La Cour des comptes rend public son rapport sur l’Opéra de Paris

Dans un rapport, la Cour des comptes s’est penchée sur la gestion de l’Opéra de Paris, entre 2005 et 2014. Elle adresse 16 recommandations à l’institution, dont nous vous proposons les plus importantes.

La Cour des comptes rend public son rapport sur l’Opéra de Paris
Apollon, la Musique et la Poésie, détail du toit du Palais Garnier à Paris. (© MaxPPP)

La Cour des comptes a rendu public mercredi 14 septembre son rapport sur la gestion de l'Opéra national de Paris de 2005 à 2014, sous les directions de Gérard Mortier, Nicolas Joel et Stéphane Lissner (directeur depuis 2014). L'objectif de ce rapport est à la fois d'anayser la situation, et d'en tirer des conclusions, rassemblées sous la forme de 16 recommandations.

Pointant du doigt les défauts, la Cour des compte préconnise notamment de « Mieux amortir le coût des nouvelles productions », et de justifier leur déclassement, mais aussi de clarifier ou de corriger certains points administratifs. Mais ce rapport dresse également un portrait précis et minutieux de l'institution sur ces dix années, revenant sur certaines polémiques.

« L’affaire » des licenciements

La nouvelle, relayée par Mediapart, avait fait grand bruit : l’arrivée de Stéphane Lissner en 2014 s’était accompagnée de licenciements dont les indemnités auraient atteint 2,7 millions d’euros. Très attendu sur ce point, le rapport de la Cour des comptes se contente de recommander l’examen des solutions pour « limiter le coût du départ des proches collaborateurs d’établissements culturels lorsque ces derniers quittent leurs fonctions », alors même qu’il souligne que le seul départ de six personnes (chef du choeur, directeur de la dramaturgie, maître du ballet, directeur des ressources humaines, directrice du planning et de la scène et directrice de la programmation) a coûté 1 205 960 €. Quatre d’entre eux étaient sous C.D.I. et ont été licenciés pour « motif personnel ».

L’accessibilité de l’opéra

« Sur le million de places que nous proposons sur toute une saison, 400 000 coûteront moins de 70 euros » affirmait Stéphane Lissner durant la conférence de presse de rentrée de l’institution, rappelant également la mise en place des avant-premières à 10 euros réservées aux moins de 28 ans. Une politique d’ouverture - inscrite dans les missions de l’institution - saluée par la Cour des comptes, qui notait jusqu’à présent l’absence « d’une évolution sociologique notable du public de l’OnP » et que les actions « qui visent à diversifier les publics (hors les jeunes) paraissent limitées au regard du peu d’information diffusées par l’opéra en ce qui les concerne ».

Le paradoxe est en effet criant : d’un côté les tarifs abordables doivent justifier l’importante subvention du ministère de la culture, mais d’un autre côté, ce même ministère exige l’augmentation des ressources propres, qui passe notamment par la hausse du prix des places. Si cette hausse reste « difficile à mesurer en raison de la multiplicité des tarifs », la Cour des comptes note que la recette moyenne a augmenté de 29% pour les spectacles lyriques, et de 32,2% pour les spectacles chorégraphiques entre 2005 et 2013. Le prix des places n’est pas le seul facteur à intervenir dans cette hausse : l’opéra a également divisé presque par deux le nombre de places offertes, grâce à la suppression du contingent de places dévolu notamment à la Présidence de la République, au Ministère de la Culture, mais aussi, selon le rapport, « à la Mairie de Paris, dont on note au demeurant que celle-ci n’apporte aucune subvention à l’établissement ».

Coût des productions

Point positif, selon la Cour des comptes, le financement des spectacles s’est « fortement amélioré » depuis 2005. Elle souligne « une maîtrise des coûts de production, une très forte progression des recettes de billetterie et un solde de production de plus en plus bénéficiaire ». Ainsi, pour presque la totalité des spectacles, les recettes de billetteries parviennent à couvrir entièrement les frais de production. Mais ces recettes ne couvrent que 40% du coût global d’un spectacle lorsque l’on ajoute les frais de structure de l’établissement, dont la rémunération. Il faut savoir que le cachet d’un chanteur lyrique varie selon sa notoriété, les rémunérations les plus hautes étant d’environ 15 000 euros par représentations, et les petits rôles de 1 000 euros par soir.

La Cour des comptes reconnaît que des efforts de réduction des coûts ont été menés par l’opéra, notamment avec la hausse du nombre de spectacles en coproduction. Mais la juridiction lui adresse tout de même des pistes d’amélioration. 40% des nouvelles productions lyriques ne donnent lieu à aucune reprise : c’est trop pour la Cour des comptes. Compte tenu du coût moyen d’une nouvelle production lyrique, qui est d’environ 6 557 046 euros, « l’Opéra ne peut plus se permettre une telle politique ». Augmenter le nombre de spectacles ou de représentations par saison serait également un bon moyen d’amortir les coûts selon le rapport.

Temps de travail

L’effectif de l’Opéra comprend aujourd’hui 1750 agents. Pour la Cour des comptes, cela témoigne d’une « très forte internalisation des activités ». La masse salariale représente 70% de ses dépenses.

Les conditions d’emploi à l’opéra sont définies par une convention collective qui est propre à l’établissement. Ainsi, les artistes musiciens par exemple doivent effectuer 24 « services » par mois, ce qui équivaut à des représentations ou concerts. Mais ils sont payés sur la base de 29 « services » en tout car l’opéra ajoute à leur rémunération 5 « services » qui correspondent aux heures de répétitions. Cependant, selon la Cour des comptes, le nombre de « services » réellement réalisée chaque année par les musiciens de l’orchestre est inférieur à ce qui est prévu. Elle recommande donc à l’Opéra d’ajuster l’activité de ses salariés à ce qui s’inscrit dans la convention.

La Cour des comptes s’est également penchée sur le taux d’absentéisme à l’Opéra. Dans l’ensemble, il est stable, et s’établit autour de 5%. Mais lorsque l’on se penche sur le détail par catégorie celui des techniciens est plus élevé en 2013 et 2014, respectivement de 7,70 % et de 7,21 %. Le taux d’absentéisme des administratifs est lui en nette progression depuis 2007, puisqu’il est passé progressivement de 2,88 % à 4,71%. De manière générale, le régime de rémunération des salariés de l’opéra est trop complexe selon la Cour, qui écrit qu’un « effort de simplification est souhaitable ».

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