L'Opéra Comique s'offre une nouvelle jeunesse

Après 20 mois de travaux et de fermeture totale, l’Opéra Comique rouvre ses portes avec Alcione, opéra de Marin Marais. La Salle Favart a bénéficié d’une importante restauration ainsi qu’une mise aux normes.

L'Opéra Comique s'offre une nouvelle jeunesse
Olivier Mantei, directeur de l'Opéra Comique, assis au premier balcon de la salle Favart fraîchement rénovée, © Radio France / Victor Tribot Laspière

Les inconditionnels de l’Opéra Comique trépignaient d’impatience. Enfin ! Après 20 mois de fermeture totale, la salle Favart va rouvrir ses portes ce mercredi 26 avril avec un joyau de la musique baroque, Alcione de Marin Marais, dirigé par Jordi Savall. Depuis le dernier grand incendie qui l’avait ravagé en 1887, c’est la première fois que le théâtre lyrique était totalement fermé. Une décision inévitable étant donnée l’importance des travaux qui y ont été menés. A commencer par la ventilation de la salle à l’italienne. Ceux qui avaient déjà assisté à une représentation un soir de printemps dans les hauteurs des derniers balcons savent de quoi il en retournait. La chaleur pouvait y être étouffante et elle nuisait grandement à l’appréciation de l’œuvre présentée.

Désormais, un vent de fraîcheur circulera dans la salle. 850 grilles d’aérations ont été discrètement installées sous les fauteuils pour garantir un traitement et un renouvellement de l’air. Un chantier titanesque puisqu’il a fallu entièrement désosser la salle pour faire passer les 2,4 km de gaines de ventilation. « Cela a été le plus gros enjeu de ce chantier, explique Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques. Il nous a fallu réaliser d’importantes recherches historiques sur l’ossature métallique de la salle, en fer puddlé semblable à celui utilisé pour la Tour Eiffel, pour savoir où et comment nous allions installer ces gaines. Cela va tout changer pour le public mais aussi pour ceux qui travaillent ici ».

L’autre enjeu était évidemment de réussir la mise en place de ce système de ventilation sans que cela ne modifie l’acoustique. « Les meilleurs acousticiens ont veillé à ce que rien ne change. C’est également ce que j’espère, que les gens qui reviendront après 20 mois d’absence ne s’aperçoivent pas des changements », déclare légèrement nerveux l’architecte. Et en effet, à première vue « tout a changé mais rien n’a changé » comme le résume Olivier Mantei, directeur des lieux. Pourtant, l’intégralité de l’édifice a été mise en conformité, que ce soit au niveau de l’électricité, du désenfumage, de la sécurité incendie et également pour l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Un ascenseur de verre permet désormais de gagner tous les étages.

Pierre -Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques, dans le central costume de l'Opéra Comique entièrement restauré
Pierre -Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques, dans le central costume de l'Opéra Comique entièrement restauré , © Radio France / Victor Tribot Laspière

Les plus observateurs des spectateurs pourront peut-être remarquer le « relooking » de la salle Favart puisque les travaux avaient également pour but de donner un coup de neuf aux tapisseries de la salle tout en essayant de retrouver la couleur d’origine. « Nous avons travaillé en collaboration avec des laboratoires de recherche pour tenter de retrouver le véritable rouge Favart. Nous nous sommes aperçus que celui qui était présenté jusqu’à présent tendait plutôt vers le rouge bordeaux, comme celui des fauteuils de cinéma. En étudiant des tableaux et des étoffes de tissus, il nous est apparu qu’il s’agissait plutôt d’un vieux rose, se rapprochant d’un rouge corail, plus foncé » explique Pierre-Antoine Gatier. L’intégralité des loges ont été retapissées ainsi que le velours des garde-corps de la salle.

En rénovant entièrement le réseau électrique, l’architecte en chef des monuments historiques a également apporté un soin particulier pour l’éclairage. « Il fallait avoir à l’esprit que la salle Favart fut la toute première salle de France éclairée à l’électricité. L’enjeu était de recréer l’ambiance qui régnait au XIXe siècle. Nous avons opté pour des ampoules LED avec une température très chaude pour sublimer l’éclat des dorures » précise l’architecte. Au total, 850 ampoules ont été installées dont 160 rien que pour recréer la couronne lumineuse de la coupole qui ne fonctionnait plus.

Les tapisseries des loges de l'Opéra Comique ont été entièrement refaites avec le "rouge Favart" d'origine
Les tapisseries des loges de l'Opéra Comique ont été entièrement refaites avec le "rouge Favart" d'origine, © Radio France / Victor Tribot Laspière

Pendant les 20 mois de travaux, 13 entreprises se sont succédées pour restaurer la quasi-totalité des éléments décoratifs de la salle Favart : peinture, sculptures, éléments de stuc, staff et carton-pierre, marbres, mosaïques, dorures, etc. Le hall Boieldieu – l’entrée principale du théâtre – a également été rénové et restauré, ainsi que la salle Bizet, située entre les rues Favart et Marivaux, et qui sert de salle de spectacle et de réception.

D’autres analyses ont été menées pour tenter de comprendre la composition de la patine jaune qui recouvrait les murs du foyer. « Je n’arrivais pas à savoir s’il s’agissait d’une usure ou d’un vernis protecteur. Après analyse, il s’est avéré que c’était de la nicotine ! Tout le monde fumait partout il y a encore peu. Heureusement ce n’est plus le cas, et ces restaurations devraient donc tenir plus longtemps » explique Pierre-Alain Gatier. Les travaux auront coûté 17 millions d'euros au total et duré plus dix ans, à raison de deux ou trois mois chaque été depuis 2007, puis 20 mois de fermeture totale.

Cet Opéra Comique flambant neuf tout en ayant retrouvé son apparence originelle enchante Olivier Mantei. Arrivé officiellement à la direction de la salle Favart en 2015, celui qui était l’adjoint de Jérôme Deschamps depuis 2006, connaîtra enfin le théâtre lyrique sans travaux. « J’étais très inquiet que ces importantes rénovations puissent modifier l’aspect de la salle. Cela arrive parfois quand on dépoussière et restaure des éléments décoratifs. Tout peut apparaître comme trop éclatant, au point de sonner faux. Je suis rassuré parce que les lieux restent vivants » souffle Olivier Mantei, assis au premier balcon. Le directeur de l’Opéra Comique semble se détendre en assistant à la pré-générale d’Alcione de Marin Marais. Tout est réuni pour que la salle Favart reprenne vie.