La culture plus forte que l'industrie automobile et le luxe

Selon une étude du cabinet Ernst & Young, l'industrie de la culture en France pèse plus lourd que celles de l'automobile et du luxe. Son chiffre d'affaire s'élève à 61.4 milliards d'euros en 2011.

La culture plus forte que l'industrie automobile et le luxe
L'industrie de la musique a pesé 8,4 milliards d'euros et a représenté 240 000 emplois en 2012, selon l'étude d'EY. (© MaxPPP)

Musique, théâtre, cinéma, livres, télévision, radio, presse, arts et jeux vidéo: la culture et la création pèsent plus que l'automobile ou le luxe, selon une étude publiée jeudi. Le chiffre d'affaires direct des industries culturelles et créatives (ICC) en France est de 61,4 milliards d'euros contre 60,4 milliards pour l'automobile et 52,5 pour le luxe, selon l'étude réalisée par le cabinet EY (ex-Ernst&Young) qui se base sur des données 2011.

Les ICC emploient 1,2 million de personnes soit 5% de l'emploi intérieur total, "des emplois qualifiés comme non qualifiés, qui attirent notamment les jeunes ". Elles ont généré un chiffre d'affaires total de 74,6 milliards d'euros, si l'on ajoute celui généré par les activités indirectes (20% de l'ensemble). Le "Panorama économique des industries culturelles et créatives " (ICC), premier du genre, a été réalisé à l'initiative de "France créative", nouvelle plateforme regroupant les acteurs des industries culturelles et créatives (Adami, Snep et Sacem pour la musique, Procirep pour le cinéma et la télévision, Fesac pour le spectacle vivant, etc). Ils entendent promouvoir un discours positif sur la culture à destination du grand public et des décideurs, mais aussi peser de tout leur poids face aux géants du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, etc.).

L'étude, préfacée notamment par huit anciens ministres de la Culture et l'actuelle, Aurélie Filippetti, doit être présentée prochainement à l'Elysée et à Matignon. Un Français consacre en moyenne 9 heures par jour, week-end compris, à regarder la télévision, écouter de la musique, aller au spectacle, jouer à des jeux vidéo, lire, etc., relève EY. En 2011, les dépenses culturelles et de loisirs représentaient 8,4% des dépenses de consommation des ménages et 4% du PIB, plaçant la France au 2e rang des pays du G8 derrière les Etats-Unis.

Tordre le cou aux idées reçues

L'objectif de l'étude est pédagogique: faire connaître la réalité économique des secteurs culturels, mais aussi tordre le cou à certaines idées reçues en France et à Bruxelles, selon lesquelles la culture est uniquement "un gouffre à financements et subventions publics ", selon un connaisseur du dossier. Secteur par secteur, les arts graphiques et plastiques (musées, galeries, ventes d'art, design, etc.) arrivent en tête avec 19,8 milliards de chiffre d'affaires direct et connexe mais aussi en terme d'emplois (307.716).

La télévision pèse 14,9 milliards d'euros et 176.467 emplois, la musique 8,6 milliards et 240.874 emplois, le spectacle vivant (théâtre, danse, opéra, spectacles musicaux, etc) 8,4 milliards et 267.713 emplois, les jeux vidéo 5 milliards et 23.635 emplois ou encore le cinéma 4,4 milliards et 105.890 emplois. L'étude relève encore que malgré la crise, le taux d'emploi en Europe des ICC a grimpé de 3,5% en moyenne par an entre 2000 et 2007.

EY souligne encore leur rayonnement mondial avec des entreprises leaders comme Universal Music Group (filiale de Vivendi), Deezer, Hachette, tandis que le cinéma est le deuxième exportateur mondial derrière les Etats-Unis et que le jeu vidéo réalise 80% de ses ventes à l'export. "Les industries culturelles sont un secteur varié, dont les entreprises vont des grands groupes mondiaux comme Hachette aux auto-entrepreneurs ", souligne à l'AFP Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem.

"Il y a des secteurs ignorés, comme la fabrication d'instruments de musique - filière championne d'ailleurs à l'export - ou les discothèques qui pèsent à eux deux près d'un milliard d'euros ", ajoute-t-il. "Quand on nous parle d'excellence, on avance en général la pharmacie, l'aéronautique, le luxe, le tourisme, mais on cite rarement la culture, pourtant l'un des rares secteurs à avoir une balance commerciale positive ", poursuit Marc Lhermitte, associé EY. Une des explications tient aussi au fait que les ICC "ont intégré tôt les technologies numériques ".

Avec AFP