L'alto est-il toujours le mal-aimé de l'orchestre ?

Mis à jour le mardi 02 août 2016 à 14h18

Les idées reçues collent à la peau des musiciens classiques : la harpe pour les filles, le violoniste à la grosse tête, les percussionnistes disciplinés... et les altistes, les “mal-aimés” de l’orchestre... Alors, cliché ou réalité ?

L'alto est-il toujours le mal-aimé de l'orchestre ?
Dessin de Madeleine Martin ©Mady Martin / http://madymartin.prosite.com/

« L’alto c’est dans les aigus que ça devient grave. » Pourquoi les altistes subissent-ils depuis toujours ces plaisanteries à leur égard ? Rien que sur le web, de nombreux sites répertorient les meilleures blagues sur les altistes, et le sujet des “altistes brimés” revient souvent sur les forums de musique classique ou dans les discussions entre musiciens.

Pendant longtemps, les altistes ont été qualifiés (plus ou moins sérieusement) de “violonistes ratés”. Pour vérifier ce mythe, il suffit de revenir quelques années en arrière, une époque où les classes d’alto dans les conservatoires et écoles de musique accueillaient des élèves violonistes qui n’avaient pas le niveau pour assurer des parties de solistes ou ne suivaient pas le rythme des autres violonistes.

Ce mythe a-t-il déclenché une "guerre" entre violonistes et altistes ? Oui, selon Marc Desmons, alto solo de l'Orchestre philharmonique de Radio France : « La guerre existe car pendant longtemps les mauvais violonistes devenaient altistes. Et il fallait aussi combler les trous des quatuors, ce qu'on faisait sans chercher de vrais altistes car il n'en existait pas beaucoup... » La différence existe aussi dans le caractère des musiciens. Même s'il ne fait pas de généralités, Marc Desmons défend son instrument : « Avec l'alto, le besoin de briller est moins fort, les altistes sont plus simples et d'un certain côté, moins prétentieux. »

Mais aujourd'hui, dans les orchestres, les conservatoires et les écoles de musique, les altistes s'affirment. « Aujourd'hui, de plus en plus d'altistes commencent des carrières solistes », précise Jean-Baptiste Brunier, "super soliste" de l'Orchestre philharmonique de Radio France avant de rajouter : « Le répertoire est moins large mais on peut tout jouer ! Les morceaux pour flûte, hautbois, violon, violoncelle... »Marc Desmons renchérit : « Le niveau général des altistes ne cesse de monter, dans les concours aussi ce qui donne de meilleurs musiciens. Il faut être plus exigeant. »

« La pincée de sel » de l'orchestre

Si de plus en plus de jeunes s'intéressent à l'alto c'est que cet instrument possède de nombreuses qualités. Premièrement, le son : « la palette sonore est beaucoup plus intéressante qu'avec un violon », indique Jean-Baptiste Brunier. Marc Desmons l'explique par le fait que « les altistes sont plus occupés à produire du son qu'à penser à la technique de l'instrument. » Même si l'alto a souvent un rôle d'accompagnateur, il est indispensable à l'orchestre, il est « la pincée de sel » de l'orchestre selon Marc Desmons.

Un autre sujet, difficile à entendre pour les altistes, revient souvent sur la table : le violon et l’alto, c’est pareil, non ? Visuellement, les deux instruments peuvent être facilement confondus, mais dans la pratique, passer de l’un à l’autre n’est pas une mince affaire.

L’alto est plus grand donc plus lourd ce qui peut plus rapidement fatiguer un musicien habitué à manier un violon. Au niveau des doigts, la taille de l'alto implique d'avoir un positionnement plus écarté sur le manche que sur un violon. Enfin, les cordes plus épaisses vont demander à l’altiste plus de puissance et l'archet, plus lourd, une nouvelle manière de le manier pour obtenir les sons voulus.

A cela s’ajoute les difficultés théoriques : une partition d’alto s’écrit en clef d’ut tandis que celle du violon est en clef de sol. Concrètement, cela veut dire pour les musiciens qu’ils devront réapprendre à lire une partition (sauf s’ils étaient premiers de la classe en solfège). Toutes ces raisons compliquent le passage entre les deux instruments. Or de nombreux musiciens sont passés par là, voire jouent des deux.

Alors pourquoi le mythe des “mauvais élèves” persiste ? Il faut remonter au XIXème siècle. Une époque où les compositeurs s’attaquent au répertoire des concertos mettant bien plus en valeur le violon et le violoncelle que l’alto. Et le XIXème est bien connu pour sa virtuosité, avec des compositeurs amateurs d’envolées lyriques tels que Liszt , Chopin ou Paganini. Dans les grandes oeuvres de cette période romantique, l’alto a un rôle ingrat et doit faire le lien (indispensable) entre les violons et les violoncelles et contrebasses. Maxence Grimbert, altiste professionnel et enseignant, a souvent ressenti du dénigrement de la part des violonistes sur cette question du répertoire : « Combien de fois avons-nous entendu que nous n'avions que 3 ou 4 concertos et sonates à défendre et une absence relative de virtuosité dans l'écriture. »

Ce n’est qu’au XXème siècle que les compositeurs s’attardent sur le répertoire de l’alto et commencent à composer des oeuvres qui mettent en valeur les altistes. « Les compositeurs ont commencé à écrire des choses différentes au XXème car le niveau augmentait », explique Jean-Baptiste Brunier.

Aujourd'hui, grâce aux grandes figues de l'alto comme Gérard Caussé, Serge Collot (disparu en 2015)... et aux musiciens talentueux qui ont suivi leurs traces et s'invitent dans les plus grands orchestres du monde, la réputation de l'alto est sauvée. Et on peut même continuer de plaisanter sur leur sort, il paraît que les altistes ne sont pas susceptibles. « Passé l’acceptation que nous jouons sur un instrument de taille ingrate, au registre medium et qui permet moins la démonstration, tout altiste sait combien son rôle est indispensable dans l’équilibre des cordes et que son humilité et sons sens de l’autodérision sont des vertus dans un milieu où les mentalités sont parfois rigides », conclut Maxence Grimbert.

Petites blagues (pour le plaisir)

Quel est le point commun entre les Beatles et deux pupitres d’altos ?
Cela fait plus de 40 ans qu’ils ne jouent plus ensemble.

Vous savez pourquoi alto se dit "Bratsche" en allemand ?
Parce que c’est le bruit que ça fait quand on s’assoit dessus.

C’est un second violon du dernier rang et un altiste qui discutent. Le violoniste vante le répertoire du violon : « Tous les grands compositeurs ont écrit pour le violon. Brahms, Mozart, Beethoven... tous ces magnifiques concertos. C’est sûr que vous à l’alto, vous n’avez pas tout ça. »
L’altiste répond : « Oui, mais t’as déjà vu un concerto pour second violon ? »

Quelle différence y a-t-il entre un alto du premier rang et un alto du second rang ?
Un demi-ton.

Quelle est la différence et le point commun entre une flûte (traversière ou à bec) et un alto ?
Ils jouent tous les 2 faux, mais il n’y a pas besoin de souffler dans l’alto pour ça.

Comment définit-on la seconde mineure ?
Avec deux altistes solos à l’unisson.

Comment demande-t-on un trémolo aux altistes ?
En écrivant "solo" au dessus d’une ronde sur la partition.

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