Jouer dans un orchestre américain, une responsabilité et une fierté

Reportage à Dallas (Texas) sur les orchestres américains, et leur fonctionnement entre financement privé et fierté pour la ville.

Jouer dans un orchestre américain, une responsabilité et une fierté
L'orchestre symphonique de Cleveland, dirigé par Franz Welser-Möst , © Getty / Rodrigo Varela

Comme l’a rappelé Christian Merlin dans son émission Au cœur de l’orchestre sur France Musique, les Etats-Unis comptent 164 orchestres symphoniques professionnels permanents. Il y a les Big Five, les 5 plus importants, parmi lesquels le Philharmonique de New York, mais le pays dispose aussi de nombreux autres orchestres professionnels.

Daphné Volle fait partie des premiers violons de l’Orchestre Symphonique de Dallas, au Texas. D’origine lyonnaise, elle note une ambiance de camaraderie plus forte au sein des orchestres américains ainsi que des contrastes sonores avec les ensembles français: « Il est évident que les américains ont vraiment l'objectif d’obtenir un volume de son assez impressionnant, et ils y arrivent. Les orchestres français recherchent plutôt des couleurs différentes, des nuances. C’est un petit peu l’opposé dans un sens ».

Comme pour les autres orchestres américains, son financement est privé, il repose uniquement sur des dons personnels ou d’entreprises, et des recettes propres, comme la billetterie. Il faut donc donner beaucoup de concerts pour remplir cette dernière, et faire attention à la programmation : « Evidemment, on est un petit peu à la merci de ce que désire le public et c’est toujours un peu difficile de créer un équilibre entre des œuvres qu’on voudrait montrer au public pour la première fois, qui sont plus difficiles d’accès à la première écoute, donc il faut un peu batailler ». Mais cela donne aussi un sentiment « de responsabilité par rapport aux arts et à la musique classique », ajoute-t-elle.

Aller à la rencontre des mécènes

Pour la cheffe allemande Ruth Reinhardt, ancienne cheffe invitée principale à Dallas, cette différence de financement a également un effet sur le temps de répétition : « Si l’on compare les Etats-Unis avec des pays dans lesquels les orchestres sont financés par l'Etat comme l’Allemagne, la Suède - où j’ai beaucoup dirigé - ou encore la Norvège, il y a beaucoup plus de répétitions, parce que c'est plus simple d'en faire. »

Aller à la rencontre des philanthropes, des mécènes, fait également partie du travail des chefs d’orchestres « et moi en vérité, j’aime bien ça », déclare Ruth Reinhardt. « Les philanthropes donnent tellement d’argent pour que l’on puisse jouer de la musique, cela me donne envie de les connaitre, de comprendre pourquoi ils font ça, de savoir ce qu’ils aiment dans la musique. C’est très intéressant et différent des discussions purement musicales que je peux avoir avec mes collègues musiciens ». La violoniste Daphné Volle a également l’occasion d’échanger avec les mécènes, « au fil des années on noue des liens, il y a des personnes avec lesquelles on s'entend bien, on peut même devenir amis». Il lui arrive aussi d’aller donner des concerts chez eux, dans leur maison, « leur petit château même je dirai ». 

Le Morton H. Meyerson Symphony Center à Dallas
Le Morton H. Meyerson Symphony Center à Dallas, © Getty / Raymond Boyd

« Presque comme l'équipe de football de Lyon »

Lorsque l’on arrive au Meyerson Symphony Center à Dallas, la salle de concert ou est installé l’orchestre, le nom de l’ensemble est inscrit partout. Et on ressent auprès du public, un véritable attachement pour l’orchestre que nous confirme Daphné Volle : « Si je dis à quelqu’un que je rencontre dans la rue, dans un magasin ou autre, que je fais partie de l’orchestre de Dallas, il y a tout de suite un étonnement, une admiration, une curiosité. C’est la fierté de la ville, un petit peu comme si c’était l’équipe de football de Lyon ! Il y a un sentiment de notoriété que je ne ressens pas en France ». Un sentiment de fierté que partage la musicienne avec le public. 

Vivre de son art est perçu comme quelque chose de rare dans la société américaine, qui surtout tournée vers l’économie, ajoute-t-elle. Salariée à temps complet, avec une couverture médicale et un plan d'épargne retraite, sa situation est privilégiée par rapport à celle des musiciens de plus petits ensembles, plus précaires. Mais ce système de financement privé reste source de conflits, même pour les plus grands. L’orchestre symphonique de Chicago sort tout juste de 7 semaines de grève au sujet des salaires et des droits à la retraite.