La Philharmonie de l'Elbe à Hambourg se dévoile

Inaugurée le 11 janvier prochain, la Philharmonie de l’Elbe était en opération séduction à Paris. Après 10 ans de conflits politiques et de dérapages budgétaires, Hambourg essaie de tourner la page en proposant une maison de la musique novatrice et très inspirée du modèle de la Philharmonie de Paris.

La Philharmonie de l'Elbe à Hambourg se dévoile
La Philharmonie de l'Elbe dans le port d'Hambourg signée par les architectes suisses Herzog & de Meuron. (© Maxim Schulz)

Souvenons-nous des dérapages et des polémiques liées à la construction de la Philharmonie de Paris. La construction avait enchaîné des retards, une explosion du budget et des polémiques politiques. Mais ce n’est rien comparé au véritable chemin de croix vécu par les porteurs du projet de la Philharmonie de l’Elbe.

La construction, lancée en 2007, aurait dû s’achever en 2010. Mais ce n’est qu’en janvier prochain que l’Elphi, comme la surnomme les habitants d’Hambourg, sera inaugurée. Un retard de 7 ans lié à d’innombrables conflits entre la ville, le constructeur, et le cabinet d’architectes suisses Herzog & de Meuron. De passage à la Philharmonie de Paris pour présenter cette nouvelle salle de concert du nord de l’Allemagne, Christoph Lieben-Seutter, l’intendant général de l’Elbphilharmonie a expliqué que le problème venait d’un « optimisme surévalué » lors du lancement du projet. Si l’homme n'est pas très bavard sur les raisons de ce fiasco, il explique à demi-mots que la plus grande erreur a été de « lancer le chantier alors que les plans n'étaient pas terminés ». C’est également dans ce sens que va un rapport de la commission d’enquête du Parlement de Hambourg.

Dès les premiers mois du chantier, les retards se sont accumulés. En 2011, les travaux sont suspendus suite aux craintes du constructeur. Selon lui, le toit du bâtiment originel risquait de s’effondrer si les plans étaient appliqués comme tels. Après un changement de couleur politique à la mairie, les discussions ont repris puis le chantier a redémarré en 2013. Malheureusement, tout retard représente un coût. A Hambourg, ce dépassement budgétaire est tel qu’il sera certainement étudié dans le monde entier par les pouvoirs publics souhaitant bâtir une salle de concert. Le budget prévu de 77 millions d’euros en 2007 est passé à 865 millions d’euros en 2016 !

Le plus gros travail reste à venir pour l’Elbphilharmonie : faire oublier ces années d’errement en ouvrant une salle novatrice et en tentant d'emporter l’adhésion du public lassé par ce feuilleton sans fin. Christoph Lieben-Seutter, l’intendant général, espère donc faire aussi bien que la Philharmonie de Paris dont il ne cesse de vanter les qualités. Et les ressemblances sont en effet nombreuses. Au coeur du complexe culturel, un grand hall de 2 100 places conçu en vignoble, à l’image de la Grande salle de la Philharmonie parisienne, et une salle de récital de 550 places. Autre point commun avec Paris, c'est Yasuhisa Toyota qui s’est occupé de l’acoustique. L’ingénieur japonais y a développé le concept de « peau blanche », un revêtement mural composé de 10 000 panneaux de fibres de gypses fraisés au millimètre près.

La "peau blanche" qui tapisse le plafond du Grand Hall de la Philharmonie de l'Elbe. (© Oliver Heissner)
La "peau blanche" qui tapisse le plafond du Grand Hall de la Philharmonie de l'Elbe. (© Oliver Heissner)

La Philharmonie de l’Elbe est implantée dans le port d’Hambourg, l’un des plus importants au monde, et offre une vue imprenable sur le fleuve, à l'image de la vue qu'offrent les terrasses panoramiques à Paris. Le bâtiment a été conçu à partir d'un ancien entrepôt servant à stocker les graines de cacao. Il est composé de deux parties, la partie inférieure - en briques - qui accueillera des salles de répétitions, des espaces pédagogiques et des salles techniques, et la partie haute - en verre - donnant un effet de vagues gelées derrière lesquelles se trouvent les salles de concert.

A la jonction des deux parties du bâtiment dessiné par Herzog & de Meuron, se trouve une « plaza » juchée à 37 m de hauteur. Accessible au grand public, elle accueillera des restaurants, des boutiques et le hall d’entrée des salles. Grande nouveauté de l’Elbphilharmonie, elle abrite en son sein un hôtel de luxe et 44 appartements de haut standing entre les 11e et 26e étages.

Bien évidemment, Elphi accueille aussi des ensembles en résidence. Ce sera le cas de l’orchestre symphonique de la Ville qui change de nom pour l’occasion, le NDR Elbphilharmonie Orchester dirigé par Thomas Hengelbrock. Ce dernier est d’ailleurs le directeur artistique de la salle et est également chef associé de l’Orchestre de Paris, en résidence à la Philharmonie de Paris. L’Ensemble Resonanz, spécialisé en musique contemporaine, prendra ses quartiers dans la salle de récital.

Le duo de directeurs a insisté sur le modèle culturel proposé par la Philharmonie de Hambourg : une maison de toutes les musiques, pour tous. Les meilleurs orchestres du monde et les plus grands solistes s’y produiront mais aussi des ensembles spécialisés, du jazz, des musiques du monde, de la pop, de la folk et des musiques électroniques. Parmi les projets inédits qui seront donnés durant la première saison, Brian Eno proposera une installation sonore et l’acteur John Malkovich présentera son dernier spectacle musical en création mondiale. Dernier point sur lequel Hambourg s’est fortement inspiré de Paris, la pédagogie. L’Elphi proposera de nombreux ateliers à destination des enfants, des élèves et des familles.

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