires de musique et de danse ont rangé leurs instruments. Fortement mobilisés lors de la journée du 10 juin dans toute la France, ils ont dénoncé une situation devenue critique pour de nombreux établissements suite à la suppression de la subvention de l'Etat début 2015 et la baisse des dotations aux collectivités territoriales.

Selon la lettre adressée à la ministre de la culture fin juin par l'ANEDA ( Association Nationale des enseignants des disciplines artistiques ), suite à cette baisse drastique de financement, « plus de 300 heures d’enseignement de musique, de danse ou d’art dramatique ont été supprimées » et « des dizaines de professeurs se retrouvent au chômage ».

Trois mois plus tard, les conservatoires font leur rentrée. La situation des conservatoires a-t-elle évolué ? Pour Catherine Baubin, directrice de l’Ecole municipale de Musique et de Danse de Rezé et vice-présidente de l’association Conservatoires de France, s’il y a eu une promesse de réengagement, l’abandon symbolique fait très mal :

« Le désengagement de l’Etat auprès des conservatoires a été en effet une douche froide, même s’il s’agit notamment de quelques 200 établissements en France, classés conservatoires de rayonnement régional (CRR) et départemental (CRD), alors que le réseau des conservatoires et écoles de musique est autrement plus vaste. »

La question financière reste épineuse, notamment dans un contexte ou les dotations aux collectivités ont été réduites aussi. Depuis, la ministre Fleur Pellerin a souhaité le réengagement de l’Etat auprès des conservatoires par les « nouveaux pactes » qui devraient impliquer les collectivités locales et les directeurs des conservatoires dans un projet du « conservatoire de demain », moins élitiste, plus démocratique, avec un accent mis sur les pratiques collectives ou amateur, musiques actuelles ou de tradition extra-européenne, pédagogies nouvelles.

«Ce que nous déplorons», rétorque Catherine Baubin, «c’est la méconnaissance du terrain et le manque de reconnaissance pour des évolutions qui ont déjà eu lieu. Les pratiques collectives et les méthodes innovantes font partie du cahier des charges dans de nombreux conservatoires depuis très longtemps. Il est vrai que tous les établissements ne sont pas au diapason : il y a encore des écoles musique qui pratiquent un enseignement très classique, voir élitiste, mais en même temps de nombreux autres qui n’ont pratiquement plus de cours de formation musicale séparés de la pratique collective, qui travaillent avec les nouvelles technologies, qui proposent les cours pour les adultes, qui travaillent main dans la main avec l'Education nationale....Trois mois après les mobilisations, nous abordons la rentrée au point mort, sans aucune idée concrète sur ce que veut faire le Ministère des conservatoires de musique. »

Premier poste budgetaire d'un conservatoire, les emplois vont être premiers à souffir. Un coup porté sur la diversité et l'ouverture, un comble pour des mesures destinées à "démocratiser l'accès à l'enseignement artistique".

«De nombreux établissements seront obligés de se séparer des enseignants de la toute nouvelle génération, qui n'ont pas pu être titularisés parce que les concours ont lieu tous les trois ans et qui, paradoxalement, très souvent apportent une plus value indispensable : des compétences nouvelles, des profils atypiques et qui travaillent sur les pratiques émergentes.»

Si l'on y rajoute la hausse tarifaire, la démocratisation n'est pas pour demain...

Mobilisation le 10 juin dernier par les enseignants du Conservatoire de Montauban

Colloque sur les nouvelles pratiques dans l'enseignement artistique organisé par l'association Conservatoires de France les 19 et 20 octobre à la Philharmonie de Paris

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