Jérôme Pernoo contre le Conservatoire supérieur de Paris : la guerre continue

Alors que la justice ordonnait mardi 7 décembre la réintégration du professeur de violoncelle au CNSMDP, la direction de l'établissement a décidé de le suspendre à nouveau et de lancer une nouvelle enquête interne.

Jérôme Pernoo contre le Conservatoire supérieur de Paris : la guerre continue
Jérôme Pernoo se dit "sidéré de voir qu’une institution ne se plie pas à la décision d’un juge", © AFP / Martin Noda

Alors que la justice avait ordonné mardi 7 décembre au Conservatoire supérieur de Paris de réintégrer Jérôme Pernoo, suspendu pendant un an, nous apprenons que la direction a annoncé au professeur de violoncelle sa réintégration vendredi, avant de le suspendre à nouveau, selon les informations du Point. Le CNSM de Paris compte mener une deuxième enquête interne, confiée à "une autre structure que celle ayant réalisé la précédente", c'est-à-dire une structure différente d'Egaé, qui concluait à l'existence de comportements jugés inappropriés de Jérôme Pernoo vis-à-vis de ses élèves.

"Afin de permettre le bon déroulement de la nouvelle enquête interne, le CNSMDP a pris la décision de suspendre Jérôme Pernoo de ses fonctions, à compter du 10 décembre 2021, et pour une durée maximale de quatre mois avec effet immédiat", peut-on lire dans un communiqué transmis à France Musique. "Le CNSMDP rappelle que, depuis la clôture de la première enquête interne, plusieurs plaintes pénales ont été déposées à l’encontre de Jérôme Pernoo et une enquête préliminaire est en cours."* Le site d'information en ligne Mediapart avait fait état en juin de la mise à pied du professeur et de l'ouverture d'une enquête préliminaire pour "agression sexuelle sur mineur*".

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Jérôme Pernoo, "sidéré", dément les plaintes

Joint par France Musique et questionné sur cette nouvelle suspension, qu'il a apprise par courrier, Jérôme Pernoo se dit "sidéré de voir qu’une institution ne se plie pas à la décision d’un juge", et dénonce une seconde enquête interne qui "ne repose sur aucun élément nouveau".  Pour motiver cette nouvelle suspension, la direction du conservatoire "s’appuie sur les faits qui m’étaient déjà reprochés", déplore-t-il*,"et que le juge a considérés inaptes à motiver ma suspension."* Envisage-t-il de la contester ? "La manœuvre est telle qu’il y a beaucoup de contestations possibles, à court et long terme, devant différentes juridictions. Je les étudie et mettrai en œuvre toutes celles qui me sembleront opportunes."

Le professeur est-il en outre visé par plusieurs plaintes pénales ? "Non, absolument pas, je n’ai jamais été avisé de la moindre plainte. Je n’ai jamais été convoqué par la police ni par la justice et je ne fais l’objet d’aucune instruction judiciaire. Je suis très étonné que le Conservatoire parle d’une chose que personne ne peut savoir ni confirmer."

En juillet, Jérôme Pernoo avait été réintégré au Conservatoire de Paris dans la perspective d'un licenciement disciplinaire. Puis, rebondissement en septembre : la direction du conservatoire décidait d'exclure son enseignant pour une durée d'un an, abandonnant le licenciement pour faute grave initialement prévu, "dans une démarche d'apaisement". Les avocats de Jérôme Pernoo dénonçaient alors une suspension de douze mois prononcée "sur le fondement de prétendus griefs pédagogiques, étrangers à ces accusations".

Une suspension "disproportionnée" pour le juge des référés

Dans l'ordonnance de justice que France Musique s'est procurée, le tribunal administratif de Paris a jugé que l'utilisation de "propos inadaptés" et qu'une "attitude inappropriée" de Jérôme Pernoo durant ses cours pouvaient "être regardés comme établis" (surnoms, phrases à connotation sexuelle, "notamment sous forme de contrepèteries", et "contacts physiques réguliers"). Des griefs qui pouvaient être considérés comme "graves", estimait le juge des référés.

Mais il a jugé que la sanction - exclusion temporaire pendant un an avec retenue de traitement - était disproportionnée, portait atteinte à la réputation du professeur et le privait de toute ressource financière. Tout en pointant l'"ancienneté de certains faits" et en invoquant le "manque d’impartialité de l’enquête administrative" ainsi que "l’irrégularité de la composition du conseil de discipline".