L’English National Opera en cessation de paiement imminente ?

Dans une lettre ouverte parue sur le site Internet de l’English National Opera (ENO), la directrice générale Cressida Pollock explique que son institution doit s’adapter au changement sans quoi elle se trouvera en situation de cessation de payement en avril 2017.

L’English National Opera en cessation de paiement imminente ?
Le Coliseum, maison de l'English National Opera à Londres (©MaxPPP)

« Nous devons être capables de vivre avec les 12,38 millions de livres sterling de subvention publique ou nous risquons de ne pas respecter nos obligations de paiement en avril 2017 ». Pour Cressida Pollock, directrice générale de l’English National Opera (Londres, Royaume-Uni), la situation est claire : son institution doit « faire face à des choix difficiles ».

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Depuis quelques semaines, la situation de l’English National Opera - communément appelé ENO - est des plus préoccupantes. Poussée par son principal financeur public (le Arts Council England ) à changer sa gestion, la maison d’opéra a pris la décision de supprimer quatre postes dans le chœur et de suspendre l’annualisation des salaires de l’ensemble des choristes, pour ne les payer qu’en période d’activité. Face à ce choix, le chœur a voté la grève, et le syndicat Equity a dénoncé des mesures propices à « détruire l’English National Opera une bonne fois pour toute ».

En baissant les subventions de l’ENO, l’organisation chargée du financement public de la culture - le Arts Council - a amorcé une véritable polémique. D’un côté, une partie de la presse et de l’opinion publique pense que l’Arts Council doit sauver la maison d’opéra londonienne coûte que coûte de l’autre, certains pensent que l’institution a eu tout le temps nécessaire pour s’adapter au changement, et qu’elle doit « s’adapter ou mourir ». Bon gré mal gré, le discours de Cressida Pollock s’inscrit dans le second camp.

Face à cette situation, les pistes envisagées par la directrice générale visent à réduire les coûts pour stabiliser les finances. Deux propositions fortes illustrent cette absolue nécessité : une saison de onze opéras avec des coûts de mise en scène à minima, et/ou une saison sans aucune nouvelle production. Pour autant, même avec l’une ou les deux propositions « extrêmes », l’institution « ne sera pas capable de boucler son budget ».

Finalement, le projet de Cressida Pollock est de changer la façon dont est construite la programmation de la saison : plutôt que des saisons d’automne, de printemps et d’été, la directrice propose deux saisons de dix opéras en tout en automne et au printemps au Coliseum, et une saison d’été en hors-les-murs. Du côté des sacrifices demandés aux salariés, outre le passage à des contrats saisonniers (pour le chœur notamment), la directrice pense « demander aux employés de travailler plus longtemps pour moins d’argent » mais aussi opérer « quelques licenciements ».

A la dernière question de cette lettre ouverte, « après ces changements, à quoi ressemblera l’ENO dans trois ans ? », la directrice générale ne se veut ni rassurante, ni pessimiste, mais brosse plusieurs objectifs : « se concentrer sur ce que l’ENO fait le mieux et continuer à croître, à innover et à expérimenter » dans le but final d’« atteindre un public plus large, de Londres et de l’extérieur » et de « devenir plus flexible et plus souple financièrement ». Un programme ambitieux.

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