Joyce DiDonato : « Berlioz ne m'a jamais quittée »

La mezzo-soprano américaine Joyce DiDonato retrouve l'Orchestre philharmonique de Strasbourg, sous la direction de John Nelson, pour La Damnation de Faust de Berlioz. Elle revient sur sa relation avec le compositeur français et son rapport à la vocalité de la langue de Molière.

Joyce DiDonato : « Berlioz ne m'a jamais quittée »
Joyce DiDonato retrouve l'Orchestre philharmonique de Strasbourg dans La Damnation de Faust d'Hector Berlioz, dirigé par John Nelson, © Maxppp / Sebastian Kahnert

Après avoir brillé dans Les Troyens d'Hector Berlioz en 2017, Joyce DiDonato retrouve l'Orchestre philharmonique de Strasbourg pour le deuxième volet des célébrations des 150 ans de la disparition du compositeur, avec La Damnation de Faust en version de concert, les 25 et 26 avril. La mezzo-soprano américaine retrouve ses compatriotes John Nelson, chef d'orchestre spécialiste de Berlioz, et le ténor Michael Spyres, l'un des Faust les plus convaincants de ces dernières années. 

France Musique l'a rencontrée dans sa loge pour évoquer son rapport à Berlioz, au français et à la formidable équipe artistique réunie pour la deuxième fois à Strasbourg. 

France Musique : On imagine que vous devez être très heureuse de retrouver, ici à Strasbourg, la même équipe que pour les Troyens ? 

Joyce DiDonato : Absolument, c'est une vraie famille ! Je n'ai pas la sensation que nous avons chanté Les Troyens il y a deux ans, mais il y a deux jours seulement. Comme si nous ne nous étions jamais quittés. Tous les artistes, les humains, réunis autour de ce de cette Damnation de Faust sont tous des passionnés de l'esprit et de la musique d'Hector Berlioz. 

Comment Berlioz est-il entré dans votre vie ? 

C'était il y a au moins 20 ans et il ne m'a jamais quittée, même si ce n'est pas le compositeur que j'ai le plus chanté. La toute première fois, c'était au festival de la Chaise Dieu avec Emmanuel Krivine, pour Les nuits d'été. Et le premier opéra de Berlioz que j'ai chanté, c'était Benvenuto Cellini, dirigé par le grand John Nelson. Et c'est vraiment un cadeau de chanter avec lui. Il a une véritable connexion humaine avec Berlioz. John nous fait prendre conscience d'être en communion avec les personnages, avec le texte. 

Lorsqu'on est américaine, est-ce compliqué de chanter du Berlioz, et plus généralement en français ?

Pour moi, c'est vraiment la langue la plus compliquée. Et avec tout mon respect, cela vient aussi des Français qui ne sont pas d'accord entre eux, sur telle ou telle liaison par exemple (rires). Avec l'allemand ou l'italien, c'est très facile. C'est très vocal et très clair. Il y a de nombreuses consonnes sur lesquelles s’appuyer. En français, c’est très délicat et fragile, et donc plus difficile pour moi d’exprimer le texte dans le style juste. Le français demande d’être très legato, c’est un autre rythme. Mais, ce qui est le plus important, c’est la poésie que dégage le français. C’est très difficile mais j’aime beaucoup ça.

A Strasbourg, vous chantez le rôle de Marguerite dans La Damnation de Faust en version de concert. La façon de se préparer vocalement est-elle très différente d'une version avec mise en scène ? 

J'aime beaucoup chanter des opéras en version concert. Pas forcément tous, mais c'est très agréable pour La Damnation ou Les Troyens de Berlioz. C'est un vrai défi. Parce que tout passe par la voix. Et lorsque ça fonctionne, c'est beaucoup plus explosif. Ça touche directement le cœur du public. Ce n'est pas comme si on éclairait quelqu'un avec un projecteur mais c'est comme si on le désignait avec un laser. C'est très précis, concentré. Et surtout, j'adore être sur scène, avec l'orchestre derrière moi. Particulièrement avec Berlioz où l'orchestre est monumental et est un vrai personnage de l'histoire.