L'Orient au coeur du Festival de Montpellier

Cette année, le Festival Radio France Montpellier nous invite à voyager en Orient, avec une programmation qui explore cette partie du monde qui a tant fasciné et continu d’inspirer un grand nombre de compositeurs occidentaux

L'Orient au coeur du Festival de Montpellier
"Femmes d'Alger dans leur appartement" de Delacroix

Une soirée autour des Mille et une nuit, Shéhérazade de Ravel et Rimski-Korsakov, Marco Polo et la princesse de Chine d’Isabelle Aboulker, ou encore L’Egyptien de Camille Saint-Saëns. L’Orient est au cœur de la programmation de la nouvelle édition du Festival Radio France Montpellier, sous toutes ses formes, de la plus fantasmée à la plus contemporaine.

Amel Brahim-Djelloul ©GuillaumeDecalf
Amel Brahim-Djelloul ©GuillaumeDecalf

Accompagnée du pianiste Nicolas Jouve, la soprano Amel Brahim-Djelloul a désiré rendre hommage aux compositeurs orientalistes du XIXe siècle « un répertoire un peu délaissé, avec un XXe siècle qui a largement pris le dessus ». Dans la grande salle du Corum, elle a interprété lundi 18 juillet les chansons arabes, mauresques et kabyles de Francisco Salvador Daniel, des extraits des Croquis d’Orient de Georges Hüe ou encore des Mélodies persanes de Camille Saint-Saëns « des compositeurs qui sont allés puiser en Orient pour apporter une nouvelle couleur dans la musique occidentale. Ce sont de vrais orientalistes ».

Entre fantasme et réalité

Tout comme les tableaux d’Ingres, de Delacroix ou de Gérôme, ces chants nous plongent au milieu de déserts ensoleillés, ou entre les murs colorés de hammams tunisiens. Une vision très exotique de l’Orient qui a quelque peu rebuté Amel Brahim-Djelloul au départ : « Je trouvais cela bien trop réducteur, ces paroles qui parlent de gazelle, d’oasis ou de palmier. Mais finalement je me suis dit que cela correspondait à une époque, et qu’il fallait interpréter ces chants au premier degré pour faire passer l’émotion qu’il y a dans ce répertoire ».

Et de la fascination pour ces paysages et cette culture, il y en avait de la part de ces compositeurs, explique la chanteuse : « Au départ, dans les écrits de Daniel par exemple, on comprend qu’il voulait intellectualiser, apporter son savoir aux musiques qu’il appelait ethniques. Mais il s’est finalement laissé envouté, et a ainsi vécu une quinzaine d’année au Maghreb, notamment en Algérie ».

Ce programme permet également de partager avec le public une vision différente de cette région du monde. Sur scène, la soprano était accompagnée du conteur Jihad Darwich, qui, éclairé d’une bougie, racontait entre les morceaux narrait l’histoire de Shéhérazade et un conte tiré des Mille et une nuit : « Ce sont des histoires qui mettent en scène des femmes fortes et des hommes qui n’ont pas peur de pleurer. Et c’est important de partager cela maintenant, il ne faut pas que les évènements extrêmement malheureux qui se déroulent actuellement cachent la grande forêt du monde arabe et la richesse de notre culture. Dans le monde musulman, on trouve les plus beaux poèmes d’amour, physique et spirituels, et c’est important de le rappeler en ce moment ».

Abolir de petites frontières

Faire écho au monde qui nous entoure, c’est également la démarche du projet Golan Sextet du contrebassiste Hubert Dupont. Programmé dans le cadre du Festival de Montpellier, il réunit des musiciens venus de Palestine, ou de Syrie, « et on a l’impression d’abolir de petites frontières en faisant cela, d’aller dans la bonne direction » décrit le jazzman.

Hubert Dupont ©GuillaumeDecalf
Hubert Dupont ©GuillaumeDecalf

Tous les musiciens du projet s’accordent à dire que le jazz est un immense terrain de jeux qui favorise ce rapprochement entre les cultures : « On arrive à créer un langage en commun. En jouant avec Youssef Hbeisch (percussions) et Ahmad Al Khatib (oud), je me suis rendu compte qu’il y avait des points de rapprochement entre leurs couleurs mélodiques et mes compositions. Il y a une véritable famille musicale qui se dessine, avec des codes et des signaux similaires qui nous permettent d’orienter l’improvisation et de rebondir. Et c’est parfois un challenge! »

Ne dites cependant pas à Ahmad Al Khatib qu’il représente la musique traditionnelle de son pays, la Palestine, avec ce projet : « Je ne vois pas cette expérience comme quelque chose d’exotique. On utilise la tradition comme source d’inspiration, mais je ne me vois pas comme un représentant de cette dernière. En tant que musiciens, nous allons de l’avant, nous expérimentons, et il ne faut surtout rien figer. » Une expérience musicale donc, qui se retrouve au cœur de ce Festival, qui met à l’honneur l’Orient dans tout ce qu’il a de plus créatif.

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