La mobilisation continue à l’Opéra de Paris

Samedi 18 janvier, l’orchestre de l’Opéra national de Paris et des représentants du plusieurs corps de métiers de l’institution ont offert un concert sur les marches du Palais Garnier dans le cadre de leur mobilisation historique contre la réforme des retraites.

La mobilisation continue à l’Opéra de Paris
L'orchestre de l'Opéra de Paris a donné un concert sur les marches du Palais Garnier samedi 18 janvier 2020, © AFP / Stephane de Sakutin

L'orchestre de l'Opéra de Paris, en grève depuis un mois et demi contre la réforme des retraites, a offert, samedi 18 janvier, un concert sur les marches du Palais Garnier, avec des représentants de plusieurs corps de métier. Devant une foule dense, l'orchestre et le chœur ont interprété des extraits des Troyens de Berlioz, du Trouvère de Verdi, Carmen de Bizet, avant de terminer par La Marseillaise sous des jets de confettis, des applaudissements nourris ou des « vive la grève ! » lancés par des spectateurs.

« Avec des actions de ce type, ouvertes au public, nous pensons faire entendre nos demandes, notre voix », a expliqué à l’AFPJosé Sciuto, l’un des cadres de l'atelier de décor de l'Opéra. « On est tellement malheureux de ne pas pouvoir donner nos spectacles qu’on s’exprime autrement, dans la rue, pour montrer à notre public qu’on n’est pas en vacances », a déclaré quant à lui Fabien Wallerand, joueur de tuba dans l’orchestre de l’Opéra, au Monde

Des représentants de différents corps de métier de l'Opéra ont défilé autour de l'orchestre, sur fond de banderoles « Culture en danger » et « Comédie française en grève », acclamés par les spectateurs. En décembre dernier, les images d’une reprise du Lac des Cygnes sur le parvis, également donné en signe de protestation contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, avaient fait le tour du monde.

Des pertes supérieures à 14 millions d’euros 

En un mois et demi de grève, 67 spectacles ont été annulés par l'Opéra de Paris, dont trois représentations du Barbier de Séville ces derniers jours. Un nouveau préavis compromet celle du lundi 20 janvier. Les pertes sont désormais supérieures à 14 millions d'euros et la grève historique à l'Opéra de Paris menace de se prolonger, faute de compromis entre ses artistes et machinistes attachés à leur régime spécial de retraite.

Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Télérama, le directeur général de l’Opéra, Stéphane Lissner, affirme « comprendre la grève » et la crainte des grévistes.  « Pourquoi un système universel des retraites est impossible ici ?  A cause de l’excellence artistique que nous prônons » déclare le directeur de l’Opéra, qui énumère les difficultés physiques auxquelles sont confrontés danseurs, chanteurs, musiciens et techniciens. Stéphane Lissner ajoute « travailler avec les organisations syndicales » pour trouver une issue « sans doute à partir du 23 janvier ». 

Le public était dense devant les marches du Palais Garnier samedi 18 janvier
Le public était dense devant les marches du Palais Garnier samedi 18 janvier , © AFP / Stephane de Sakutin

Formation à la reconversion 

Pour les danseurs, la réforme ne s'appliquera que sur ceux embauchés à partir de 2022. A la retraite à 42 ans, ils arguent que la pension leur est nécessaire pour rebondir après une carrière émaillée de sacrifices et de blessures dans l'une des plus prestigieuses compagnies au monde. Musiciens, machinistes et chanteurs évoquent également la pénibilité de leur travail.

« Nous voulons avancer (...) en tenant compte de ces spécificités », a affirmé à l'AFP le ministre de la Culture Franck Riester. « L'excellence de l'Opéra de Paris est un élément qu'il faut absolument garantir ». S'il entend « continuer les échanges pour accompagner les danseurs notamment vers une reconversion », il affirme qu'il est « maintenant important d'arrêter la grève en raison des répercussions financières ». « Et il y a surtout le public, il faut qu'on ne le perde pas! », dit-il.

Pour Alexandre Carniato, danseur élu à la Caisse des retraites de l'Opéra, « la formation à la reconversion, c'est une bonne chose ». « Mais même avec un diplôme, qu'est-ce qui m'assure qu'une entreprise me choisira, à 42 ans, plutôt que quelqu'un qui a 22 ans ? », indique à l'AFP ce danseur qui sera à la retraite dans six mois avec une pension d'un peu plus de 1.000 euros.

« S’arrêter de danser est un moment très brutal » 

Si des danseurs bénéficient aussi de pensions dans certains pays (Suède, Italie), les 154 de l'Opéra de Paris sont un cas unique en France.

Le chorégraphe Thierry Malandain, directeur du Centre chorégraphique national de Biarritz, attire ainsi l'attention sur « le sort des autres artistes chorégraphiques de l’Hexagone ».

Avec une troupe de 22 danseurs pour plus de 90 représentations par saison, « la masse de travail, la fatigue, les blessures sont plus qu'équivalentes », a-t-il rappelé sur Facebook. « Comme les danseurs permanents de Bordeaux, Toulouse, Mulhouse, Lyon (...), ils tireront leur révérence bien avant la quarantaine pour faire face au défi de la reconversion sans aides spécifiques ».

A Toulouse, les danseurs du Capitole sont soumis au régime normal, mais « ils touchent une compensation et comme on est un théâtre municipal, il y a parfois des embauches par la Ville », explique à l'AFP son directeur Christophe Ghristi.

Leurs horaires peuvent être aménagés pour se former, leur diplôme d'Etat financé, et ils peuvent se reconvertir en interne : « Toute notre régie est constituée d'anciens danseurs ».

« S'arrêter de danser est un moment très brutal, le danseur est condamné à avoir une seconde vie », confirme à l'AFPJean-Christophe Maillot, directeur des Ballets de Monte-Carlo, où un système instauré en 2001 a aidé à reconvertir 200 à 300 danseurs : maintien du salaire pendant 12 à 18 mois, emploi du temps allégé et études financées.