L'opération "l'Ecole en chœur" sera-t-elle réduite au silence ?

Alors que le ministère de l'éducation nationale lance la deuxième édition du concours "L'école en chœur", l'APEMu (association des professeurs d'éducation musicale) appelle au boycott. « Rien dans les faits ne montre une réelle volonté de la tutelle à développer le rayonnement du chant choral à l'école », affirme Anne-Claire Scébalt, présidente de l'APEMu.

L'opération "l'Ecole en chœur" sera-t-elle réduite au silence ?
©MaxPPP

« Favoriser et développer le rayonnement du chant choral au sein de l’institution scolaire », tel est l’objectif affiché par le ministère de l’éducation nationale pour la deuxième édition de l’opération « L’Ecole en chœur » lancée le 28 janvier dernier. Concours ouvert à toutes les chorales scolaires de France – de la maternelle au lycée - l'Ecole en chœur sélectionne les meilleurs projets des enseignants, les présente sur un portail dédié et organise un concert des finalistes à Paris en mois de juin.

« Même si nous sommes ravis de voir le travail des enseignants valorisé, l'opération l'Ecole en chœur n'est certainement pas la mesure que nous attendons du ministère pour favoriser le chant choral à l'école *»*, explique la révolte Anne-Claire Scébalt, présidente de l'APEMu. « Entre les ambitions affichées et la réalité, l'écart n'a jamais été aussi important. D'une part, les projets - l'année 2016 a été proclamée ‘l'année de la Marseillaise’, qui est au centre des apprentissages et des ressources pédagogiques, et évidemment, les chorales à l'école ont un rôle primordial à jouer - et de l'autre, l'absence de dialogue par rapport à la réforme des collèges, qui approche à grand pas et qui mettra en péril les chorales dans de nombreux établissements. »

Cette inquiétude, dont francemusique.fr s'est fait l'écho, s'exprime depuis février dernier, puisque l’APEMu se mobilise pour défendre auprès du Ministère de l’éducation nationale le dispositif actuel qui, depuis la circulaire de 2011, encadre la chorale au collège : tous les établissements d’enseignement secondaire peuvent proposer, en plus du cours d’éducation musicale, une heure hebdomadaire consacrée à la chorale, sous réserve de l’aval du chef d’établissement et du recteur de l’académie. Cette même circulaire définit la rémunération des professeurs qui encadrent une chorale : une heure devant les élèves devrait être rémunérée pour deux heures dans tous les établissements.

« Cette deuxième heure (répétitions le soir et les week-ends, concerts) est indispensable, comme le montre le sondage auprès de nos collègues : presque 90% de professeurs disent qu'ils ne peuvent pas monter un spectacle avec une seule heure de chorale par semaine. La supprimer veut dire renoncer tout simplement à tous les projets,» précise Anne-Claire Scébalt.

En réalité, la circulaire de 2011 n'est pas systématiquement appliquée. Avec la réforme des collèges qui rentrera en vigueur en septembre 2016, la rémunération des professeurs de musique qui encadrent une chorale sera revue à la basse. Une seule heure devant les élèves sera dorénavant rémunérée, tout le travail supplémentaire – répétitions avant les spectacles le soir et les week-ends, concerts – sera rémunéré par les IMP - indemnités de mission particulière - attribuées au libre arbitre du directeur de l'établissement.

Quelle place pour la pratique collective de la musique dans le "nouveau collège" ?

Une regression dans la reconnaissance de la place de la pratique collective de la musique, et notamment de la chorale, dans le curriculum, ce qui inquiète Anne-Claire Scébalt : « Aujourd'hui plus que jamais la chorale a un rôle déterminant à jouer : c’est un formidable outil d’éducation artistique ouvert à tous, mais aussi, plus largement, un outil d’intégration destiné à tous les élèves, quelles que soient leurs origines, leurs niveaux ou leurs différences, aussi bien en milieu urbain que rural. La question est : quelle place veut-on donner à un dispositif qui porte de façon aussi évidente les missions républicaines et citoyennes de l’école dans le 'collège de demain' ? » L'APEMu n'a eu de cesse d'alerter les autorités publiques sur la menace qui pèse sur les chorales à l'école. Depuis la rentrée 2015, de nombreux établissements scolaires ont supprimé la chorale :

« Nous avons constaté de grandes disparités dans les académies : de nombreux professeurs ont perdu leur deuxième heure et la situation ne cessera de s’aggraver à la rentrée 2016. De nombreuses autres chorales seront supprimées parce que l'heure ne sera plus présente dans la dotation des établissements et qu'elle ne pourra être maintenue que si le chef d'établissement le décide, autonomie des établissements oblige. Du coup, chaque professeur devra monter au créneau s’il veut maintenir sa chorale en vie. En tant qu’association nationale, nous ne pouvons que constater le dégradation de la situation à l'échelle locale et essayer de relayer les difficultés de nos collègues. »

Le courrier adressé en octobre dernier à la ministre de l'éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem est resté sans réponse à ce jour :

« En attendant un signal fort du Ministère concernant la situation alarmante des chorales à l'école, nous n'avons pas d'autre solution que d'inviter les enseignants de ne pas participer à l'opération l'Ecole en choeur. » Gageons que le silence des chorales sera plus parlant que les mots...

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