L'orchestre de chambre de l'île de Groix : le rêve d'un soir d'été qui devient réalité

L’été dernier, huit copains en vacances sur l'île de Groix jouaient l’octuor de Mozart au coucher du soleil. Le soir même, ils décidèrent de monter un orchestre. Un an après, leur rêve un peu fou devient réalité. Reportage sur le nouvel Orchestre de chambre de l’île de Groix.

L'orchestre de chambre de l'île de Groix : le rêve d'un soir d'été qui devient réalité
L'Orchestre de chambre de l'île de Groix au complet, © Ariane Matiakh

Depuis le début de la semaine, l'île de Groix connaît un afflux de musiciens exceptionnel. Un orchestre, même de chambre, cela fait tout de suite beaucoup de monde sur cette petite île escarpée, couverte d'une végétation luxuriante. Située à 45 minutes de bateau au large de Lorient, elle n'est pas la plus accessible de l'archipel. Pourtant, ils sont 29, tous en début de carrière ou en fin d'études, venus des quatre coins de France, d'Allemagne, des Pays Bas ou d'Angleterre pour rejoindre le nouvel Orchestre de chambre de l'île de Groix. 

"Enfin", diront-ils, car cet orchestre, c'est la concrétisation d'un travail acharné, assumé seuls pendant plusieurs mois, et dont l'idée a germé ici, sur l'île, un soir de l'été dernier. Huit copains, musiciens et musiciennes, qui viennent sur l'île de Groix depuis des années, jouaient ce-soir là un octuor de Mozart au bord de l’eau, vue sur mer, au coucher du soleil. C'est à ce moment-là qu'ils ont décidé de monter un orchestre et de le faire venir sur l'île. 

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"Après le Covid et tout ce temps sans pouvoir jouer, c'était comme si on s'était arrêté de vivre pendant deux ans, raconte le hautboïste Lorentz Réty qui forme avec le clarinettiste Théo Führer le noyau dur du projet : Artistiquement c'était très dur, on était vraiment perdus, et on s'était dit qu'on allait créer un orchestre, plutôt que d'attendre, proposer quelque chose qui nous ressemble, avec que des copains ! D'autant plus que les gens d'ici n'ont pas forcement l'occasion d'entendre les symphonies de Beethoven, de Mozart...d'ailleurs c'est la première fois qu'un orchestre vient sur l'île de Groix. " 

Mais monter un orchestre n'est pas une mince affaire. Pendant le deuxième confinement, les copains viennent se confiner à Groix. Et décident de se lancer. Aidés par la famille et par les proches, l'octuor transformé en association passe des mois à préparer le terrain : communication, comptabilité, questions juridiques et financières, les musiciens assument le projet du début à la fin : _"On a réparti différentes tâches liées au montage d'un projet, ce qui est assez novateur pour nous et ce qui nous permet de faire exister ce qu'on voulait, en tant que musiciens et en tant qu'artistes. Quelque chose à notre image, un orchestre plus malléable et plus proche du public. Avant la crise, on était tributaires des concours, des concerts, mais la crise a changé la donne,"  _raconte la violoniste Julie Hardelain.

"On voulait créer quelque chose qui nous appartient, renchérit Theo Führer. Faire de l'orchestre sans avoir besoin d'autres structures, sans être dépendants. On veut que tout le monde puisse jouer, faire ce qu'il aime." 

Un programme à la croisée des chemins 

Mais le projet ne s'arrête pas à une virée estivale entre copains. Deux programmes sont montés, qui seront travaillés toute cette semaine sous la baguette de Julien Chauvin et d'Ariane Matiakh, avec à la clé deux concerts su l'île. Mozart, Mendelssohn et Beethoven sont au programme de la première journée des répétitions, dirigée du premier violon par Julien Chauvin  :

« Ce sont des musiciens qui ont envie de faire de la musique autrement. Leur idée est très ambitieuse, surtout sur une île qui n’est pas très accessible, mais justement sur une île on peut rêver, on peut faire des projets fous, et c'est super de voir avec quel enthousiasme ils voient ce rêve se réaliser. »

Et le choix du répertoire était à la fois le résultat de l'effectif disponible et de l'opportunité de travailler avec Julien Chauvin et Ariane Matiakh : 

"Paradoxalement, dans les conservatoires en général, on joue très peu la musique de Mozart ou de Beethoven, et encore moins souvent avec des spécialistes de ce répertoire, et pour moi, c'est ce qu'il y a de plus dur à jouer en orchestre. Mais si on avait à cœur d'amener du répertoire comme des symphonies de Beethoven, qui n'ont sans doute jamais été entendues ici sur l'île, ça n'avait pas de sens de jouer uniquement ça et puis après de repartir. On a donc décidé de jouer de la musique bretonne, pour faire un pas vers le public d'ici."  

Une rencontre dont se réjouit Ariane Matiakh qui dirigera ce deuxième programme : 

"La musique bretonne est issue de la tradition orale, donc, on n'a pas forcément beaucoup de partitions et surtout pas pour orchestre symphonique. Donc on va travailler avec des gens qui sont dans la région et qui sont en train, à leur manière, de créer un répertoire breton pour orchestre symphonique, de l'écrire, comme Frédérique Lory ou Didier Squiban. Et puis la participation de la grande chanteuse bretonne Marthe Vassallo permettra à nos jeunes musiciens d'apprendre le sens des interprétations bretonnes."

Dont acte, puisque Lorenz et Théo sont déjà fin prêts : la cornemuse pour l'un et la bombarde pour l'autre, ils suivent déjà les cours d'initiation auprès des musiciens du cercle celtique de l'île.

Et après ?

Quatre concerts sont déjà prévus cet été, et les invitations des festivals commencent à tomber. Les musiciens ont plein d'idées pour pérenniser la formation, et la région leur réserve un accueil chaleureux : 

"La Bretagne est un territoire très vaste et il n'y a pas beaucoup de possibilités d'entendre du grand répertoire symphonique. On a senti beaucoup de volonté de voir se former une nouvelle phalange orchestrale, en plein milieu de cette crise qui, bien sûr, handicape les jeunes.Particulièrement par l'Orchestre national de Bretagne qui les a beaucoup soutenu et avec lequel on a signé une convention" se réjouit Ariane Matiakh. Un rapprochement qui bénéficiera aussi bien aux jeunes musiciens en leur permettant de renouer avec la scène après deux années de projets avortés, et aux orchestres de la région, qui ont besoin de jeunes talents pour renflouer leurs rangs, selon la cheffe.  "Ce qui nous intéresse beaucoup, c'est de créer du lien,  afin de défendre au mieux le répertoire qui correspond à chaque formation et aussi pour défendre le répertoire qu'on peut jouer en commun, et peut-être, à terme, proposer un répertoire symphonique plus vaste dans la région."

L'Orchestre de chambre de l'île de Groix se produira au festival Dinard Opening le 7 août prochain.