A 96 ans, Ivry Gitlis fascine toujours autant

Lundi 7 janvier, la Philharmonie de Paris a organisé une grande soirée pour rendre hommage à Ivry Gitlis. A 96 ans, le violoniste exerce toujours la même fascination. De nombreux musiciens, comme la pianiste Martha Argerich, sont venus lui exprimer leur admiration.

A 96 ans, Ivry Gitlis fascine toujours autant
Ivry Gitlis sur la scène de la Philharmonie de Paris, entouré par ses nombreux amis musiciens venus lui témoigner leur admiration, © Julien Mignot / Philharmonie de Paris

La grande salle de la Philharmonie est pleine à craquer. Jusqu'au dernier moment, ce lundi 7 janvier, les retardataires essaient de se procurer une place pour cette soirée d'exception. A 96 ans, le violoniste Ivry Gitlis suscite toujours autant d'admiration de la part du public et des musiciens. C'est la raison pour laquelle tant de monde a spontanément répondu présent pour rendre hommage au musicien. 

Ivry Gitlis & Friends, un concert à écouter sur France Musique le samedi 23 février 2019 à 20h

Sur scène, une enfilade d'artistes se succèdent pour jouer des pièces chères au violoniste. La pianiste Martha Argerich, son amie de toujours, Renaud Capuçon, Nicholas Angelich, le Quatuor Oïstrakh, etc. Tous sont venus témoigner de l'amitié et de l'admiration qu'ils portent à Ivry Gitlis. 

A commencer par Jean-Marc Phillips-Varjabédian, le violoniste du Trio Wanderer : « Ivry Gitlis, c’est le dernier des grands de cette génération composée de Menuhin, Milstein, Oïstrakh, etc. C’est un monument historique. Il a surtout une personnalité à part, c'est quelqu’un de vraiment original. Ivry Gitlis ne peut laisser indifférent ». 

Ivry Gitlis entouré de Martha Argerich et de sa petite-fille sur la scène de la Philharmonie de Paris
Ivry Gitlis entouré de Martha Argerich et de sa petite-fille sur la scène de la Philharmonie de Paris, © Julien Mignot / Philharmonie de Paris

Comme nombre de musiciens, Jean-Marc Phillips-Varjabédian a été influencé par Ivry Gitlis dans son enfance. Ses enregistrements mythiques des concertos (Berg, Bartok, Sibelius, Stravinsky...) étaient sur toutes les platines des musiciens présents à cette soirée. 

Au total, plus d'une trentaine d'artistes ont répondu présent pour participer à ce concert exceptionnel donné à la Philharmonie de Paris. Une salle dans laquelle Ivry Gitlis se rend très fréquemment pour écouter de la musique, malgré son grand âge. Emmanuel Hondré, le directeur du département concerts de la Philharmonie, avoue n'avoir eu aucun problème à programmer la soirée. 

« Tout le monde avait une bonne raison de venir jouer à ce concert. Malgré son grand âge, Ivry Gitlis vient très souvent écouter des concerts à la Philharmonie. Les musiciens vont systématiquement lui dire bonjour, ils sont touchés par sa présence. Ils se tombent dans les bras, ils s’embrassent. Gitlis a besoin des musiciens, comme les musiciens ont besoin de lui. Il est une sorte de source d’inspiration pour plusieurs générations d’artistes en ce sens qu’il donne confiance dans la possibilité de briser des systèmes ». 

Ivry Gitlis, showman immortel

Ivry Gitlis, assis en salle pour la première partie de la soirée, est monté sur scène après l’entracte. Micro à la main, il a séduit la salle entière en quelques mots, grâce à son charme et son humour légendaire.  Alors que tous les musiciens ayant participé à la soirée s’installent sur des chaises derrière lui, Gitlis prend le micro et appelle son amie de toujours : « Marthaaa, Marthulaaa, Martinaaa ! ». Hilarité générale et applaudissements nourris pour l’homme à la chevelure de Léo Ferré qui accueille Martha Argerich, sa fidèle amie. 

Ivry Gitlis a plusieurs fois pris la parole pour remercier ses amis et faire rire la salle entière avec son humour légendaire
Ivry Gitlis a plusieurs fois pris la parole pour remercier ses amis et faire rire la salle entière avec son humour légendaire, © Julien Mignot / Philhamronie de Paris

Car au-delà de son génie musical, de ses nombreux disques incontournables et de ses concerts mémorables, le violoniste aura surtout inspiré par sa liberté et par sa personnalité. 

C'est ce qui avait marqué le violoniste Renaud Capuçon lors de leur première rencontre. Il avait 16 ans et participait à une masterclass avec lui : « J’en garde un souvenir génial car il avait mis le doigt sur toutes mes contractions de corps, de posture. Il m’avait conseillé de faire du yoga… Je me souviens qu’à l’époque, son langage était complètement étranger. Il parlait de décontraction, de liberté, etc. Moi je n’étais que dans le travail et la rigueur. Evidemment, j’avais tout faux ».

Renaud Capuçon estime que Gitlis est un « funambule », un touche-à-tout qui ne s’interdit rien. « Il n’y a aucune routine, ni dans son jeu, ni dans sa façon d’être. Il prend constamment des risques quand il est sur scène ». Une fois de plus, c’est le mot « charmeur » qui vient dans la bouche de Renaud Capuçon pour qualifier le violoniste israélien. 

Le pianiste américain Nicholas Angelich, lui aussi a tenu à être présent à cette soirée : « Mes parents écoutaient beaucoup de musique lorsque j’étais enfant. Et l’un de mes préférés était le deuxième Concerto pour violon de Bartok joué par Ivry Gitlis. Il a accompagné mon développement musical tout au long de ma vie. J’ai eu ensuite la chance de le rencontrer et j’ai passé tellement de bons moments avec cet homme sympathique, généreux, drôle, bourré de charme. Connaître Ivry Gitlis vous marque à vie ».  

Pas question non plus pour le pianiste et chef d’orchestre arménien Vahan Mardirossian de rater cette soirée consacrée à Ivry Gitlis. « J’ai connu deux périodes dans ma vie. Avant d’avoir rencontré Ivry, et puis après ! Je remercie la providence du croisement de nos chemins. Il m’a fait comprendre que les musiciens devaient jouer comme ils parlent, comme ils respirent ».

Au terme d'une longue soirée de concert, ponctuée par des messages vidéos très touchants de la part de Zubin Mehta, Daniel Baremboim, Menahem Pressler et Itzhak Perlman, le Sirba Octet a enflammé la salle avec ses musiques tziganes et klezmer. Tous les musiciens de la soirée sont montés sur scène pour jouer un bis endiablé avec, au centre, Ivry Gitlis sans son violon mais avec son charme de toujours et son sourire malicieux.