Grève à Radio France : l’Hymne à la joie de Beethoven joué dans le hall de la Maison de la radio

Samedi 4 janvier, quelques jours après l’appel à la reprise de la grève lancée par la CGT, le choeur et l’orchestre philharmonique de Radio France ont décidé d’interpréter l’Hymne à la joie de Beethoven dans le hall de la Maison de la radio.

Grève à Radio France : l’Hymne à la joie de Beethoven joué dans le hall de la Maison de la radio
Happening dans le hall de la Maison de la radio samedi 4 janvier pour soutenir la grève à Radio France, © Radio France / A.deLaleu

A Radio France, l’année 2020 a débuté avec l’annulation de quatre événements phares : les concerts du nouvel an, assurés par les deux formations musicales instrumentales. Samedi 4 janvier, pour annoncer que les concerts du week-end étaient annulés et afficher leur soutien au mouvement de grève, le Chœur et l’Orchestre philharmonique de Radio France se sont rassemblés dans le hall de la maison de la radio pour interpréter l’Hymne à la joie de Beethoven et La Marseillaise.

« Nous aimons passionnément notre métier, notre orchestre, notre maison, a lu la violoniste Virginie Buscail, devenue cheffe d’orchestre le temps de ce happening. Nous nous adressons à vous aujourd'hui pour vous informer, pour témoigner notre soutien au mouvement de contestation qui s'oppose à cette logique de rentabilité absurde, celle d'un Etat qui se détourne de la mission de notre maison. Puisse cet Hymne à la joie ne pas être notre Chant du cygne. »

299 départs volontaires d'ici à 2022

La grève à Radio France, lancée le 25 novembre 2019 pour protester contre les suppressions de postes annoncées, a repris dès le début de l’année à l’appel de la CGT, après une trêve pendant les fêtes de fin d’année. Les grévistes et syndicats dénoncent les 299 départs volontaires qui devront être effectifs d’ici à 2022. De son côté, Sibyle Veil, présidente de Radio France s’est exprimée dans le Journal du dimanche à la mi décembre annonçant qu’il serait « irresponsable » d’abandonner le plan d’économies, et qu’« il n’y a pas d’alternative »

Face à ce discours, les formations musicales ont souhaité poursuivre le mouvement avec ces nouvelles annulations de concerts, qui sont un « déchirement » pour eux : « C'est un crève-coeur pour nous », affirme Sylvie Bertho, choriste et élue CGT. Le Choeur de Radio France est la formation musicale la plus impactée dans le plan d’économies puisque la direction demande le départ volontaire de 33 membres, quatre ans après la suppression de 24 postes au sein de cette même formation, ce qui ferait passer le choeur de Radio France de 114 membres à 60. 

« Quand on chante Carmina Burana, la 9e de Beethoven, une 2e symphonie de Mahler, un Requiem de Berlioz, on les chante à au moins 90 chanteurs professionnels car ce sont des ouvrages très éprouvants, avec une nomenclature d'orchestre très importante. Donc si on nous réduit à 60, on ne pourra plus aborder ce répertoire que le public affectionne tant », poursuit la choriste. 

La direction de la musique - à travers la voix de Michel Orier - s’est exprimée sur le sujet, avançant que pour les œuvres qui nécessitent un effectif plus important, un chœur supplémentaire pourrait être appelé. 

L'engagement des orchestres

L’orchestre philharmonique de Radio France de son côté, doit rendre 4 postes dans ce plan d’économies. Un chiffre bien moins important mais qui n’empêche pas les instrumentistes de se mobiliser comme ce fut le cas le 4 janvier avec un orchestre quasiment au complet. Les musiciens et musiciennes craignent pour la qualité des productions, mais veulent aussi exprimer un désaccord symbolique avec la direction. Florent Brannens est violoniste à Radio France depuis 23 ans : 

« Nos différents dirigeants de la maison sont venus nous voir ces dernières années pour nous dire à quel point ils étaient satisfaits depuis la création, depuis l'ouverture de l'auditorium, de l'augmentation de la billetterie, des abonnements qui étaient sans cesse croissants pour finalement au bout de 10 ans nous dire que ce n'est pas suffisant et que c'est là qu'il faut couper, comme toujours. Oui, il y a une fatigue, une lassitude, car ça va toujours dans ce sens. »

Depuis un mois, les formations musicales ont donc choisi le silence en annulant la plupart des représentations. Un silence « qui est une aberration dans une maison de radio, souligne le texte lu lors de l’événement organisé dans le hall de la radio. Un silence qui est aussi celui de tous ceux qui travaillent avec nous et qui n'ont pas de voix. Tous ensemble, nous faisons vivre cette maison. »