Hausse exceptionnelle du budget du ministère de la Culture

La ministre de la Culture Roselyne Bachelot vient de l'annoncer : la Culture bénéficiera d'une hausse de 4,8% de son budget 2021 par rapport à 2020, portant à 1,25 milliard d'euros ses moyens nouveaux, en comptant le volet culturel du plan de relance.

Hausse exceptionnelle du budget du ministère de la Culture
La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a annoncé lundi 28 septembre une hausse de 4,8% du budget de son ministère, © AFP

4,8%, c'est le nombre magique. Celui de l'augmentation du budget du ministère de la Culture pour 2021, sans compter le volet culturel du plan de relance. Une hausse inédite annoncée ce lundi 28 septembre par Roselyne Bachelot, et qui représente 167 millions euros en plus pour son ministère, soit plus du double de la précédente hausse de 2019. « C'est un budget d'action qui est bâti en réponse à une situation tout à fait exceptionnelle. Le monde de la culture ressentira les effets de cette crise pendant longtemps. »

Il faut soigner les plaies dont l'infection n'est pas terminée, loin s'en faut. Le secteur culturel est l'un des plus touchés, et la ministre de la Culture a rappelé l’étendue des dispositifs - dont l'année blanche pour les intermittents du spectacle - déjà mis en place. « Finalement, ça fait une enveloppe de plus de cinq milliards d'euros, avec des mesures qui vont se poursuivre jusqu'à la fin 2020, » précise-t-elle. 

Les chiffres avancés donnent le vertige, sont-ils pour autant à la mesure de la crise ? Ce lundi, 200 musiciens indépendants soulignaient dans une tribune leur inquiétude face à une reprise qui se fait de plus en plus incertaine. Nombre d'acteurs, producteurs de concerts ou structures privées non-subventionnées, comme Versailles Spectacles, s'estiment oubliés par les mesures mises en place. D'autres, à l'instar du chef François-Xavier Roth, se disent choqués des moyens attribués à l'Opéra national de Paris au regard des autres aides.         

« Ces mesures d'urgence ont permis de sauver l'essentiel, reconnaît Roselyne Bachelot.  Je n'oublie pas toutefois que plusieurs secteurs culturels, le spectacle vivant notamment, restent privés de conditions normales d'existence et de possibilité d'exercice de leur activité. Ils se trouvent donc encore dans une situation d'urgence et continueront à disposer de dispositifs adaptés ». A ceux là, la ministre de la Culture promet la mise en place de « dispositifs de soutien et d'accompagnement adaptés » et promet « un effort particulier pour accompagner la relance ». 

Au sein du budget du ministère, la création et la diffusion artistique voient leurs moyens augmenter de 37 millions d'euros par rapport à 2020, et bénéficieront des mesures d'urgence jusqu'à la fin de l'année. Une attention particulière est apportée aux établissements de création en région et aux résidences d'artistes. Sur les 60 millions d'euros consacrés au soutien à la programmation du spectacle vivant en région, la moitié sera consacrée au secteur de la musique subventionnée : « orchestres, opéras, ensembles ». 

Le centre national de la musique, dont la ministre souligne qu'il a « fait toute la preuve de son utilité pour l'ensemble du secteur de la musique » voit lui aussi ses crédits augmenter en 2021, et se voit octroyer une dotation exceptionnelle de 200 millions d'euros au titre du plan de relance pour assurer le financement des dispositifs d'aide pour le secteur musical.        

Soutenir la culture patrimoniale 

La crise sanitaire et ses effets dévastateurs ne sont pas les seuls sujets d'inquiétude du ministère de la Culture. La toute fraîche étude sur les pratiques culturelles des Français, rendue en juillet dernier, a particulièrement retenu l'attention de Roselyne Bachelot, qui dit s'en être « emparée dès (son) arrivée rue de Valois ».  

Cette étude, réalisée tous les dix ans, souligne la montée en puissance du numérique comme principal medium culturel, en particulier pour les plus jeunes. Elle note aussi la fracture naissante entre cette culture numérique (représentée par les plateformes de streaming audio et vidéo) et une culture patrimoniale (concerts, musées, monuments...) plus vieillissante.      

Face au risque de voir cette culture « traditionnelle » rassembler un public vieillissant, le ministère dégage de nouvelles pistes. « L'enjeu n'est plus seulement de démocratiser la culture mais (...) de décloisonner les pratiques culturelles. La nouvelle frontière, c'est de réconcilier les pratiques culturelles traditionnelles (...) et les cultures numériques nouvelles ». Roselyne Bachelot déclare que les politiques publiques culturelles devront désormais être abordées « de manière plus intime » et non « à travers le seul prisme collectif », et annonce pour cela la création d'une nouvelle délégation au sein du ministère, « chargée de favoriser l'ancrage de notre action dans les territoires auprès de tous les habitants ».  

Avec plus d'un milliard d'euros (en hausse de 4,4%), le budget du patrimoine bénéficiera en premier lieu aux monuments historiques qui doivent contribuer au développement et au renforcement de l'attractivité des territoires. Après l'incendie de Notre-Dame en avril 2019, la rue de Valois annonce notamment la création d'un « Plan Cathédrale » pour 2021. Ce dernier prévoit de doubler les moyens attribués aux édifices, atteignant 80 millions d'euros pour leur mise en sécurité et leur restauration.

Les territoires entre "Pass culture" et éducation artistique et culturelle

Avec la crise des gilets jaunes puis le revers essuyé par la majorité aux dernières élections municipales, le président Emmanuel Macron souhaite placer les territoires au cœur de sa politique. Le prochain budget de la culture s'en veut le reflet. « La participation à la vie culturelle dans nos territoires et l'éducation artistique et culturelle sont des priorités » et obtiennent 36 millions d'euros de mesures nouvelles (+18%). Un soutien particulier est apporté aux DRAC.  

Un temps oublié, le "Pass culture" fait son grand retour avec 20 millions d'euros supplémentaires pour sa généralisation et sa « meilleure articulation avec la fin du parcours d'éducation artistique et culturelle ». Il doit jouer un rôle dans l'équilibre entre pratiques culturelles numériques et patrimoniales.