La mémoire de Wladyslaw Szpilman, "le Pianiste" de Polanski, réhabilitée ?

La famille de Wladyslaw Szpilman, le célèbre musicien dont la vie a inspiré le film « Le pianiste » de Roman Polanski, a gagné en appel son procès en diffamation à propos d’un livre dans lequel l’artiste est accusé de collaboration avec les nazis pendant l’Occupation.

La mémoire de Wladyslaw Szpilman, "le Pianiste" de Polanski, réhabilitée ?
© AFP / Guy Ferrandis / Kobal / The Picture Desk

Son histoire est devenue mondialement célèbre grâce à son adaptation au cinéma par Roman Polanski dans le film Le Pianiste : le musicien polonais Wladyslaw Szpilman, survivant du ghetto de Varsovie interprété par l’acteur américain Adrian Brody - récompensé d’un Oscar pour ce rôle en 2003 - fait néanmoins l’objet depuis quelques années d’une controverse.

Dans un livre paru en 2010, « Wiera Gran, l’accusée », l’auteur Agata Tuszynkska rapporte des propos de l’artiste Wiera Gran accusant Wladyslaw Szpilman de collaboration avec les nazis. Selon la chanteuse polonaise, qui a également survécu à l’Holocauste, le pianiste aurait procédé à la rafle de familles juives avec la Gestapo pendant l’Occupation. Des faits que la famille de Wladyslaw Szpilman récuse formellement, et qui n’ont par ailleurs jamais trouvé de réelle confirmation. Dès la sortie du livre, les membres de la famille décident de porter plainte pour diffamation. Et après un premier procès perdu contre l’écrivain et sa maison d’édition en 2013, ils viennent de remporter celui en appel à Varsovie. Agata Tuszynkska, ainsi que sa maison d’édition, doivent présenter des excuses publiques à la famille Szpilman et retirer les passages incriminés des hypothétiques futures éditions de l’ouvrage.

« Ce jugement permettra d’améliorer les standards éthiques en Pologne, et de remettre en question la notion mal interprétée de la liberté de parol e », a réagi Andrzej Szpilman, le fils du pianiste, à l’annonce du verdict. L’auteure polonaise, elle, déplore cette décision. Dans le quotidien Gazeta Wyborcza elle estime qu’une « nouvelle fois on a fermé la bouche de Wiera Gran », et s’en dit « vraiment désolée ». Au lendemain de la guerre, cette dernière, qui a travaillé avec Wladyslaw Szpilman, fut elle-même soupçonnée d’avoir entretenu des relations amicales avec des membres de la Gestapo. Accusée puis acquittée devant un Comité de Juifs polonais, elle n’a jamais été véritablement innocentée par ses détracteurs et fut contrainte à l’exil. Elle mourut à Paris en 2007, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Wladyslaw Szpilman s’est quant à lui éteint en 2000, à l’âge de 88 ans.

L’affaire n’est cependant peut-être pas encore terminée. Si la décision de la Cour d’appel de Varsovie est définitive, les parties ont encore le droit de se pourvoir en cassation auprès de la Cour suprême.

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