Karine Deshayes dans Les Puritains à Montpellier « Accepter le rôle d’Elvira était un véritable challenge »

Présente pour la 4e fois au Festival Radio France Occitanie Montpellier Karine Deshayes y effectue cette année une prise de rôle avec Elvira dans la version de Naples des Puritains de Bellini. Elle chantera également plusieurs airs baroques sous la direction d’Hervé Niquet le 24 juillet.

Karine Deshayes dans Les Puritains à Montpellier « Accepter le rôle d’Elvira était un véritable challenge »
Karine Deshayes au Festival Radio France Occitanie Montpellier, © Marc Ginot

La première fois qu’elle a chanté au Festival Radio France Occitanie Montpellier, c’était en 2002. Et puis elle est revenue … Pour les Nuits d’été de Berlioz en 2012, Shéhérazade de Ravel en 2016, et c’est avec deux productions qu’on retrouve Karine Deshayes cette année : Les Puritains de Bellini et L’Opéra imaginaire d’Hervé Niquet avec le Concert Spirituel.

  • France Musique : C’est donc avec une prise de rôle que le public du Festival Radio France Occitanie Montpellier vous retrouve cette année ?

Oui, je n’ai jamais chanté le rôle d’Elvira auparavant ! Et puis, il est très rare que la version Malibran soit donnée, habituellement c'est la traditionnelle version de Paris que l'on entend. C’est donc une découverte pour moi, mais aussi certainement pour une partie du public qui ne connait pas cette version de l'ouvrage. Le rôle de Riccardo n’est plus tenu par un baryton par exemple, mais par un ténor, et on ne trouve plus de hauteurs de soprano dans la voix d’Elvira, car cette version a été créée pour Maria Malibran qui avait un timbre qui se rapproche aujourd’hui de celui de la mezzo. C’était d'ailleurs assez drôle au départ quand les gens voyaient mon nom inscrit à côté de celui d'Elvira dans le programme, ils pensaient qu’il s'agissait d'une erreur ! Il a fallu leur expliquer (rires).

  • France Musique : C’est ce parti pris de la découverte qui vous a séduit dans ce projet ?

En grand partie, c’était un véritable challenge pour moi ! Je remercie d’ailleurs Jean-Pierre Rousseau d’avoir eu cette idée et d’avoir pensé à moi. Comme à son habitude le festival innove en faisant découvrir de nouvelles partitions au public. Et puis, pour moi, cela s’inscrit également dans le prolongement de mon répertoire actuel, j’ai notamment interprété récemment l’Armida de Rossini, c’est la même tessiture.

  • France Musique : Comment avez-vous préparé cette prise de rôle ?

Comme pour toutes les prises de rôle, je travaille avec mon professeur de chant, mon pianiste, mon coach. Évidemment il y a aussi une grande part de travail personnel, mais on a envie d’être conseillé. Et ensuite, sur place, on fait connaissance avec le casting et on répète six jours en amont. Les répétitions s’effectuent d’abord avec un piano, puis avec l’orchestre et les chœurs. C’est d’ailleurs toujours un peu particulier quand on passe du piano à l’orchestre parce que les sonorités sont différentes mais c’est aussi ce qui nous inspire pour l’interprétation, on entre dans les sons du violon, des clarinettes, du cor d’harmonie …

  • France Musique : Pouvez-vous nous parler de l’Opéra Imaginaire ?

Au début je me suis demandée « mais qu’est-ce que ça veut dire Opéra Imaginaire ? Est-ce que c’est un opéra qui existe ? » Il s’agit en fait d’un assemblage de plusieurs airs ou duos très connus de musique baroque française, il y a, entre autres, du Rameau, du Charpentier … Plein de compositeurs donc, pour une succession de magnifiques pages musicales pour mezzo et ténor.

  • France Musique : Quel rapport entretenez-vous avec le Festival Radio France Occitanie Montpellier ?

J’aime énormément venir, j’apprécie la ville, l’ambiance, le public qui vient en famille, il y a un véritable partage ! Et puis les conditions sont différentes de celles que nous connaissons pendant l’année, il y a du soleil, il fait chaud … Il y a un côté estival qui me convient très bien même si, évidemment, on travaille toujours aussi sérieusement. Mais ça fait toujours du bien de pouvoir profiter des terrasses pour se reposer entre deux répétitions ! Et puis j’aime ce festival car il propose différentes formes de programmation tout au long de la journée, avec des opéras, de la musique de chambre, de la musique symphonique, du jazz … C’est une belle ouverture ! Et désormais le festival se déploie sur toute la région, ce qui permet de découvrir d’autres sites et d’aller directement à la rencontre des gens. C’est très important.

  • France Musique : Donc c’est un festival que vous appréciez même en tant que spectatrice ?

Oui totalement, même si la semaine prochaine je ne pourrais malheureusement pas assister aux concerts car je répète à Paris avec Hervé Niquet. Et ça m’embête parce que je voulais absolument voir Siberia de Giordano qui est une rareté, mais notre train arrivera à 22h30 donc ce sera déjà la fin du concert. Mais vous voyez, je suis même triste de rater mes collègues !