La musique classique s'essaie au crowdfunding

Véritable phénomène économique de ces dernières années, le crowdfunding s'est imposé comme un nouveau modèle de financement qui touche à de nombreux secteurs, et principalement à la culture. Avec un peu de retard, la musique classique commence à s'y intéresser.

Le fonctionnement n'est pas vraiment nouveau, mais le financement participatif sur internet n'a jamais été aussi en vogue qu'en ce moment. Un nouveau modèle économique en plein essor puisque selon le magazine Forbes, il a collecté 843 millions de dollars en 2010, et près de 3 milliards en 2012. Plus connu sous le nom de crowdfunding (littéralement "financement par la foule") dans le monde anglo-saxon, de plus en plus de plateformes internets proposent de mettre en relation des porteurs de projets avec des donateurs. Une nouvelle manière de financer ses projets pour des groupes de musiques actuelles par exemple. La musique classique, souvent à la traîne dans l'univers 2.0, commence à s'y mettre.

Le principe est simple, les internautes choisissent de financer un projet de leur choix : court-métrage, album, exposition photo, association humanitaire, start-up, etc. en donnant une petite somme d'argent à partir de 5 euros - la moyenne des dons est de 50 euros. Le porteur de projet a un temps limité pour récolter la somme fixée au préablable. Si l'objectif est atteint, les donateurs reçoivent alors des contreparties en adéquation avec l'argent dépensé. Une dédicace personnalisée pour 5 euros, un exemplaire d'un disque ou d'un dvd pour une vingtaine d'euros jusqu'à un rôle dans un film, un dîner avec les artistes ou un concert privé pour les plus grosses sommes. Par contre, si le montant n'est pas atteint, les donateurs sont intégralement remboursés.

Parmi les sites les plus connus, les Etats-Unis tiennent la première place avec le géant Kickstarter, pionnier du genre mais la France a su également tirer son épingle du jeu comme le prouve le succès fulgurant de Kisskissbankbank et Ulule créés il y a à peine trois ans.

La musique classique commence à apercevoir là un nouveau moyen de lever des fonds. Restrictions budgétaires, baisse de subventions, raréfaction des publics... l'argent vient à manquer dans ce monde qui n'y était pas forcément habitué. Un début assez timide mais qui est bien là selon Mathieu Maire du Poset. Le directeur des projets et de la communication sur Ulule.com, site français leader européen, estime que le public de la musique savante est potentiellement très intéressant étant donné son grand intérêt et souvent sa grande connaissance de ce qu'il aime.

Ulule
Ulule

Sur un millier de projets reçus par mois sur le site Ulule, 63% d'entre eux parviennent à atteindre leur objectif de financement. Depuis 2010, la plateforme a déjà collecté 10 millions d'euros grâce à 280 000 donateurs. Le record du site est détenu par un projet de long-métrage à partir de la série Noob qui récolté 681 046 euros. Ulule se finance en récupérant 8% des transactions par carte bancaire et 8.4% sur les paiements via Paypal, et ce uniquement sur les projets ayant abouti.

Le financement participatif s'avère donc être un bon moyen pour des artistes ayant déjà une petite notoriété pour financer leurs différents projets. Exemple avec Emmanuelle Bouillot et Vinca Bonnaud, les deux pianistes du duo Soleil-Cerise qui sont sur le point de sortir leur premier album financé grâce au crowfunding via le site Ulule.

Duo Soleil Cerise
Duo Soleil Cerise

Une nouvelle piste pour les ensembles institutionnels

Il n'y a pas que les structures associatives privées qui ont compris l'intérêt du crowdfunding, les ensembles institutionnels s'y sont mis aussi. Aux Etats-Unis, les salles de concert, les maisons d'opéras, les orchestres font de plus en plus appel aux "petits mécènes" pour tenter de se sortir la tête de l'eau. Le pays ne bénéficie pas des mêmes conditions d'aides publiques au fonctionnement qu'en France et a du trouver la parade pour faire face à la crise.

Mais la France n'échappe pas, elle non plus, aux restrictions des subventions. Le ministère de la Culture a récemment vu son budget amputé de 2%, une baisse qui concerne principalement les grosses institutions du type Opéra de Paris. L'Orchestre national d'Ile-de-france lui aussi a été concerné par une importante baisse de ses subventions l'année dernière. Il est le premier ensemble français à avoir franchi le pas du financement participatif via une plateforme internet dédiée. L'Ondif a décidé de tester la formule pour la création d'un opéra jeune public "Céleste ma planète" en tentant de collecter 8000 euros afin d"améliorer la mise en scène. C'est Adeline Grenet qui en a eu l'idée, elle est en charge de la diffusion des concerts de l'orchestre et elle a décidé de soumettre le projet au site fondatio.com.

A 51 jours de la fin, ce projet a atteint 13% de la somme demandée. A l'Orchestre national d'Ile-de-France, on ignore si l'objectif sera rempli à temps. L'opéra se fera de toute façon, la somme hypothétiquement récoltée devant uniquement servir à étoffer les décors, les costumes, etc.

Même si la France montre encore du retard dans ce type de financement comparé aux Etats Unis, bien plus rôdés au mécennat privé, il paraît indéniable que le crowdfunding dans la musique classique semble avoir de beaux jours devant lui.