La Haute école de musique de Neuchâtel menacée de fermeture

Le canton de Neuchâtel en Suisse a décidé de fermer sa Haute école de musique afin de réaliser des économies. Etudiants et professeurs se mobilisent contre cette décision choc que personne n’attendait.

La Haute école de musique de Neuchâtel menacée de fermeture
Etudiants, enseignants et sympathisants se sont réunis mardi 5 décembre devant le château de Neuchâtel pour s'opposer à la fermeture de la Haute école de musique., © Christophe Golay / Côté Gauche

La vie musicale suisse vit un séisme sans précédent. La Haute école de musique de Neuchâtel devrait fermer ses portes, purement et simplement, à l’horizon 2021. Les Hautes écoles de musique (Hem), institutions professionnelles, sont l’équivalent des conservatoires nationaux supérieurs français. En France, cela reviendrait à annoncer la fermeture définitive du Cnsm de Lyon par exemple. Le Conseil d’Etat du canton de Neuchâtel a pris cette décision dans le cadre du programme de la législature 2018-2021. Cette fermeture s’inscrit dans un ensemble de mesures visant à réaliser 60 millions d'économies sur le budget global du canton qui est de 160 millions de Francs suisses (137 millions d’euros).

Doté d’un budget de fonctionnement de l’ordre de 4,7 millions de Francs suisses, la Haute école de musique de Neuchâtel est financée pour moitié par le canton, et pour moitié par une subvention fédérale. Montant que le canton juge trop élevé, et qui ne profiterait que trop peu aux étudiants suisses puisque, selon Monika Maire Hefti, conseillère d’Etat chargée de l’éducation, interrogée par la radio RTN « sur 100 étudiants, 80 sont étrangers et 18 sont confédérés. Cette réalité nous a poussés à prendre cette douloureuse décision » a expliqué la conseillère d’Etat. Joint par téléphone, Jérôme Amez-Droz, secrétaire général du département de l'Education et de la Famille du canton de Neuchâtel précise que cette décision n'a pas été « prise de gaieté de coeur » mais qu'elle s'imposait étant donné qu'il n'y a que deux neuchâtelois inscrits à la Hem.

Un argument nié par les contestataires : « beaucoup d’étudiants, dont moi, décident de s’installer à Neuchâtel une fois leur diplôme obtenu. Cette présence d’étudiants étrangers participe au rayonnement culturel international du canton et à l’économie locale » affirme Ambroise de Rancourt.

Jérôme Amez-Droz précise que « le canton de Neuchâtel se trouve dans un contexte financier très délicat. Lors de la présentation du programme de la législature et du plan financier pour les quatre prochaines années, le gouvernement a annoncé 40 mesures pour faire des économies » explique le secrétaire général. « Nous sommes un petit canton de 178 000 habitants et il nous faut faire des choix pour améliorer la situation économique. La fermeture de la Hem n'aura qu'un impact très faible sur la vie économique du canton et elle permettra d'économiser 2,2 millions de francs ».

Les opposants au projet de fermeture contestent les chiffres avancés par le conseil d’Etat. Ambroise de Rancourt, pianiste français formé à Neuchâtel et chef de chœur, précise que le conseil d’Etat « oublie de préciser qu’après la fermeture, il ne percevra plus le loyer que lui paye la Hem qui s’élève à environ 500 000 francs. Il faut ajouter à cela la perte des recettes fiscales ainsi que les retombées économiques sur le canton. Au total, le canton n’économiserait que 700 000 francs, ce qui est totalement dérisoire par rapport au budget global ».

Jérôme Amez-Droz affirme que ce calcul n'est pas bon puisque le loyer « ne peut pas être pris en compte puisque le canton compte louer le bâtiment à une autre structure et donc continuera à percevoir cette somme ». En ce qui concerne les retombées fiscales, le secrétaire général précise que la « plupart du temps les étudiants ne paient pas d'impôts. Il y aura donc un impact sur la consommation sur le territoire du canton mais qui seront négligeables étant donné le faible nombre d'élèves ». Enfin, M. Amez-Droz précise que seulement « 10 professeurs de la Hem résident à Neuchâtel » et que le gouvernement mettra en place un « accompagnement pour les reclasser dans d'autres écoles ». Les Hautes écoles de musique de Lausanne et de Fribourg se trouvent à 45 minutes de Neuchâtel, seule celle de Genève se trouve plus loin, à 1h30 en voiture.

Forte mobilisation des opposants

Mardi 5 décembre, étudiants et enseignants se sont réunis devant le château de Neuchâtel pour accueillir en musique les députés du Grand Conseil réunis pour leur session du budget. La décision finale devrait être entérinée au mois de février 2018 et la fermeture prévue pour juin 2021. Le canton assure que tous les étudiants déjà inscrits pourront terminer leur cursus. « C’est totalement absurde, insiste Ambroise de Rancourt. Le canton va donc payer l’ensemble des professeurs jusqu’en 2021 alors qu’il y aura de moins en moins d’élèves d’année en année ».

Le site de Neuchâtel, dépend de la Haute école de musique de Genève. Les deux sites sont englobés dans la Haute école spécialisée de Suisse occidentale qui regroupe cinq directions cantonales et 28 hautes écoles. « La fermeture de la Hem de Neuchâtel forcerait les étudiants à se délocaliser à Genève ou Lausanne, ce qui serait catastrophique pour le dynamisme neuchâtelois » affirme Ambroise de Rancourt.

Les opposants veulent croire en leur chance de faire annuler la décision, notamment en faisant signer une pétition pour forcer le conseil d’Etat à réexaminer la situation. « En Suisse, la démocratie fonctionne bien, donc nous croyons en nos chances de faire annuler cette décision. Nous resterons fortement mobilisés jusqu’en février et nous allons organiser de nombreux concerts. Nous allons également préparer un budget alternatif pour montrer qu’il est possible de maintenir ouverte la Hem, tout en faisant des économies » explique Ambroise de Rancourt.

Pour l’instant, la pétition a déjà été signée par près de 18 000 personnes et de nombreuses personnalités musicales ont fait connaître leur désaccord. Parmi elles, Martha Argerich, Charles Dutoit, Felicity Lott, Sir Roger Norrington, le Trio Wanderer, Karine Deshayes, Nathalie Stutzmann ou Anne Quéffelec.