L'Institut croate de musique de Zagreb endommagé dans un tremblement de terre

Alors que le pays lutte contre l'épidémie de Covid-19, Zagreb, la capitale croate, a été frappée dimanche par un violent tremblement de terre. L'Institut croate de musique, situé en plein centre historique, à été fortement touché, alors qu'il venait d'être entièrement rénové.

L'Institut croate de musique de Zagreb endommagé dans un tremblement de terre
Institut croate de musique avant le tremblement de terre, Zagreb, Croatie

« 10 secondes ont suffi pour anéantir une année entière de lutte pour la survie de l'Institut croate de musique... Et maintenant, de ces débris, il faut retrouver la force pour tout recommencer...mais comment ? » Telle a été la première réaction de la présidente de l'Institut croate de musique Romana Matanovac - Vuckovic sur Facebook, après le tremblement de terre qui a frappé la capitale croate ce dimanche, en pleine crise du Covid-19.

Une première secousse de 5,7 sur l’échelle de Richter ressentie à 6h24 du matin , suivie d'une autre de 5,3, ce tremblement de terre est le plus fort dans la région depuis 140 ans.  Le centre historique de Zagreb a été grièvement endommagé, plusieurs hôpitaux évacués, alors qu'une vague de froid a fait chuter les températures en dessous du zéro. Une adolescente a perdu la vie, plusieurs dizaines de personnes ont été blessées, et plusieurs centaines sont restées sans toit, selon les médias croates. Une situation très difficile à gérer au moment même où le pays est entré en confinement en raison de l'épidémie du Covid-19 qui frappe la région de plein fouet.  

Parmi les bâtiments historiques très endommagés, celui de l'Institut croate de musique, berceau de la vie musicale du pays. Plus ancienne institution musicale de Croatie et - depuis sa fondation jusque dans les années 1970 -  unique salle de concerts de la ville, l'Institut croate de musique était à l'origine de la ville musicale de la capitale : saison des concerts, enseignement musical, archives et bibliothèque, tout ce qui concernait la musique classique se passait entre ses murs.  Jusqu’en 2014, l'Institut croate de musique louait ses locaux à l'Académie de musique de Zagreb, l'équivalent du Conservatoire supérieur de musique de Paris.

« Vu la situation liée à l'épidémie du Covid19, nous n'avons pas encore pu faire venir les experts pour faire une estimation officielle des dégâts provoqués par le tremblement de terre, nous a expliqué Romana Matanovac Vuckovic au téléphone, mais ils s'élèvent à plusieurs millions d'euros. Le toit est tombé, le plafond est sur le point de s'écrouler, les murs sont très abîmés. Nous ne pourrons plus y retourner avant plusieurs mois, à condition de pouvoir réparer les dégâts, » constate la présidente.

Et pour l'instant, cela ne semble pas évident. L'Institut croate de musique vient de renaître de ses cendres après une année de travaux de rénovation, achevés seulement deux jours avant de refermer ses portes en raison du coronavirus. Une année charnière pour la survie de l'institution : en décembre 2018, criblé de dettes après plusieurs décennies de mauvaise gestion, l'Institut croate de musique était au bord de la faillite. Classé monument historique, le bâtiment était pressenti pour être transformé en hôtel de luxe.

« Nous n'avons pas pu laisser faire, raconte Romana Matanovac-Vuckovic, avocate, qui a fait toute sa formation de guitariste dans ces murs. On m'a appelée pour redresser l'institution et empêcher la vente, qui aurait signé sa fin ».

Le problème, c'est que les caisses étaient vides. A la différence des autres institutions musicales, l'Opéra national croate et la salle Lisinski notamment, qui reçoivent une subvention du ministère de la culture, l'institut croate de musique est une association entièrement autofinancée. « C'est le statut que nous avons gardé depuis la fondation, et qui nous a permis de traverser tous les régimes politiques en restant indépendants,» se félicite Romana Matanovac Vuckovic. Mais au prix d'une grande fragilité financière. « Quand j'ai pris le poste de présidente début 2019, nous nous sommes donné pour objectif de redonner à l'Institut un nouveau souffle et d'en faire de nouveau un lieu central de la vie culturelle de la capitale, avant que la Croatie ne prenne la présidence du Conseil de l'UE en janvier 2020. »  Les locaux entièrement rénovés et remis aux normes, une saison repensée, avec des concerts plus diversifiés, des activités jeune public, des événements culturels de grande envergure, comme le festival du film et le salon du livre, le soutient aux jeunes musiciens, une campagne de sensibilisation auprès d'un public rajeuni...«Toutes nos actions nous ont assuré le soutien du Ministère de la culture et de la Ville, et surtout beaucoup de dons privés. Tout cet argent a été investi dans la restauration des lieux, environ 200 000 euros. »

Mais l'élan n'a pas duré longtemps. Avec la progression de l'épidémie du Covid-19, l'Institut croate de musique, comme toutes les autres structures culturelles du pays, est obligé de fermer. 

« Nous nous sommes vite adaptés en diffusant les concerts virtuels, et même si cela aurait été difficile financièrement de passer les quelques mois, nous aurions pu survivre sur les engagements pris pour la saison prochaine. Mais le tremblement de terre a anéanti tous nos espoirs » conclut Romana Matanovac-Vuckovic. Difficile de se projeter, selon la présidente, parce que nombreux bâtiments historiques financés du budget de l'Etat ont été sérieusement endommagés, dont le siège du gouvernement ou plusieurs hôpitaux. l'Institut croate de musique n'est clairement pas une priorité. «  Nous avons bâché le toit, et espérons que les dures conditions météorologiques actuelles ne fragiliseront pas davantage la structure du bâtiment. Pour l'instant, nous n'avons pas de plan B. Il faut déjà traverser la crise du Covid-19, et après on verra bien,» se résigne la présidente.