Julia Varady a 80 ans, portrait d’une soprano de feu

Née le 1er septembre 1941, la soprano roumaine s’est produite sur les plus grandes scènes, devenant célèbre pour la beauté de sa voix et son tempérament dramatique. Elle fête aujourd’hui ses 80 ans !

Julia Varady a 80 ans, portrait d’une soprano de feu
Julia Varady fête ses 80 ans ! Elle interprétait ici le rôle Sieglinde avec le ténor Peter Hofmann, © Getty / Photo by Binder/ullstein bild via Getty Images

Une vie au service de la musique

Née en Roumanie, elle est issue de la minorité hongroise et porte le nom de Tőzsér qu’elle change pour Varady au moment où sa carrière prend une dimension internationale. D’abord élève à l’école musicale de Cluj, elle part ensuite pour le conservatoire de Bucarest où elle apprend le chant avec la soprano Arta Florescu.

Engagée à l’opéra de Cluj en 1962, à seulement 21 ans, elle chante pendant presque dix ans dans la Roumanie de Ceaușescu, apprenant son métier, avant de profiter d’un engagement en Allemagne en 1970 pour fuir le pays. Elle intègre en 1973 la troupe de l’opéra de Munich où elle fera la partie la plus importante de sa carrière, se produisant plus rarement à l'étranger. Cette même année, elle rencontre dans une production d’Il Tabarro le baryton Dietrich Fischer-Dieskau, de 15 ans son aîné, qui deviendra son époux quelques années plus tard.

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En 1998 elle décide de quitter les scènes d’opéras, en désaccord avec le système et certains metteurs-en-scène, alors même que sa voix est encore intacte, désolant de nombreux mélomanes. Elle se consacre au concert, au lied et à l’enseignement avant de renoncer en 2003 à se produire en public. Le film Master Class de Bruno Monsaingeon nous la montre chantant toujours aussi bien à plus de 60 ans.

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Une voix hors norme

Soprano, mezzo ou contralto, il n’y a rien que Julia Varady ne puisse chanter. En témoigne une liste de rôle étourdissante (presque 70 !) où l’on trouve pêle-mêle le compositeur d’Ariadne auf Naxos, Leonora d’Il Trovatore, Sieglinde dans Die Walküre, Judith dans Le Château de Barbe Bleu de Bartók ou encore donna Elvira dans Don Giovanni.

Mis à part l’opéra français, elle touche à tous les répertoires de tous les pays apportant à chacune de ses incarnations sa voix chaude et vibrante. Si elle ne possède pas forcément le format vocal d'une soprano dramatique, sa projection a un tranchant presque métallique qui défie les grands orchestres. C’est encore elle qui parle le mieux de son instrument dans une interview au journal Le Monde :

Mon idéal pour ma voix, c’est un timbre métallique avec des couleurs estompées, une voix obscure comme les forêts du Congo, une voix déchirée par des éclairs de lumière.

Il faut la voir, le regard profond, une autorité certaine, le corps souple quoique légèrement balancé par l’effort physique du chant, s’attaquer aux rôles les plus difficiles. Le grave nous fait entendre une tragédienne en pleine déclamation, alors que certains aigus peuvent s’alléger comme par enchantement pour ne garder que le brillant du son. Stupéfiant.

« La musique m’embrase totalement »

Durant 40 années, elle enchaîne les défis : Lady Macbeth, Sieglinde, l’impératrice de La Femme sans Ombre, Abigaïlle de Nabucco, autant de rôles où plus d’une cantatrice a laissé sa voix. Ce n’est pas son cas. Les traits nobles, elle apporte à chacune de ses incarnations une certaine tension du corps qui par moments s’apaise, au gré des émotions de ses personnages.

Quand je chante, j’ai la chair de poule au moins trois ou quatre fois. La musique m’embrase totalement.

Parmi ses enregistrements, il y a Mozart auquel son nom est associé, notamment La Clemenza di Tito qu’elle enregistre à la demande John Eliot Gardiner. On trouve également Die Fledermaus de Johann Strauss où elle est une Rosalinde quasi légendaire, se jouant avec facilité des pièges de la redoutable « Czardas », le tout dirigé par Carlos Kleiber.

Avec Pavarotti, elle grave Cavalliera Rusticana où elle est une superbe Santuzza. Un enregistrement live témoigne aussi de leur collaboration dans Aïda en 1982. Sa discographie compte encore une impressionnante impératrice dans Die Frau ohne Schatten de Strauss, un disque de lieder enregistré avec Dietrisch Fischer-Dieskau ainsi que des enregistrements « live » que le label Orfeo a publiés ces dernières années et qui donnent une idée du talent de Julia Varady.

Pour l'occasion, l'émission Arabesques lui consacre trois émissions. Bon anniversaire !