Inscriptions aux conservatoires : comment choisir son instrument ?

Mis à jour le lundi 27 juin 2016 à 18h49

« Quel instrument choisir pour mon enfant ? » Expériences croisées avec Aude Portalier, professeur de piano et directrice du Conservatoire André Navarra de Charenton le Pont, et avec Guylaine Vaillancourt, musicothérapeute et professeur agrégée à l’Université Concordia de Montréal.

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1. Quel instrument choisir pour mon enfant ?

Qui choisit : enfant, parent ou futur enseignant ? Pour commencer, reformulez votre question : Comment permettre à mon enfant de choisir son instrument ?

*Aude Portalier, * professeur de piano et directrice du Conservatoire André Navarra de Charenton le Pont :

« Le choix de l’instrument, c’est la rencontre entre l’enfant, l’instrument et l’enseignant. Au-delà des top quatre : piano, guitare, violon, flûte, il est important de faire découvrir à l’enfant d’autres sonorités. Après, ce sera au cours d’une séance de découverte que l’enfant ressentira une affinité particulière pour un instrument et un lien avec l’enseignant.

_Le conservatoire de musique André Navarra de Charenton (Val de Marne) propose, en première année d’initiation musicale (niveau CP), quatre instruments au choix de l’élève. Trois séances sont proposées avec l’enseignant, et pour certains, les élèves peuvent même les emmener à la maison. L’objectif est à la fois d’ouvrir les oreilles des petits aux instruments plus rares – la classe de luth affiche complet chez nous, par exemple – et de permettre aux enfants de s’approprier un instrument. L’année suivante, leur choix définitif peut aussi porter sur un instrument qui n’a rien à voir avec ce qu’ils ont fait pendant l’année. »_

*Guylaine Vaillancourt, * musicothérapeute et professeur agrégée à l’Université Concordia de Montréal :

« * *Il est difficile de dire quel est l’instrument le mieux adapté pour tel enfant. Il faut tenir compte premièrement de l’intérêt de l’enfant et quel instrument l’attire. *Car l’enfant possède une intuition par rapport à ce qui pourrait lui convenir. Même si le potentiel peut être présent ou non, il est bon d’offrir la chance à l’enfant d'entrer en contact avec la musique. Il est certain que si les parents ou enseignants entendent un enfant chanter d’une voix juste, ou qu’il a du rythme, nous pouvons supposer qu’il a déjà une oreille musicale et qu’il pourrait être intéressant qu’il puisse prendre des cours de musique ou chanter dans une chorale. *
_Il est recommandé *_d’exposer l’enfant à divers instruments
lors de matinées symphoniques pour les enfants, ou en leur proposant des livres audio. Il peut être intéressant d’organiser des rencontres avec des musiciens (violonistes, pianistes, percussionnistes, guitaristes, etc.) pour entendre parler de leur expérience.*

_L’éveil musical et l’éducation musicale *_devraient être offerts à tous les enfants et s’intégrer au cursus scolaire. ** En attendant que cela se fasse, les garderies, les écoles de musique, les universités et les municipalités au Québec offrent souvent des cours d’éveil musical pour les enfants. Ces cours se donnent en groupe. On y explore la musique de façon rythmique, mélodique et corporelle. L’enfant participe activement en jouant des instruments de musique adaptés à son âge et à son développement. *

Les groupes d’éveil musical avec des approches éducatives de groupe instrumentales et vocalesOrff, Kodaly, Martenot, etc. qui incluent aussi le mouvement avec Dalcroze, sont très appropriées pour initier l’enfant à la musique dès l’âge de 4 ans.
Il existe au Québec la Fondation du Dr. Julien qui a mis sur pied le Garage à musique qui * *permet aux enfants d’apprivoiser selon leurs goûts et intérêts les instruments d’un orchestre symphonique et de musique populaire.

Le Conservatoire de Villeparisis propose tout au long de l'année la découverte des instruments dans trois écoles villeparisiennes
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2. Y a-t-il des predispositions physiques ou intellectuelles qui peuvent influencer son choix ?

*Aude Portalier : *

_« *Chaque enfant a un potentiel pour jouer d’un instrument. * Contrairement aux idées reçues, un enfant un peu ' gauche ' peut, grâce au piano, améliorer la coordination entre deux mains. Un enfant frêle peut développer sa capacité pulmonaire en jouant d'un instrument à vent. Un instrument peut même aider l’enfant à travailler certains points faibles.Ou pour la clarinette, lorsque l’enfant perd ses dents, nous, on trouve des solutions pour qu’il puisse garder le contact avec son instrument. Tout est dans l’approche : une pédagogie adaptée et un enseignant créatif peuvent transformer une difficulté en un avantage. D’autant plus que tous les instruments sont déclinés en plusieurs tailles en fonction de l’âge de l’enfant »._

Guylaine Vaillancourt :

« _Les instruments demandent des capacités motrices qui se développent avec la pratique comme l’agilité des doigts, des bras, du souffle, et des adaptations peuvent aussi être apportées.
De plus il est à noter, que *des enfants présentant de l’autisme, déficience intellectuelle, trouble du comportement, * peuvent également profiter de la musique, grâce à des approches thérapeutiques spécialement adaptées à leurs habiletés diverses. Les musicothérapeutes travaillent avec ces jeunes afin de se réaliser par la musique.»_

La méthode Dalcroze inclut le mouvement dans l'initiation des enfants à la musique
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  1. Y a t-il un âge/période de développement propice à aborder un instrument et pourquoi ? Pouvons-nous nous tromper en initiant l'enfant à un instrument trop tôt?

