Le ballet de l'Opéra de Bordeaux vote la grève, représentation annulée

La crise qui touche le ballet de l'Opéra de Bordeaux connaît un nouvel épisode. Les danseurs ont voté à 72% pour le maintien du préavis de grève déposé pour la représentation de ce jeudi 30 mars. La direction a décidé d'annuler la représentation.

Le ballet de l'Opéra de Bordeaux vote la grève, représentation annulée
Le ballet de l'Opéra de Bordeaux veut renégocier le renouvellement de contrat de 7 danseurs, © Yohan Terraza / Hans Lucas

Réunis en fin d'après-midi, les danseurs de l'Opéra de Bordeaux ont décidé de maintenir leur préavis de grève pour la représentation de ce soir. La direction a pris la décision d'annuler la première représentation des 4 Tendances, événement de danse contemporaine qui devait débuter ce jeudi 30 mars au soir. Les spectateurs sont invités à retourner leurs billets accompagnés d'un RIB pour se faire rembourser.

La situation s'est tendue d'un cran supplémentaire à l'Opéra de Bordeaux. En décembre dernier, une représentation avait failli être annulée à cause d'un mouvement de grève, en février dernier c'est le directeur du ballet, Charles Jude qui était suspendu avant d'être réintégré ces jours-ci et ce jeudi 30 mars, c'est un nouveau préavis de grève qui pourrait perturber le lancement de la 6e édition de 4 Tendances, un événement de danse contemporaine.

En décembre dernier, un accord avait été trouvé pour sauver 12 postes de danseurs qui étaient menacés mais les membres du ballet, pas entièrement satisfaits de l'issue des négociations, promettaient de nouveaux combats pour l'année à venir. Nous y voici. Cette fois ce qui pose problème, c'est le renouvellement des contrats de 7 danseurs. Le règlement intérieur du ballet de l’Opéra national de Bordeaux prévoit qu’après deux renouvellements consécutifs de CDD d’une durée d’un an, les danseurs se voient proposer un CDD de deux ans. Mais la direction ne proposent qu'un nouveau CDD d'un an pour ces 7 danseurs concernés.

Pour justifier son choix la direction évoque un problème de vision économique mais l’argument ne convainc pas Guillaume Debut, danseur et délégué syndical du Snam-CGT. « Nous avons appris que plusieurs musiciens de l’orchestre et des chanteurs du chœur ont été renouvelés avec des CDD de trois ans sans que cela ne pose aucun problème. Nous vivons cela comme une grande injustice » explique le danseur. « La direction nous a expliqué qu’au moment de renouveler les contrats le 13 janvier dernier, il y avait un manque de visibilité artistique lié à la situation de Charles Jude, mais pourtant il était encore en fonction à cette époque ».

Pour l’instant, la direction a proposé au ballet de patienter jusqu’au 15 juin pour qu’une décision soit prise sur la question du renouvellement des contrats. Une proposition qui ne convient pas aux danseurs. « Pourquoi attendre aussi longtemps ? se demande Guillaume Debut. S’il y avait une vraie volonté de maintenir le ballet en l’état actuel avec 39 danseurs, nous le saurions déjà ».

En effet, en toile de fond de ce nouvel épisode de crise, il y a la menace d'une réduction des effectifs des danseurs, en les faisant passer de 39 à 32. Guillaume Debut critique cette décision en arguant que s'il est toujours question de proposer une programmation centrée sur les grands ballets classiques du répertoire, il est vital de maintenir ce nombre de danseurs. Le délégué syndical rappelle que l’Opéra de Bordeaux, avec l’Opéra national de Paris, sont les deux seuls ballets de France à avoir cette capacité à présenter les grands ballets du répertoire.

« Si l’effectif du ballet est réduit à 32 danseurs, ce sera un coup dur pour la danse en France. Nous sommes à peu près 300 danseurs classiques professionnels en France, 40 nouveaux arrivent sur le marché chaque année. Si nous réduisons ce nombre, il y aura une destruction d’emplois et ce sera catastrophique pour la survie de ce patrimoine national » explique Guillaume Debut.