Grève à l'Opéra de Toulon : le mouvement se durcit

Après avoir refusé de jouer Roméo et Juliette dimanche dernier, les musiciens et choristes de l’Opéra de Toulon sont de nouveau en grève ce mardi 6 juin. Depuis deux mois, ils s'opposent à leur direction et réclament une revalorisation salariale.

Grève à l'Opéra de Toulon : le mouvement se durcit
L'Opéra de Toulon connaît des mouvements de grève inédit en son sein sur fonds de revalorisation salariale et de non-respect de la convention collective, © AFP / Bertrand Rigier

A Toulon, rien de nouveau : voilà deux mois que les musiciens et les choristes de l’Opéra de Toulon ont entamé un bras de fer avec leur direction. Après avoir lancé un premier mouvement de grève en avril dernier, une nouvelle représentation n’a pas pu avoir lieu dimanche 4 juin. Les musiciens ont décidé de ne pas jouer pour la première de Roméo et Juliette et n’ont pas l’intention de jouer non plus pour la seconde représentation prévue ce mardi 6 juin.

Si l’orchestre a voté la poursuite du préavis de grève à 90% (50% chez les choristes) c’est qu’ils estiment que rien n’a évolué depuis deux mois. « Nous sommes désemparés » confie Antonia Coste Ferral. L’altiste de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon et représentante syndicale CFDT, explique que malgré plusieurs rencontres avec la direction et la métropole Toulon Provence Méditerranée, il n’y a aucune avancée sur le principal point de désaccord : l’intégration des primes d’ancienneté au salaire minimal de base.

Les musiciens estiment que ces primes doivent être déconnectées du salaire, comme le stipule leur convention collective. « C’est une situation totalement ridicule. C’est écrit noir sur blanc : les primes doivent être versées de façon indépendante au salaire. L’inspection du travail va dans notre sens. Mais la direction ne veut rien savoir et nous répond d’aller porter l’affaire devant la justice. Ce que nous n’allons pas manquer de faire », s’insurge Antonia Coste Ferral. La direction n’a pas les mêmes informations et considère qu’elle respecte le texte.

Contacté lors du premier mouvement de grève en avril dernier, Claude-Henri Bonnet, le directeur de l’Opéra de Toulon reconnaissait pourtant que la convention collective ne mentionnait pas cette façon de faire. Il se justifiait tout de même en arguant que c’était de cette façon qu’était traités la plupart des salariés des entreprises publiques.

Le principal problème de cette prime d’ancienneté est que les musiciens se disent payés 20% en dessous de ce que prévoit la convention collective. « De leur côtés, les cadres sont payés jusqu’à 80% au- dessus de ce qui est prévu, rappelle la représentante syndicale. Mais la tutelle nous a répondu qu’elle assumait cette disparité. Pourtant, on nous répond qu’il n’y a plus d’argent et qu’ils ne peuvent rien faire. C’est totalement illogique ».

Les musiciens espèrent toujours être reçus par Hubert Falco, le maire de Toulon, mais celui-ci les renvoie vers la métropole, dont il est pourtant le président. Ils souhaitent négocier et se disent prêts à « s’asseoir sur trois années de rétroactivité de revalorisation de salaires, à condition que ces derniers soient indexés correctement », nous confie une source. Faute de quoi, les musiciens iront en justice. « Nous pourrions leur faire économiser 1 million d’euros, la somme qu'ils devront nous verser lorsque les Prud’hommes se prononceront mais ils préfèrent jouer la montre et perdre jusqu’à 40 000 euros par soirée annulée », se désole Antonia Coste Ferral. Contactée à ce sujet, la métropole Toulon – Provence – Méditerranée n’a pour l'instant pas donné suite à nos demandes d’interviews.

Les musiciens et choristes de l’Opéra de Toulon se disent également très inquiets quant à l'avenir. D’importants travaux se profilent pour 2020 sans que les musiciens ne soient mis au courant, toujours aucun directeur musical n’a été nommé et le poste de contrebasse, non pourvu depuis 13 ans, et qui devait enfin être rouvert, a été gelé au dernier moment, sans aucune explication.