"La perte d'un géant" : le pianiste Nelson Freire nous a quittés

Mis à jour le lundi 01 novembre 2021 à 11h28

Le Brésilien, proche de Martha Argerich, était considéré comme l'un des plus grands pianistes de la deuxième moitié du XXe siècle. Nelson Freire s'est éteint dans la nuit de dimanche à Rio de Janeiro. Il avait 77 ans.

"La perte d'un géant" : le pianiste Nelson Freire nous a quittés
Nelson Freire, en 2008, © Maxppp / Ramón de la Rocha

C'est un monument, un monstre sacré du piano qui nous quitte. Le pianiste brésilien Nelson Freire est mort à Rio de Janeiro dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 77 ans, apprend France Musique. Avec lui s'éteint une flamboyance peu commune au clavier, mêlée à une sensibilité et une expressivité rares.

France Musique lui rend hommage dès 15h dans Relax avec Lionel Esparza, ainsi que dans le van Beethoven d'Aurélie Moreau.

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Virtuosité précoce

Nelson Freire naît en 1944 à Boa Esperança, dans le sud-est du Brésil. Sa famille détecte et reconnaît très tôt son talent précoce. Il est initié au piano par sa sœur dès l'âge de 3 ans. Le jeune Nelson, réservé, maladif, trouve dans la musique un terrain de jeu idéal pour s'exprimer. Il commence à étudier le piano sérieusement à 5 ans, sous la houlette de Lucia Branco et de Nise Obino. À 11 ans, il joue déjà Chopin avec un talent et une aisance éblouissants. Extrêmement alerte et studieux malgré son jeune âge, il fait des pas de géants, et à seulement 13 ans, remporte le Concours International de piano de Rio de Janeiro, en interprétant le Concerto Empereur de Beethoven. Prémisse des gloires à venir.

Le jeune pianiste virtuose décroche alors une bourse pour aller étudier à Vienne, auprès de Bruno Seidlhofer. Jeune étudiant, il rencontre alors son âme sœur, sa grande amie, Martha Argerich, avait qui il partagera le clavier à de nombreuses reprises. C'est bredouille, sans avoir gagné de concours, que Nelson Freire rentre au Brésil en 1962. Un peu morose et déprimé, las du piano, une partition le tirera de sa langueur : les Rhapsodies de Brahms, offertes par un ami. En jouant Brahms, le jeune pianiste retrouve le goût de son instrument.

Les représentations et les prix s'enchaînent alors. La Médaille Dinu Lipatti à Londres, en 1964. Le Premier Prix -ex-aequo avec Vladimir Krainev - du Concours Vianna-da-Motta, à Lisbonne. Puis, en 1972, première récompense discographique avec le prix Edison, pour son enregistrement des Préludes de Chopin.

"Il a toujours eu un jeu félin, brillant, extrêmement aisé, facile, une virtuosité très grisante", décrit le pianiste et producteur Philippe Cassard. "Et je dirais aussi que ce qui m’a toujours frappé, c’est la joie de jouer. Un plaisir instrumental, un toucher de velours, moelleux, extrêmement chantant. C’était sans doute le plus grand chopinien actuel, avec Martha Argerich."

"C’est la perte d’un géant. Il fait partie de ces pianistes qui sont comme des points d’ancrage pour la jeune génération" - Philippe Cassard

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Issu de l'école brésilienne des pianistes, Nelson Freire voue une admiration éperdue à la pianiste Guiomar Novaës et à son amie Martha Argerich, qu'il considère comme la meilleure pianiste de sa génération. Le domaine de prédilection de Freire reste le répertoire romantique : il a réalisé remarquables enregistrements de Schumann, Chopin ou encore de Brahms, en n'oubliant jamais le répertoire de son pays natal, le Brésil.

"Pour moi c’était plus qu’un pianiste : c’était quelqu’un qui ne vivait que pour la musique", réagit son ami Alain Lompech, journaliste et critique musical. "Quand vous lui parliez, vous aviez toujours l’impression que vous étiez avec lui, mais qu’une partie de lui n’était pas là. Je l’ai entendu travailler pendant des heures la sonate n°111 de Beethoven. Il la travaillait d’une façon incroyablement humble.Pour lui, il fallait que la musique se transmette sans sa présence, sans qu'il soit là, sans que quelque chose s’interpose entre le public et l’œuvre. Il travaillait jusqu’à ce qu’il s’efface."

"J’ai écouté énormément de disques avec lui. Il m’a appris à écouter autrement, il a été mon professeur d’écoute" - Alain Lompech

Grand romantique

"On retient son interprétation des œuvres de Chopin, de Brahms. Il imposait un Rachmaninov et un Liszt transcendants. Mais il y avait toujours de la volupté, un jeu voluptueux, comme un grand vin de Bourgogne", souligne Philippe Cassard. Avec une personnalité et une humilité remarquables pour un musicien de son rang :  "C’est quelqu’un qui a marqué de son empreinte, de son style, de sa classe. C’était un artiste d’une très grande classe, absolument pas narcissique, défiant toutes les modes et les égotismes. Il se distinguait par sa pureté, son intégrité musicale."  Une classe, une humilité et une maîtrise hors norme qui font de Nelson Freire l'un des plus grands pianistes de la deuxième moitié du XXe siècle.

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