Jean-Philippe Thiellay : "une reprise tronquée des concerts ne règle pas la question économique"

Invité de Musique Matin sur France Musique, Jean-Philippe Thiellay, président du Centre national de la musique revient sur la crise du secteur depuis le début de la pandémie. Près de 400 structures ont déjà bénéficié du fonds d'aides mis en place par la maison commune.

Jean-Philippe Thiellay : "une reprise tronquée des concerts ne règle pas la question économique"
Jean-Philippe Thiellay, directeur du Centre national de la musique, © Eléna Bauer / Opéra de Paris

"2 milliards d'euros de pertes", c'est le montant annoncé par Jean-Philippe Thiellay pour le secteur musical. Une crise d'une "gravité abyssale" selon le président du Centre national de la musique (CNM) qui était l'invité de France Musique dans Musique Matin ce mercredi 20 mai. 

Interrogé sur le rôle du CNM pendant cette crise liée au Covid-19, il a rappelé le fonds d'aide d'urgence mis en place dès la première semaine de confinement. 11,5 millions d'euros, dont 10 millions proviennent directement du budget de la maison commune, le reste ayant été abondé par des organismes de perception de droits (Sacem, Adami, Spedidam).

A ce jour, le CNM a reçu 600 dossiers de la part de structures ayant des problèmes urgents de trésorerie. "397 entreprises et associations ont reçu de l'aide" a précisé Jean-Philippe Thiellay. Cela représente un montant de 3,4 millions d'euros déjà versés, "toutes esthétiques musicales, y compris la musique classique".

De nombreux ensembles classiques et baroques qui sont détenteurs de la licence d'entrepreneur du spectacle ont été épaulés, notamment "des ensembles assez connus" a t-il ajouté. Le plafond d'aides du fonds de secours est d'ailleurs passé à 35 000 euros, contre 8 500 euros auparavant. Fonds qui va d'ailleurs être abondé par "de nombreuses collectivités territoriales" a annoncé Jean-Philippe Thiellay. C'est notamment le cas de la mairie de Paris qui a mis en place un fonds de soutien de la culture et contribuera au CNM à hauteur de 500 000 euros. 

Interrogé sur la question des musiciens indépendants et non intermittents, le président du CNM a annoncé que, "malheureusement", c'était au niveau de l'Etat que cela se décidait. Début mai, près de 500 musiciens indépendants signaient une tribune publiée sur francemusique.fr et appelaient à l'aide. Idem quant au sort des agents d'artistes ou attachés de presse qui se disent oubliés des mesures gouvernementales. "Si toutes les professions en lien avec la musique ont leur place au CNM, il n'y a pas de réponses immédiates les concernant" a regretté le président de la maison commune de la musique. 

Jean-Philippe Thiellay s'est réjoui des annonces d'Emmanuel Macron et Franck Riester, ministre de la Culture, prévoyant de doter le CNM d'un budget de 50 millions d'euros. "C'est formidable, cela va permettre de réarmer le centre national de la musique" a t-il déclaré tout en précisant qu'il fallait attendre une loi de finances rectificative pour que la dotation soit réellement actée. 

En attendant, la priorité absolue pour le CNM, c'est "éviter les faillites" qui sont à craindre dès "maintenant, cet été et cet automne" a plaidé Jean-Philippe Thiellay. Cette dotation de 50 millions d'euros permettra d'aider à redémarrer les concerts, les tournées en France puis à l'étranger, les enregistrements de disque. Pour en définir les modalités, le CNM va réunir les professionnels en ateliers pour définir ce que le conseil d'administration adoptera comme décision dans le courant du mois de juin. 

Enfin, Jean-Philippe Thiellay a salué le "symbole" des différentes initiatives de reprises des concerts par-ci, par-là, sans public. Mais "une reprise tronquée ne règle pas la question. Les règles sanitaires qu'il faudra mettre en place posent et poseront un problème économique majeur" a t-il conclu. Le secteur culturel attend les décisions que devraient annoncer Edouard Philippe, le premier ministre, le 2 juin.