L’Opéra de Paris, aux petits oignons avec ses danseurs

A l’occasion de la 12e édition de « Tous à l’Opéra », consacrée à la danse, découvrez l’unité médicale du ballet de l’Opéra de Paris. Mise en place en 2015, elle a pour but d’améliorer la préparation physique des danseurs et de leur fournir un suivi en cas de blessure.

L’Opéra de Paris, aux petits oignons avec ses danseurs
Des danseurs du ballet de l'Opéra de Paris font des exercices au sein de l'unite médicale du Palais Garnier sous l'oeil d'un kinésithérapeute , © C. Pelé

« L’opéra est le croisement de tous les arts : la musique, le chant, le théâtre… et la danse ». C’est ainsi que débute l’édito de la 12e édition de Tous à l’Opéra qui commence ce vendredi 4 mai. 25 maisons lyriques de France ouvrent leurs portes au plus grand nombre pour faire découvrir les trésors qu’elles renferment. Le public pourra découvrir des répétitions publiques, visiter les coulisses, les ateliers de costumes et de maquillage ou prendre des cours de chant. 

Au Palais Garnier, les visiteurs pourront notamment en apprendre plus sur le quotidien des danseurs et danseuses. Au programme : cours de danse du ballet en public et initiation à la barre pour les enfants. Car cette année, la danse est mise à l’honneur de Tous à l’Opéra, notamment grâce à la marraine de cette 12e édition : Aurélie Dupont, directrice de la danse et ancienne danseuse étoile. 

Les visiteurs ne pourront pas tout voir des coulisses, notamment en raison de l’exiguïté des locaux. Ils n’auront donc pas l’occasion de visiter le tout nouveau pôle santé du ballet de l’Opéra de Paris. Ce pôle a été mis en place seulement en 2015, peu de temps après la nomination de Benjamin Millepied à la direction de la danse. Millepied a fait de cette unité médicale une de ses priorités, lui qui a effectué la majeure partie de sa carrière aux Etats-Unis où les danseurs sont considérés comme les véritables athlètes qu’ils sont. 

Optimiser les performances physiques des danseurs 

Avec plus d’une centaine de blessures par an, la douleur fait partie du quotidien des danseurs. Il paraît donc presque inimaginable que rien n’existait auparavant pour suivre et accompagner les membres du ballet. Aurélie Dupont, actuelle directrice de la danse depuis 2016 et danseuse étoile jusqu’en 2015 se souvient : «  A mon époque, il n’y avait aucun suivi médical. Lorsqu’on était blessé, il fallait trouver un spécialiste à l’extérieur, à nos frais ». 

La petite révolution médicale mise en place par Benjamin Millepied a tout de suite séduit le ballet. L’unité est dirigée par Xavière Barreau, médecin du sport et comprend deux kinésithérapeutes et un ostéopathe. La médecin exerce en adoptant la même approche qu’avec les sportifs. « Les danseurs sont à la fois des artistes et des sportifs de haut niveau. Notre objectif est de faire de la prévention. Il y aura toujours des blessés mais plus on anticipera l’accompagnement des danseurs et plus on pourra limiter les incidents ». 

L'unité médicale du ballet de l'Opéra de Paris permet aux danseurs de récupérer beaucoup plus rapidement en cas de blessure, 1 mois contre 2 à 3 mois auparavant
L'unité médicale du ballet de l'Opéra de Paris permet aux danseurs de récupérer beaucoup plus rapidement en cas de blessure, 1 mois contre 2 à 3 mois auparavant, © C. Pelé

Xavière Barreau leur prodigue des conseils au niveau de l’hydratation, de la nutrition, de la récupération ou des étirements. Cet accompagnement permet de réduire le nombre de blessés et surtout de favoriser un retour rapide à la danse en cas de blessure. « Avant la mise en place de ce service, les temps de guérison des blessures pouvaient prendre jusqu’à 3 mois. Désormais, les danseurs sont de retour sur scène en un mois seulement », précise Xavière Barreau.

Dès le signalement d’une blessure, l’équipe du pôle santé prend tout de suite en charge le danseur. « Si c’est une cheville qui pose problème, on en profitera pour les faire travailler sur le plan cardio-vasculaire, pour les faire gagner en endurance, pour renforcer le dos. Notre but est à la fois de les soigner, de les optimiser au maximum pour qu’ils puissent pleinement s’exprimer artistiquement et d’empêcher que la blessure ne revienne » explique la médecin du sport. 

« Cette prise en charge est précieuse », explique Valentine Colasante, danseuse étoile au ballet de l’Opéra de Paris. « Elle nous permet de gagner du temps, d’avoir facilement accès à des IRM. Nous nous sentons vraiment accompagnés comme des athlètes de haut niveau ». 

Crise du management au Ballet

Cette amélioration semble pourtant se placer en contradiction avec le résultat polémique d’une enquête interne portant justement sur le management et le suivi des carrières des membres du ballet. Un sondage réalisé auprès des 154 danseurs par la Commission d’expression artistique et qui n’aurait pas dû sortir des murs du Palais Garnier indique que près de 90% des artistes estiment ne pas avoir fait l’objet d’un management de qualité. 

Aurélie Dupont, la directrice, est particulièrement visée. Des commentaires anonymes pointent son « manque de compétence en management », son « absence criante d’accompagnement » et son « manque de dialogue ». Invitée de Musique Matin ce vendredi 4 mai en qualité de marraine de Tous à l’Opéra, l’ancienne danseuse s’est exprimée en disant « prendre très au sérieux le bien-être des danseurs de la compagnie ». 

Cours de danse du ballet de l'Opéra de Paris dans le studio Petipa, dans la coupole du Palais Garnier
Cours de danse du ballet de l'Opéra de Paris dans le studio Petipa, dans la coupole du Palais Garnier, © C. Pelé

Elle a affirmé sa volonté de « faire son maximum » pour « mieux écouter les danseurs, leurs attentes, leurs doléances ». Elle refuse néanmoins que « leur parole soit instrumentalisée et que la sincérité de leur témoignage soit détournée ». La directrice de la danse conclut en déclarant qu’elle « s’exprimera très prochainement sur le sujet ». 

Aurélie Dupont devra déployer les grands moyens pour réussir à contenir cette crise interne. Cela passera peut-être par le développement de l'unité médicale, qui n’a pourtant rien de simple puisqu'il dépend du mécénat privé.