Il était une fois… le festival de Beaune

Il était une fois un festival né en 1983 et consacré à un répertoire musical encore relativement méconnu : la musique baroque. 32 ans plus tard, comment se porte le festival international d’Opéra baroque & romantique de Beaune ?

Il était une fois… le festival de Beaune
La cour de l'Hôtel-Dieu, à Beaune (©Guillaume Decalf)

La très bonne cote de Beaune ”, “les meilleurs crus baroques à Beaune ”, “Beaune, le baroque coule à flots ”... On n’en a jamais fini de filer la métaphore sur ce festival de musique baroque installé en plein empire viticole. Anne Blanchard, la créatrice du festival international d’opéra baroque (et aujourd’hui romantique) de Beaune, n’a pourtant rien à voir avec l’industrie viticole. Médiéviste, agrégée d’histoire, elle a créé cette manifestation en 1983 pour faire découvrir la musique baroque, et ses interprètes.

Très vite, le festival prend son envol. Il se concentre d’abord sur un week-end, puis sur deux, trois, quatre…Les lieux de concert se diversifient : de la célèbre grande salle “des pôvres” au sein des hospices, vers la basilique Notre-Dame, toute proche, puis dans la cour de l’Hôtel-Dieu. Un cadre somptueux, mais sujet aux aléas climatiques : Anne Blanchard se plaît à narrer ce concert de Jordi Savall perturbé par la pluie, au cours duquel le Catalan repris l’intégralité de son programme - au plus grand plaisir des spectateurs - une fois à l'abri.

Des souvenirs, Anne Blanchard n’en manque pas. Ils sont artistiques pour la plupart, et se déroulent comme l’Air du catalogue : redécouverte de l’oeuvre lyrique de Vivaldi (Orlando Furioso, L’Olimpiade …), de Haendel (Flavio, Agrippina … et surtout l'inoubliable Giulio Cesare dirigé par René Jacobs ), de Porpora, dont la directrice programme justement cette année le Triomphe de la justice divine, une recréation en première mondiale dirigée par Thibault Noally à la tête de son jeune ensemble Les Accents.

Et l’avenir ? En devenant, il y a un an, un festival d’opéra baroque “et romantique”, le festival de Beaune s’adapte aux mutations des artistes baroques, qui se tournent de plus en plus vers d’autres répertoires. Si les William Christie et autres René Jacobs ont mis un certain temps avant de quitter la voie royale qui fit leur notoriété, le jeune Raphaël Pichon s’attaque déjà au Requiem Allemand de Brahms, et même à Wagner (son programme au festival de Saintes cette année). Alors que Beaune allait traditionnellement jusqu’aux opéras de Mozart, le festival fit une première embardée jusqu’à Rossini (La Cenerentola ) en 2014.

Ce savant équilibre entre recréations et oeuvres mieux connues - souvent dans des versions alternatives - le festival l’entretient année après année. En 2016, la directrice prévoit ainsi une nouvelle version de Zoroastre de Rameau, dirigé par Raphaël Pichon, quinze ans après l’enregistrement de William Christie avec les Arts Florissants.

1983, l’année de la création du festival de Beaune, fut une mauvaise année pour les vignobles de Côte d’Or, envahis par de la pourriture grise. Ceux qui en réchappent vieillissent bien, un peu comme ce festival qui réchappe aux ravages des coupes budgétaires pour laisser s’épanouir de nouveaux millésimes…

flickrit.com

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