La guerre du streaming : plus d’argent pour les artistes ?

Le CNM, le Centre National de la Musique a récemment lancé une étude sur le streaming et la rémunération des artistes. Deux tendances différentes se dégagent : le Data centric ou le User centric sur lesquelles les plateformes comme Spotify, Deezer ou Qobuz sont assez partagées.

La guerre du streaming : plus d’argent pour les artistes ?
La musique en streaming rapporte de plus en plus d'argent, © Getty

Data centric, User centric… A quoi correspondent ces termes apparemment barbares  ? 

Le Data centric fait dans le détail : les abonnements et les revenus publicitaires sont comptabilisés après avoir totalisé le nombre de streams. Les frais des nombreux intermédiaires sont déduits et le peu d’argent restant est redistribué aux artistes, parfois selon leur notoriété, via leur maison de disques.  
Le User centric, quant à lui, est axé sur l’écoute réelle et prône une meilleure rémunération des artistes. 

La rémunération des artistes : une question centrale 

Une grande question concerne la rémunération des artistes. Peut-on dire qu'elle est suffisante ? 

Jean-Philippe Thiellay, président du Centre National de la Musique, estime que "c’est une question difficile et ma première tendance est de dire que les artistes ne sont jamais assez rémunérés. Ce qui est clair, c’est qu’on est dans une phase de transition. On était habitué à une logique de propriété, de possession. On achetait un disque et ceux qui avaient fabriqué le disque, de l’artiste jusqu’à celui qui le diffusait était rémunéré, une logique d’usage, où là c’est une question de flux. Donc c’est beaucoup plus difficile à percevoir, à comprendre, et c’est précisément ça qu’on est en train d’essayer de clarifier. "    

Pour Antoine Monin, directeur de la musique pour Spotify France et Benelux, les choses diffèrent légèrement puisqu'"il faut savoir que la rémunération des artistes dépend de leur contrat avec leurs ayant droits qui sont les labels, les distributeurs et les éditeurs. Mais ce sont ces ayant droits qui rémunèrent ensuite les artistes selon leurs différents contrats. De nombreux labels ont récemment annoncé des chiffres de croissance et des bénéfices records. Ils ont aussi précisé qu’un nombre toujours croissant d’artistes tiraient des revenus importants du streaming."  

Data centric ou User Centric : quel est le meilleur modèle économique ?

Data centric ou User Centric ? Selon Jean-Philippe Thiellay, il faut attendre car "on peut partir d’une intuition qui est que, ce n’est pas tout à fait normal que mon abonnement à 9 euros et quelques, ne va pas principalement aux artistes que j’écoute. Dans le même temps, l’étude est complexe parce qu'on parle de données d’une quantité invraisemblable, il y a des abonnés payants et puis il y a des gens qui écoutent la musique sur des streamings gratuits, et c’est précisément ça que nous allons étudier. Qu’est ce qui changerait si on passait à un système tourné vers les données de l’utilisateur. Il est encore un peu tôt pour se prononcer. On en reparlera d’ici la fin de l’année." 

Antoine Monin est plutôt d'accord avec le président du CNM puisque "pour l’instant, rien ne prouve, ni dans un sens, ni dans un autre qu’un modèle est meilleur que l’autre. Il y a déjà eu beaucoup d’études qui ont été faites par le passé qui n’étaient pas concluantes. Tous les différents modèles ont leurs avantages et leurs inconvénients, c’est aussi le cas du User centric. Il y a des effets de bord qui ont été notés et qu’il faudrait éventuellement régler. Pour l’instant, il n’y a rien de concluant sur le sujet et ça dépend en grande partie justement de l’ensemble des acteurs de la filière que sont les labels ou les éditeurs par exemple, parce que c’est là que, réellement, la rémunération des artistes se joue. " 

Jean-Philippe Thiellay conclut en précisant que, selon lui, nous n'en sommes qu'au début de l’histoire : "Il faut étudier tout cela dans les différentes dimensions. Je suis convaincu que la France, qui a inventé le droit d’auteur, a une carte à jouer pour que, y compris au niveau mondial, ces questions soient analysées, anticipées, et si possible régulées, même lorsqu’il s’agit d’acteurs privés."

Le streaming : un marché en constante hausse

Selon le SNEP, Syndicat National de l’Edition Phonographique, le streaming représentait en France 335 millions d’euros contre 256 millions d’euros pour les ventes de disques en 2018. Le marché est en constante hausse. Quelle que soit la décision du CNM, le streaming a un bel avenir devant lui. 

Le Centre National de la Musique devrait rendre son avis sur cet épineux sujet à la fin de l’année au minimum, en espérant que les artistes en sortiront grands gagnants.