Journée internationale des gauchers : comment font les musiciens pour s’adapter ?

Mis à jour le vendredi 14 août 2015 à 12h18

Le 13 août est déclaré "journée internationale des gauchers" depuis 1970 aux Etats-Unis, et 2006 en France. L'occasion de revenir sur les poblèmes auxquels sont confrontés les musiciens gauchers.

Journée internationale des gauchers : comment font les musiciens pour s’adapter ?
Raphaël Pichon

Force ou handicap ? La question divise toujours, malgré de nombreuses études - plus ou moins sérieuses - sur les différences entre droitiers et gauchers. Ce dont on peut être sûr aujourd’hui, c’est que près de 13% des Français sont gauchers, et que la société est faite pour les droitiers, y compris dans le monde de la musique.

Dans un orchestre par exemple, il est rare qu’un violon soit posé sur l’épaule droite d’un musicien (même s’il existe des violons pour gauchers), idem pour les flûtistes : l’instrument ne peut être pratiqué que du côté droit, et la liste des autres instruments adaptés uniquement aux droitiers est interminable.

Au quotidien, les instrumentistes s’adaptent, comme AlixDuhamel, tromboniste, contrebassiste et gauchère qui s’est toujours habituée à jouer sur des instruments de droitiers : « Quand j’ai commencé à 8 ans le trombone, je ne me suis même pas posée la question », confie la musicienne. Et quand elle décide de se mettre à la contrebasse il y a 5 ans, Alix, habituée à jouer sur des instruments de droitiers, choisit une contrebasse pour droitiers, naturellement. « Ça aurait été presque plus embêtant si j’avais fait en sorte de jouer comme une gauchère », poursuit la musicienne qui joue souvent en orchestre.

Une autre musicienne gauchère, FrédérickeRichard, joue elle aussi en orchestre, mais sur un violon de gaucher, donc mis à l’envers : « Ça surprend un peu au début », avoue-t-elle. Pourtant la violoniste a commencé sur un violon classique de droitiers pour apprendre : « De toute façon au départ, l’apprentissage du violon est compliqué, on avance avec l’envie », explique Frédéricke _* pour qui les débuts n’ont pas été plus difficiles que les élèves droitiers. Il y a 20 ans, un ami luthier lui retape un violon de 250 ans et le monte à l’envers pour qu’il soit adapté à la violoniste. Embêté par ce violon qui ne « sonne pas », le luthier est prêt à lui faire un prix mais quand *_Frédéricke le pose sur son épaule et se met à jouer, le son est parfait. Depuis, la gauchère ne le quitte plus.

Des instruments comme le piano n’échappent pas à la majorité droitière des musiciens. Mais la pianiste Hélène*Grimaud - * qui se revendique comme une « gauchère pure » - y voit une manière de mieux appréhender certains compositeurs : « Je suis gauchère et avec Chopin ma main maîtresse, directrice, a pu animer tous ses accents lyriques, reprendre la direction de mon expression intime », explique la musicienne dans son livre Variations sauvages.

Et le problème des gauchers et droitiers n’atteint pas seulement les musiciens puisque même les chefs d’orchestre sont concernés. RaphaëlPichon , qui dirige l’Ensemble Pygmalion , est gaucher et a claqué plus d’une porte pendant ses études face à des personnes réticentes au fait qu’il dirige de la main gauche.

Si la gauche n'est pas la "norme" en musique, il ne faut pas oublier que certains des plus grands compositeurs étaient des gauchers, plus ou moins assumés. Pierre-Michel Bertrand dans son Nouveau dictionnaire des gauchers mentionne entre autres CarlPhilippEmanuelBach , RobertSchumann , un « gaucher malgré lui » ou encore Beethoven , tellement maladroit qu’il ferait aussi un bon « gaucher contrarié ». Cependant, l’auteur fait taire les rumeurs sur Ravel , Chopin ou Rachmaninov que l'on voit dans certaines listes de gauchers célèbres…

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