Guylaine Vaillancourt :

« *Il peut être approprié d’initier l’enfant à la pratique d’un instrument de musique autour de 6 ans, tout en respectant son rythme, donc le dosage d’exposition à la musique doit être adéquat, il faut pas le surmener, ce qui pourrait causer un rejet de la musique ou une fatigue. Il faut que l’enfant poursuive à son propre rythme son développement global, donc on évite aussi bien de le sur - stimuler que de le sous-stimuler. La notion de plaisir doit être aussi présente.

  • L’approche d’enseignement individuel de la musique comme le violon, le piano peuvent être débutésvers l’âge de 6 ans.
    L’enfant doit démontrer une certaine capacité de discipline, de concentration, de persévérance pour poursuivre des cours de musique. Il est possible aussi qu’il la développe avec la pratique d’un instrument, si la musique devient un intérêt important dans sa vie.
    »
La musique est un vecteur de réhabilitation reconnu pour différentes formes de handicap
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4. Comment orienter son enfant vers la pratique instrumentale ?

Aude Portalier :

_«Il faut garder en tête *la notion du plaisir, de l'affectif * que l'enfant développe en contact avec l'instrument. Tenir compte de ses affinités, et surtout, lui permettre de se familiariser avec un ou plusieurs instruments de son choix, si possible dans une situation avec l'enseignant. En fonction des particuliarités de l'enfant, un bon pédagogue saura s'adapter et sensibiliser l'enfant aussi bien à l'instrument qu'au contexte de l'apprentissage.»_

Guylaine Vaillancourt :

_«Intuitivement, les parents et les éducateurs aiment attirer l’attention des enfants *sur les sons environnants * quand ils font des sorties à l’extérieur ou quand ils sont à la maison, à la garderie ou à l’école. Les sons de la nature, que l’on soit au bord de la mer, à la campagne ou en forêt, les cris des animaux et des oiseaux et les bruits de la ville sont toutes des façons d'éveiller l’enfant au monde qui l’entoure._

Il est intéressant d’éveiller l’enfant aux sonorités reliées à la matière : bois, verre, métal, peau tendue, *ainsi qu’aux *différentes façons de faire sonner un objet ou un instrument de musique;par exemple, frapper avec les mains ou une baguette sur un instrument de percussion, gratter une corde de guitare, agiter un hochet sonore ou une cloche, souffler dans un gazoo…

L’enfant est curieux, il adore répéter les mêmes sons ou gestes qui lui procurent un plaisir instantané. Il ne faut pas hésiter, en tant qu’adulte, à plonger dans ce jeu avec l’enfant, à explorer avec lui toutes les possibilités sonores d’un objet ou d’un instrument de musique. Cette exploration sonore nous rattache à l’enfant d’une manière créative et permet au lien affectif de se développer.

L’instrument de musique que l’on décide d’acheter doit être de bonne qualité.Les instruments jouets sont à déconseiller, car leur pauvre qualité sonore nuit au développement optimal de l’oreille. Ils sont bruyants, dissonants, ils produisent des sons explosifs ou saccadés. Ainsi, ce qu’on appelle sur le marché un 'xylophone' pour enfant est en fait un carillon ou un métallophone. Il s’agit d’un instrument qui résonne longtemps et qui rend plus difficile le discernement des sons car ceux-ci se mélangent et provoquent une certaine confusion pour l’oreille qui doit constamment s’ajuster et qui se fatigue à force de rechercher la précision du son.

De façon générale, il est recommandé d’éviter les sons aigus avec le très jeune enfant; il est préférable d’utiliser des instruments ayant des sons moyens-graves, qui sont faits de bois comme un xylophone basse ou alto. Cet instrument a un son plus grave et les lames sonores (les notes) sont plus larges, donc plus faciles à repérer. L’enfant perçoit mieux le son et il peut mieux ajuster son geste de jouer avec ce qu’il entend. C’est-à-dire que, s’il joue sur un xylophone, la main, l’œil et l’oreille doivent se coordonner pour arriver à produire un son.

Inscriptions aux conservatoires : comment choisir son instrument ? percus
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Quelques conseils :

  • Respecter le rythme de l’enfant dans sa découverte du monde sonore et musical.
  • Encourager ses efforts créatifs.
  • L’exposer à un large répertoire musical *conforme à son âge.
  • Offrir à l’enfant *un environnement sonore sain.
  • Protéger son oreille *comme on protège les autres sens, la vision, le toucher, l’odorat, le goût, des sons inutiles, inappropriés ou agressants.
  • Choisir des moments privilégiés, comme celui du coucher, pour écouter une pièce de musique avec votre enfant ou pour lui chanter une berceuse 'personnalisée', improvisée sur le moment, et qui inclut son prénom.
  • Apprendre à l’enfant à respecter la musique et ses artisans. Ne pas copier ou pirater de disques, car c’est la création, l’interprétation et la diffusion musicale qui en souffre à la longue. Au même titre que l’on ne peut pas copier une œuvre d’art, on doit aussi honorer le travail des musiciens.
  • Enfin, il est bien de privilégier des musiques qui sont jouées par les instruments acoustiques et non par des 'synthétiseurs' à moins que la qualité en soit exceptionnelle.

Guylaine Vaillancourt est auteur de*Musique, musicothérapie et développement de l’enfant* aux Éditions du CHU Sainte-Justine

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