Hip Hop Symphonique : la rencontre entre un orchestre classique et le rap

Jeudi 30 novembre 2017, l’Auditorium de la Maison de la Radio accueille la deuxième édition du Hip Hop Symphonique, un concert où deux mondes se rencontrent : un orchestre classique et des rappeurs.

Hip Hop Symphonique : la rencontre entre un orchestre classique et le rap
La scène de l'Auditorium lors de la première édition du Hip Hop Symphonique en 2016, © Thomas Bartel

Dans l’Auditorium de la Maison de la Radio, les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France enfilent leurs casques. Ils sont prêts pour la première répétition du Hip Hop Symphonique, deuxième édition, projet qui mêle différents univers le temps d’un concert. Le principe est de faire jouer un orchestre symphonique, dirigé par Dina Gilbert, sur des chansons de rap. Cette année, cinq têtes d'affiche ont accepté le projet et viennent donner de la voix jeudi 30 novembre : Oxmo Puccino, Gaël Faye, Les Sages Poètes de la rue, Georgio, Black M. Le tout est accompagné par un live band, The Ice Kream, composé d'une dizaine de musiciens dont une section de cuivres et une batterie.

« Le groupe pose une base rythmique essentielle pour les rappeurs. Il devient un point de repère et joue le rôle de passeurs entre l’orchestre et les voix », explique Issam Krimi, directeur artistique du projet. Tout l’enjeu est là : « concilier des mondes », poursuit le musicien. Pour cela, il a travaillé en étroite collaboration avec Camille Pépin, compositrice et co-orchestratrice du Hip Hop Symphonique.

Depuis plusieurs mois, elle transcrit des chansons rap pour l’orchestre : « Issam écrit la section rythmique pour The Ice Kream. Ensuite, il faut étoffer cette base avec l’orchestre », explique la jeune compositrice. Mais le plus difficile, c’est de donner des intentions de jeu aux musiciens, peu habitués à jouer ce répertoire : « Ils y arrivent grâce au mimétisme », poursuit Camille Pépin, « c’est un gros travail en répétition ».

Ce travail de mimétisme est coordonné par la cheffe d’orchestre Dina Gilbert. Elle donne autant d’indication au groupe de musique présent sur la scène, qu’aux musiciens de l’orchestre, et parfois aux rappeurs. « Pour reprendre un passage je dois donner des indications différentes à l’orchestre et au groupe The Ice Kream pour que tout le monde comprenne », explique la cheffe. Le langage musical est différent mais il faut une certaine unicité pour que tout fonctionne. Et cette unicité se retrouve dans le grand professionnalisme avec lequel chacun se met à la tâche.

La cheffe canadienne Dina Gilbert participe pour la deuxième fois au projet
La cheffe canadienne Dina Gilbert participe pour la deuxième fois au projet, © Radio France / Laura Jachymiak

« La concentration doit être optimale, lance Christophe Gaugué, premier alto du Philhar, un micro décalage avec les rappeurs, ça s’entend ». C’est la deuxième fois qu’il participe au projet, toujours avec le même enthousiasme : « Le but, c’est de jouer ensemble. L’année dernière, l’ambiance du concert était fabuleuse et les artistes, de haute volée, ont eu un respect incroyable pour l’orchestre. » Pour cette deuxième édition, l’effectif de l’orchestre a été gonflé et de nombreux ajustements ont été faits pour que le rendu soit meilleur.

« On a installé de la moquette sur la scène. Elle sert à isoler la sonorisation des instruments car cette salle n’est pas pensée pour la musique amplifiée », décrit Issam Krimi. L’Auditorium de la Maison de la Radio accueille de nombreux orchestres et concerts mais rarement de cet ordre là. Les considérations techniques sont compliquées. Il faut sonoriser tous les musiciens pour que l’orchestre ne soit pas noyé, et trouver un juste équilibre dans le rendu sonore. « On a aussi changé l’écriture avec Camille (Pépin), raconte Issam Krimi. Il faut bien faire attention à chaque instrument, chaque sonorité pour que l’orchestre donne une certaine projection sonore. » Mais le plus difficile dans ce travail, c’est de faire « groover l’orchestre ». Un challenge qu’il faut arriver à transmettre aux musiciens classiques. « On doit arriver à les mettre dans une autre ambiance, parfois les faire jouer autrement », raconte Camille Pépin. Les musiciens semblent avoir bien compris l’enjeu créatif : « C’est une musique assez répétitive pour nous donc il faut jouer sur la dynamique, le rythme, les nuances et bien coordonner le tout », conclut l'altiste Christophe Gaugé.

En attendant la répétition avec les artistes invités, l’orchestre s’entraîne avec le groupe The Ice Kream sous la direction de Dina Gilbert, et le groove s’installe déjà dans l’Auditorium de la Maison de la Radio.

Oxmo Puccino, l'un des artistes invités, en répétition avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France
Oxmo Puccino, l'un des artistes invités, en répétition avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France , © Radio France / Laura Jachymiak