La justice russe lève l'interdiction de voyager de Kirill Serebrennikov

Un tribunal russe a levé mercredi 11 septembre l'interdiction de quitter Moscou qui visait depuis le mois d’avril le metteur en scène et réalisateur Kirill Serebrennikov, accusé dans une affaire controversée de détournement de fonds.

La justice russe lève l'interdiction de voyager de Kirill Serebrennikov
Kirill Serebrennikov, Moscou , © Maxppp / Yuri Kochetkov

« Le tribunal a décidé d'annuler les mesures préventives » visant Kirill Serebrennikov et les trois autres personnes inculpées dans cette affaire, a annoncé la juge Irina Akkouratova, citée par les agences russes.

Le tribunal a également décidé de renvoyer l'affaire au Parquet pour la retravailler en raison de « contradictions » dans l'accusation, qui empêche selon la juge « un examen approfondi et l'énoncé d'un jugement ».

En avril 2019, la justice russe avait levé l'assignation à résidence frappant le réalisateur et metteur scène depuis plus d'un an et demi, période pendant laquelle il avait toutefois continué à travailler sur des films et des spectacles, notamment Nabucco de Verdi pour l’Opéra de Hambourg. Mais Kirill Serebrennikov n'était jusqu'à présent pas autorisé à quitter la capitale russe.

Selon l'un de ses co-accusés, Iouri Itine, cité par le journal Kommersant, la décision du tribunal entrera en vigueur d'ici 10 jours. Le procureur a encore la possibilité de la contester.

Prudente, Irina Poverinova, l'avocate d'une autre prévenue a, elle, affirmé à la chaîne d'opposition Dojd que cette décision était un « compromis », alors que la défense demandait l'abandon complet des charges. « Nous ne savons pas du tout ce que fera le procureur », a-t-elle avoué.

Directeur artistique du Centre Gogol, théâtre qu'il a transformé en l'un des centres névralgiques de la culture contemporaine à Moscou, Kirill Serebrennikov est accusé avec trois de ses collaborateurs d'avoir détourné environ 130 millions de roubles (1,7 million d'euros) de subventions publiques entre 2011 et 2014.

Dès son arrestation en août 2017, il a reçu le soutien de personnalités du monde des arts en Russie et à l'étranger.

Pour ses partisans, Kirill Serebrennikov paye sa liberté de création et ses pièces parfois osées, mêlant politique, sexualité et religion, dans un pays où les autorités poussent pour un retour en force des « valeurs traditionnelles ».