La musique classique se met aux Web séries

La musique classique se met aux web-séries. Objets vidéos pédagogiques, comiques ou artistiques, de plus en plus d'artistes ou ensembles utilisent cette forme pour assurer leur promotion et créer de nouvelles façons de parler ou de faire de la musique.

La musique classique se met aux Web séries
Capture d'écran de la web série Mozart Matrix, produite par Insula Orchestra, l'ensemble de Laurence Equilbey

Si leur apparition n'est pas un phénomène nouveau sur la toile, les web séries ne se sont jamais aussi bien portées que ces derniers mois. Dernière preuve en date, le lancement du Fonds Web Séries né de la volonté de France Télévisions et de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) qui prévoit une enveloppe de 300 000 euros par an pour soutenir les jeunes auteurs et les accompagner dans la création de nouveaux formats. Et c'est justement France Télévisions, via sa plateforme Culturebox dédiée à l'actualité culturelle, que l'on retrouve créditée en tant que co-productrice de la dernière web série d'Insula Orchestra, l'ensemble orchestral de la chef d'orchestre Laurence Equilbey.

Mozart Matrix est la dernière née des web séries « Journal de bord » produites par l'ensemble dans un but pédagogique et elles ont toutes quelque chose ou plutôt quelqu'un en commun : Lorenzo un jeune étudiant passionné de musique classique à la chevelure bouclée. On l'a découvert dans la première web série consacrée au Requiem de Mozart, on l'a suivi dans son coup de foudre amoureux sous fond d'Orphée & Eurydice de Gluck. On l'a retrouvé à l'Opéra de Rouen dans sa découverte de la musique de Bruno Mantovani et le voilà dans Mozart Matrix, dans les coulisses des répétitions de Lucio Silla, opéra de jeunesse de Mozart.

Lorenzo est toujours aussi bouclé et toujours habité par cette fougue qui frise le ridicule. En contradiction avec un de ses professeurs, il se voit imposé de présenter un exposé sur cet opéra composé par Mozart à l'âge de 16 ans. Il contacte alors Laurence Equilbey qui, Ô surprise, est justement en train de monter l'oeuvre avec son orchestre. Lorenzo, épaulées par deux amis, assiste aux répétitions, pose des questions aux chanteurs qui jouent leur propre rôle. Equilbey aussi joue son propre rôle, celui d'un mentor qui va guider le jeune étudiant dans son apprentissage de la musique.

A chaque web série, correspond une tournée d'un concert ou un enregistrement d'Insula Orchestra. Il s'agit donc d'un nouveau moyen d'assurer la promotion des activités de l'orchestre. Après des débuts balbutiants, cette dernière mouture s'affiche comme plus aboutie et parfois drôle. Le format assez court (4 minutes maximum) permet d'apprendre de nombreuses facettes de la vie de Mozart et donne aussi des clés de compréhension de l'histoire de Lucio Silla. A terme, on sent pleinement le potentiel de ce genre de web séries pour aller séduire un nouveau public. Et surtout, les vidéos donnent envie d'aller écouter la musique, voire d'aller assister à une représentation. L'internaute peut d'ailleurs en un clic regarder la captation de l'opéra mise en ligne sur Culture Box.

Car c'est bien là qu'est la finalité : susciter l'envie d'approfondir et donc de séduire des nouveaux publics. Insula Orchestra fait office de pionnier dans le monde de la musique classique mais l'ensemble a rapidement été rejoint par de nombreux acteurs du secteur. Parmi les exemples les plus réussis, celui de la Philharmonie de Paris et ses petites vidéos promotionnelles pour l'exposition Ludwig Van réalisées par Macha Makeieff reprenant l'univers des Deschiens, les vidéos pédagogiques de Guillaume Benoît, un youtuber qui revisite la vie des grands compositeurs ou encore les vidéos déjantées et drôlissimes de Ray Chen, violoniste australien qui compte plus de 100 000 fans sur sa page Facebook, il raconte les coulisses de ses tournées et se met en scène dans des mini sketchs qui reprennent la grammaire des vidéos humoristiques à succès.

Cette montée en puissance de l'utilisation des web séries dans le milieu de la musique classique, Marianne Gaussiat l'observe de plus en plus. En tant que directrice et fondatrice de Sequenza, une agence de communication spécialisée en musique classique, elle se réjouit de se rendre compte que le milieu est en train de rattraper le retard en terme de nouvelles technologies. « La plupart des artistes sont aujourd'hui nourris par les images de ce monde virtuel, essentiellement grâce à Youtube. Et ils ont désormais envie de s'y mettre, de participer car ils sont convaincus qu'ils peuvent aussi intéresser le grand public à travers leur art. Je trouve cela très rassurant et vivifiant pour notre domaine ».

Une question se pose : est-ce que ça marche ? Il n'est pas forcément facile de réussir à mesurer l'impact que peut avoir une web série sur les ventes d'un disque ou de places de concert. Les web séries de Laurence Equillbey ont eu un nombre assez important de vues sur Youtube. Certes bien loin des cartons habituels qui dépassent le million de vues, mais avec environ de 95 000 vues pour la web série Mozart Matrix par exemple, la mayonnaise commence à prendre. Marianne Gaussiat l'a remarqué avec un artiste comme le violoniste Nemanja Radulovic qui a bénéficié d'une grande présence promotionnelle assurée par des clips vidéos le mettant en scène. « Il a vendu énormément de disques, ses concerts sont pleins à craquer. On s'aperçoit que le public est très réceptif lorsqu'on lui propose des contenus aboutis avec un artiste de grand talent. Le principal est que ce type de communication tende vers un seul et même point : la rencontre physique avec l'artiste. C'est un phénomène que l'on retrouve dans de nombreux domaines : internet nous permet d'avoir accès à une multitude de savoirs mais cela ne remplacera jamais la rencontre réelle avec un musicien sur scène ».