La région liquide le festival d’Ile-de-France

Une mesure devant être adoptée en janvier par le Conseil régional prévoit une baisse de la subvention du festival d’Ile-de-France de 68%. Principal financeur de l’événement, la Région pourrait bien être son fossoyeur.

La région liquide le festival d’Ile-de-France
Un des nombreux spectacles musicaux donnés lors de l'édition 2016 du festival d'Ile-de-France, © Olivier Hoffschir

On peut se demander pourquoi la région Ile-de-France n’a pas annoncé son intention de fermer le festival qui porte son nom, plutôt que d’agiter la menace d’une baisse de sa subvention de l’ordre de 68%. La finalité est la même, puisqu'une baisse aussi drastique du financement de la région au festival d’Ile-de-France équivaut à signer son arrêt de mort. L’argent de la région pèse en effet pour 80% du budget de la manifestation, qui vient de fêter son 40e anniversaire.

Si cette décision doit encore être votée au mois de janvier par le Conseil régional, le conseil d’administration du festival qui s’est tenu jeudi 8 décembre laisse penser qu'il n'y a plus aucune issue possible. Sept administrateurs contre deux ont voté une motion de liquidation. L’espoir d’un maintien de la manifestation paraît donc bien mince.

Après avoir évoqué des raisons budgétaires ou de fréquentation insuffisante (19 000 spectateurs en 2016 pour 33 concerts, soit 47 000 euros de subvention régionale par concert ou 80 euros par place), la région se réfugie maintenant derrière un argument juridique.

Dans un courrier adressé au comité de soutien du festival d’Ile-de-France, Agnès Evren, vice-présidente en charge de la culture estime qu’en finançant l’événement à hauteur de 80% du budget total, « la région s’expose à un risque juridique important » et pourrait se voir condamner pour « gestion de fait car le festival pourrait être requalifié en association transparente sans autonomie réelle vis-à-vis de son unique financeur, en violation des règles des finances publiques ».

La vice-présidente enfonce le clou en parlant d’un « calendrier de programmation non pertinent » puisque selon elle l’offre culturelle francilienne est à son maximum à l’automne, période de l’année où se tient le festival. Elle reproche l’obsolescence du modèle économique de la manifestation en pointant du doigt le faible pourcentage de recettes propres issues de la billetterie (12%) ainsi que le nombre important de places gratuites (25%). Elle regrette que, suite au désengagement de l’Etat et des autres départements d’Ile-de-France, soit constatée une surreprésentation du public parisien. Enfin, Agnès Evren estime que le niveau des frais généraux est trop élevé puisque les salaires représentent 48% du budget total.

Le comité de soutien du festival d’Ile-de-France, dont la pétition en ligne totalise près de 4 300 signatures, a tenu à répondre point par point aux arguments de la vice-présidente. Ils rappellent que 22 concerts sur 33 se sont tenus au-delà du périphérique, que les concerts ayant lieu à Paris attirent un public provenant de toute la région, que le pourcentage de billets gratuits (23% selon eux et non 25% comme annoncé plus haut) inclut les billets exonérés aux participants des actions pédagogiques (scolaires, etc.) et qu’enfin les frais de structure ne sont pas de l’ordre de 48% mais de 34%.

Dans ses promesses de campagne, Valérie Pécresse promettait une hausse des crédits à la culture de 20%. Problème, le budget 2016 a connu une baisse de 11% et le prochain budget qui sera voté au mois de janvier ne devrait pas s’améliorer puisque c’est à ce moment-là que sera entérinée cette baisse de financement du festival.

Huit organisations syndicales se sont réunies pour dénoncer cette volonté de liquider le festival d’Ile-de-France. Les Forces Musicales, le Profedim, le Syndeac, le Syndicat national des scènes publiques, la Fevis, France Festivals, Futurs composés et Zone Franche ont adressé une lettre ouverte à Valérie Pécresse dans laquelle ils appellent à « une concertation d’urgence ». Bénédicte Dumeige, directrice de France Festivals estime que cette décision « tardive » de la part de la région ne laisse « aucune marge de manœuvre ».

Le groupe socialiste de la région dénonce la « violence de cette décision aussi brutale qu’arbitraire » et déplore la « médiocrité de cette façon de faire ». Le groupe des écologistes regrette ce « nouveau coup porté à l’encontre du monde artistique francilien » qui vient confirmer le « travail de sape du nouvel exécutif régional contre la Culture qui est pourtant un vecteur essentiel de partage, de progrès et d’épanouissement ».