Juliette Gréco est morte

Elle était l'icône de la chanson française. Juliette Gréco est décédée aujourd’hui à l’âge de 93 ans.

Juliette Gréco est morte
Juliette Greco en 1973, © Maxppp / Hemann

Juliette Gréco est décédée cet après midi à 93 ans. Les hommages se succèdent sur Twitter. La maire de Paris, Anne Hidalgo, évoque "la muse de Saint-Germain des Prés, l’icône du Paris de Boris Vian, de Jacques Prévert, de Raymond Queneau. Chanteuse et actrice de talent, femme libre, sa voix si reconnaissable nous manquera énormément." 

Née en 1927 à Montpellier, Juliette Gréco fut élevée par ses grands-parents maternels à Bordeaux jusqu’en 1933, avant de partir à paris avec sa mère et sa sœur ainée. En 1939, cette passionnée de danse devient petit rat à l’Opéra Garnier. La guerre éclate ensuite et Juliette Gréco, retourne dans le sud ouest avec sa famille. 

Elle va d’abord en Dordogne avant d’être scolarisée à Montauban, au sein de l’institut royal d’éducation Sainte-Jeanne d’Arc, aussi surnommé Les Dames Noires. À cette époque, la mère de deux jeunes filles participe à un réseau d’évasion vers l’Espagne. Elle est emprisonnée en 1943. Juliette Gréco et sa sœur s’enfuient alors vers Paris. 

Elles sont capturées cinq jours plus tard par la Gestapo qui les torture et les frappe. Elles sont ensuite emprisonnées à la maison d’arrêt de Fresnes. La mère et la sœur de Juliette Gréco sont ensuite déportées à Ravensbrück. 

Pendant ce temps, Juliette Gréco est libérée. Totalement seule et désœuvrée, elle se rend alors dans le 6ème arrondissement, chez Hélène Duc, son ancienne professeure de français avant la guerre. Elle s’habille alors avec les seuls vêtements disponibles, des vêtements de garçon, et porte des chaussures données par Alice Sapritch, une amie d’Hélène Duc. Sans le savoir, Juliette Gréco vient de créer le style Saint Germain.  

Les débuts à Saint Germain

En 1945, Juliette Gréco découvre Saint Germain et la vie politique avec les jeunesses communistes. Grâce à Hélène Duc qui l’envoie prendre des cours, elle découvre le théâtre. Elle décroche alors quelques petits rôles et travaille en même temps sur une émission de radio consacrée à la poésie. 

À la même époque, elle rencontre quelques habitués de Saint Germain dont Boris Vian et Jean-paul Sartre. Le philosophe réussit à lui trouver une chambre au sein de l’hôtel Louisiane. L’hôtel de Saint Germain est alors renommé pour accueillir de nombreux artistes et intellectuels. Juliette Gréco entame alors une histoire d’amour avec un autre occupant de l’hôtel, le musicien Miles Davis. 

Grâce à un manteau tombé au bas d’un escalier, Juliette Gréco découvre une cave inoccupée au sein du tabou, un bar de la rive gauche. Elle décide alors de l’occuper avec ses nombreux amis pour chanter, danser, jouer du jazz, et discuter philosophie. Le public, et curieux de toutes sortes, nomme ce groupe « les existentialistes ».  

Débuts dans la chanson

Devenue la muse de Saint Germain-des-Prés, surnom qu’elle gardera toute sa vie, Juliette Gréco décide alors de faire de la chanson. Sa première interprétation sera Rue des Blancs Manteaux, écrite par Jean-Paul Sartre et composée par Joseph Kosma. En 1949, elle dispose déjà d’un riche répertoire avec des textes écrits notamment par Jean-Paul Sartre et Boris Vian. Sa renommée ne cesse de grandir. 

En 1951, elle reçoit le prix de la SACEM grâce à Je Hais Les Dimanches, une chanson écrite par Charles Aznavour, qu’Edith Piaf avait refusée. Un an plus tard, elle part en tournée au Brésil et aux Etats Unis avec la revue April In Paris. En 1954, elle connaît la consécration en montant pour la première fois sur la scène de l’Olympia. En 1958, son ami Boris Vian devient son directeur artistique au sein du label Fontana. Il demande alors à André Popp de composer des musiques sur ses textes, ainsi que sur ceux de Pierre Delanöe. 

Consécration musicale

Dans les années 60, elle interprète des chansons de Guy Béart, Jacques Brel, Léo Ferré, Georges Brassens, et d’un nouveau venu, quasi inconnu, Serge Gainsbourg. Ses interprétations de Jolie Môme et de La Javanaise deviennent alors incontournables. En 1967, elle connaît un immense succès avec Déshabillez-Moi.

Au cours des années 70, alors que sa carrière semble ralentir en France, Juliette Gréco entame de nombreuses tournées à l’étranger. En 1972, elle quitte le label Fontana pour aller chez Barclay. Elle enregistre plusieurs albums dont Je Vous Attends et fait de Gérard Jouannest, son pianiste et accompagnateur depuis 1968, son compositeur attitré. En 1975, elle change à nouveau de maison de disques pour aller chez RCA Victor où elle enregistre deux albums.  À cette occasion, elle écrit cinq chansons. 

