L'Orchestre des lycées français du monde, l'amour de la musique et de la langue

A l'occasion de la semaine de la francophonie, la Maison de la Radio a accueilli l'Orchestre des lycées français du monde pour un concert exceptionnel. 190 adolescents, provenant de 28 pays, réunis autour de deux passions communes : la langue française et la musique.

L'Orchestre des lycées français du monde, l'amour de la musique et de la langue
Mardi 19 mars, Paris. L'Orchestre des lycées français du monde, dirigé par Adriana Tanus, sur la scène de l'Auditorium de la Maison de la Radio , © Radio France / Christophe Abramowitz

C'est un événement dont il convient de mesurer l'ampleur. Imaginez un peu l'organisation, le temps et la complexité que revêt une telle entreprise : réunir 190 musiciens adolescents, vivant dans 28 pays différents, pour une petite semaine afin de donner un concert symphonique dans l'Auditorium de la Maison de la Radio. L'exploit vient de se produire ce mardi 19 mars à l'initiative de l'agence pour l'enseignement du français à l'étranger (AEFE) qui gère les quelques 500 lycées français implantés dans 137 pays. 

Pour la cinquième année consécutive, l'AEFE a réussi à les réunir. L'idée est née en 2015 pour les 25 ans du réseau. Une petite trentaine d'adolescents avaient été réunis, provenant d'établissements scolaires situés en Europe. Derrière ce projet, on retrouve Adriana Tanus, professeure de musique et cheffe d'orchestre au lycée français de Madrid. « Petit à petit, nous avons réussi à nous agrandir. Nous avons constaté l'engouement que suscite cet orchestre. Désormais, nous réunissons des élèves provenant de quatre continents. Nous avons un noyau d'une trentaine de musiciens qui sont là depuis le tout début. Cela nous permet de commencer à construire un vrai son d'orchestre. Le but est de réunir pour qu'ils connaissent des cultures différentes, des musiques différentes et tout cela dans l'émotion et l'amour du partage » explique la cheffe d'orchestre. 

Dans ce noyau de musiciens, Zein Nakhleh, jeune Syrienne de 17 ans en terminale au lycée Charles de Gaulle de Damas. Cette année, elle a été promue premier violon de l'orchestre. C'est le proviseur de son lycée qui avait conseillé à la jeune femme de candidater. « J'ai tout de suite été intéressée. Ce projet est fascinant... Ce mélange de cultures tellement différentes mais qui ont toutes un point commun, la langue française ». 

Zein, comme 60% des 355 000 élèves des élèves de l'AEFE, n'a pas la nationalité française. Ses parents ont décidé de l'inscrire dans le lycée Charles de Gaulle de Damas en raison de l'amour qu'ils portent à la culture française. « Ils sont passionnés de littérature, de musique, de tout ce qui touche à la France. Donc je n'avais absolument pas le choix que de me retrouver scolarisée ici » plaisante la violoniste. Elle aussi avoue avoir été contaminée par cette passion. « Grâce à l'orchestre, j'ai pu venir en France pour la première fois. J'en suis à ma quatrième venue et à chaque fois, nous avons le temps de visiter un peu plus Paris et le pays » explique Zein. 

A gauche, Zein Nakhleh, Syrienne de 17 ans en terminale au lycée Charles de Gaulle de Damas en Syrie. Elle occupe le poste de premier violon de l'Orchestre des lycées français du monde
A gauche, Zein Nakhleh, Syrienne de 17 ans en terminale au lycée Charles de Gaulle de Damas en Syrie. Elle occupe le poste de premier violon de l'Orchestre des lycées français du monde, © Radio France / Laura Jachymiak

L'Amérique du Sud représentée pour la première fois

Cette édition 2019 de l'Orchestre des lycées français du monde a surtout été marquée par la part importante accordée au chœur. Ils sont 120 choristes en tout, provenant du collège Pierre Mendes France de Marcoussis (Essonne), du lycée international de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), du lycée français Blaise Pascal d'Abidjan en Côte d'Ivoire, du lycée Saint-Exupéry de Ouagadougou au Burkina Faso. Pour la première fois, un lycée français d'Amérique du Sud est présent au sein de l'orchestre : le lycée Paul Valéry de Cali en Colombie. 

10 choristes de nationalité colombienne ont fait le voyage avec leur professeure de musique, Victoria Prado, elle même ancienne élève du lycée. « Pour toutes ces élèves, on retrouve les mêmes raisons. Des parents sont tombés amoureux de la France et souhaitent le transmettre à leurs enfants. De plus, les lycées français de par le monde sont reconnus pour l'excellence de leur éducation » précise Victoria Prado. 

La cheffe de chœur se réjouit de voir ses élèves savourer la chance qu'elles ont de faire partie du projet. « Nous avons fait un long voyage pour arriver ici à Paris. Il y a beaucoup d'excitation et d'émotions. Tous les jours, il y a une nouvelle découverte, on en a les larmes aux yeux. Cette expérience va les marquer pour toujours ». 

Le Philhar en soutien

Une opération d'une telle envergure a évidemment eu besoin d'une aide extérieure. Radio France s'est portée volontaire en mettant à disposition l'Auditorium de la Maison de la Radio pour deux jours de répétition ainsi que pour le concert, mardi 19 mars. Autre apport, celui de musiciens de l'Orchestre philharmonique de Radio France. Cinq musiciens qui viennent assurer le rôle de tuteur pour faire travailler les adolescents par pupitre. 

Emmanuel André, violoniste du Philhar, a pris sous sa coupe les violons. Il a d'abord travaillé avec eux pour affiner le morceaux. Régler des coups d'archets, des nuances, l'équilibre du son. Puis, pendant les répétitions générales avec l'orchestre au grand complet, le violoniste et ses collègues du Philhar sont attentifs à ce que leurs pupitres réagissent bien à la gestuelle de la cheffe d'orchestre. Emmanuel André a tout de suite accepté lorsqu'on lui a demandé de tutorer les élèves. 

« Je suis convaincu des vertus de la pratique orchestrale. Cela développe des qualités humaines qui sont très précieuses. Il y a cet enthousiasme collectif qui fait que même s'ils n'avaient pas en commun la même langue, ils seraient de toutes façons complètement unis par la musique » analyse le violoniste. 

Pour Thomas Rouchié, le directeur de la communication de l'AEFE, qui pilote l'organisation de l'Orchestre des lycées français du monde, le dispositif est tout simplement « le plus gros et le plus emblématique de l'agence. Imaginez, rassembler des enfants venant de quatre continents, de culture et de religion différentes, d'âge différents puisqu'ils sont âgés de 11 à 20 ans. Je suis très admiratif de ces élèves qui ont le goût de l'effort et qui ont envie de partager ». Thomas Rouchié envisage la création d'un Chœur des lycées français du monde afin d'intégrer au projet des élèves de primaire. 

Le directeur de la communication de l'AEFE en profite pour rappeler les objectifs d'Emmanuel Macron de créer de nouveaux établissements à l'étranger et de doubler le nombre d'élèves scolarisés.