La radio publique bulgare s’offre une seconde jeunesse grâce au jazz et à la musique classique

Contrainte, pour des raisons de droits d'auteur, de diffuser de la musique enregistrée depuis 70 ans au moins, la radio publique bulgare connait un rebond inattendu du nombre de ses auditeurs, ravis d’entendre du classique et du jazz.

 La radio publique bulgare s’offre une seconde jeunesse grâce au jazz et à la musique classique
Les auditeurs sont ravis de retrouver du classique, du jazz et des morceaux folkloriques sur les ondes, © Getty / DEA / G. CIGOLINI

Glenn Miller, The Andrews Sisters, Vivaldi, Mozart ou d’anciens morceaux folkloriques locaux … Depuis début janvier, la programmation de la radio publique bulgare, BNR, est bouleversée. En raison d’un litige avec la société Musicautor, qui a exigé une hausse de 250% du montant des droits d’auteurs acquittés annuellement par la BNR, la radio d’Etat ne peut plus passer que des morceaux enregistrés depuis plus de 70 ans, et donc libres de droits.

Divine surprise dans ce pays où les ondes passent généralement de la musique pop et de la variété, la radio a vu son audience bondir en quelques semaines, progressant de 20% en janvier par rapport à la moyenne mensuelle du quatrième semestre.

« Au lieu de nous pénaliser, ce changement a augmenté notre audience », a déclaré à l’AFP la porte parole de la radio, Nikoleta Elenkova. La part de marché est ainsi passée de 13,7% à 16,5%, ce qui a permis à la BNR de se hisser de la 4ème à la 3ème place derrière deux groupes de radios privées, selon Ipsos.

Cette nouvelle offre musicale fait la joie de toutes les générations d’auditeurs, que ce soit la part la plus âgée de la population du pays, où un tiers des habitants sont des retraités, ou les plus jeunes. Galina Savtcheva, esthéticienne d’une cinquantaine d’années, écoute la radio à longueur de journée dans son salon à Sofia : « La musique que la radio diffusait auparavant, beaucoup de musique pop bulgare et étrangère assez moyenne, m’ennuyait », confie-t-elle. « Maintenant, je reviens à la BNR pour du Mozart, du Vivaldi, et même du foxtrot qui me rappelle ma grand-mère ».

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste et regorgent de messages d’encouragement à l’égard de la radio nationale : « Soyez différents et votre auditoire continuera à augmenter », note Snejana Varleva. « C’est un mal pour un bien. Votre programme s’est amélioré », juge quant à lui un certain Derlis-Ivan.

Le conflit avec Musicautor profite également aux jeunes compositeurs actuels. « Ces jeunes musiciens nous cèdent leurs droits gratuitement pour se faire connaitreet bénéficier d’une diffusion nationale inespérée », souligne Nikoleta Elenkova.

Musicautor a expliqué que la hausse des montants des droits d’auteur était destinée à aligner la grille tarifaire de la radio publique à celle appliquée aux antennes privées. Les deux parties ont finalement trouvé un accord, le directeur général de la BNR, Alexandre Velev, assure être parvenu à négocier une augmentation d’un niveau « admissible ». Les émissions pourront en théorie reprendre normalement à compter du 1er mars, mais rien ne sera plus pareil sur les ondes de la radio, a laissé entendre le responsable. Le succès imprévu rencontré par cette nouvelle programmation « nous a fait réexaminer nos programmes musicaux pour mieux prendre en compte les goûts des auditeurs », promet Alexandre Velev.

avec AFP