Au début des années 80, elle sort une anthologie, semblant sonner le glas de sa carrière musicale. Mais en 1983, elle enregistre Gréco 83, sur lequel travaillent plusieurs auteurs surprenants comme le dessinateur Gébé ou Allain Leprest.  

Les années 90 et 2000

En 1991, elle se produit à nouveau à l’Olympia et en profite pour enregistrer un album live. En 1993, elle sort Vivre Dans L’Avenir (Rubans Rouges Et Toiles Noires). L’album est entièrement écrit par Etienne Roda-Gil avec des musiques composées notamment Julien Clerc, Caetano Veloso et Gérard Jouannest. En 1998, elle enregistre un nouvel album intitulé Un Jour D’Eté Et Quelques Nuits, entièrement écrit par Jean-Claude Carrière. Le récital qui s’ensuit, en mai 1999, est enregistré au théâtre de l’Odéon. 

En 2003, la chanteuse, qui aime tant surprendre, enregistre Aimez-Vous Les Uns les Autres Ou Bien Disparaissez…, un album composé par quelques nouveaux grands noms de la chanson française comme Benjamin Biolay et Christophe Miossec. En 2006, elle part à new York enregistrer un album de jazz intitulé Le Temps D’Une Chanson. Un an plus tard, elle reçoit une « Victoire d’honneur » aux Victoires de la musique pour couronner l’ensemble de sa carrière. En 2009, Juliette Gréco sort Je Me Souviens De Tout, album écrit par des artistes aussi différents qu’Adrienne Pauly, Abd al Malik, Brigitte Fontaine, ou encore Maxime Le Forestier. On y retrouve également Christophe Miossec et Marie Nimier.

Trois ans plus tard, elle sort un nouvel album intitulé Ca Se Traverse Et C’Est Beau… écrit par des écrivains comme Philippe Sollers, Amélie Nothomb, et marie Nimier, ainsi que par différents artistes comme François Morel et Féfé (avec qui elle interprète un duo). Ce disque lui permet également de chanter en duo avec Guillaume Gallienne, Mélody Gardot, et Marc Lavoine. 

En avril 2012, elle se produit à guichets fermés à Stuttgart. Elle reçoit une longue ovation du public. Un an plus tard, alors qu’elle est en concert à Annonay, Juliette Gréco s’écoule sur scène au bout de 45 minutes. Le concert s’arrête brutalement. En 2014, rétablie, elle rejoint Ibrahim Maalouf sur la scène de l’Olympia pour interpréter La Javanaise. 

Début 2015, à 88 ans, elle débute une tournée mondiale d’adieu simplement intitulée «Merci». Elle se produit notamment au Musée du Louvre, et au Printemps de Bourges où elle doit écourter son concert, victime d’un coup de chaleur. Quelques mois plus tard, elle subit la même mésaventure lors d’un concert au Canada. En novembre de la même année, sort L’Essentielle, une nouvelle anthologie, ainsi qu’une compilation intitulée Merci! Sur laquelle figure un morceau inédit également intitulé Merci, écrit par Christophe Miossec. 

Le 24 mars 2016, en pleine tournée, elle est victime d’un AVC dans un hôtel de Lyon. Son dernier concert aura été le 12 mars 2016, à Saint-Estève, au Théâtre de l’Etang.   

Une filmographie dense

Entre 1948 et 2002, Juliette Gréco a joué dans 35 films. Ses participations les plus remarquables resteront ses rôles d'Aglaonice dans la version d'Orphée de Jean Cocteau en 1950, dans Bonjour Tristesse d'Otto Preminger, de Myriam Heller dans Maléfices d'Henri Decoin en 1962,  de Juliette dans La Nuit Des Généraux d'Anatole Litvak en 1966, ou d'Eponine-Florence dans Drame Dans Un Miroir, de Richard Fleischer, où elle joue aux côtés d'Orson Welles.   

Le rôle le plus marquant de Juliette Gréco reste celui de Laurence Borel-Stéphanie Hiquet dans Belphégor ou le Fantôme du Louvre en 1965. La mini-série française de Claude Barma, déclinée en quatre épisodes de 70 minutes, avait attiré 10 millions de téléspectateurs pour une population française de 48 millions de personnes dont 40% seulement possédaient un téléviseur. 

Le cinéma aura aussi permis de rencontrer plusieurs de ses amours. Elle rencontre le producteur, réalisateur et scénariste Daryl Zanuck. mais la relation est houleuse et la séparation devient officielle en 1961. Un peu plus tard, elle épouse Michel Piccoli en 1966 lors d'un dîner de gala de "têtes d'affiches". Le couple se sépare en 1977. 

Juliette Gréco s'est éteinte ce mercredi 23 septembre à l'âge de 93 ans.