Graphisme et musique classique, la pochette en question

Mis à jour le mardi 29 mars 2016 à 15h36

Kitsch ou ringarde, sujette aux tendances, la pochette de disque est-elle encore un sujet de débat ? Plusieurs articles critiquent régulièrement les relations entre graphisme et musique classique.

Graphisme et musique classique, la pochette en question
Collage de pochettes

Si le principal vecteur de la musique est toujours le disque (même dans sa version numérique en streaming) et si la pochette joue toujours un rôle important – voire primordial – dans la promotion d’un album : que se passe-t-il en musique classique ?

La question de la qualité graphique des pochettes est devenue récurrente dans les pays anglo-saxons. L'éditorialiste spécialisé dans la musique classique Norman Lebrecht a compilé ce qu’il qualifiait être « les pires pochettes de disques classiques de 2013 », elle-même suite d’un diaporama proposé par Classic Fm « les 20 pires pochettes d’albums de musique classique de tous les temps ». Un album Pinterest est également consacré à ce sujet, tout comme deux pages web très fournies (la première, et sa suite).

En France, malgré une redécouverte du métier de graphiste (dont témoigne la « fête » du graphisme), le débat peine à s’implanter. La pochette de disque, de plus en plus figée dans sa composition, répond à des codes et n’a pas – ou plus – vocation à traduire graphiquement les œuvres diffusées.

Dans les pochettes des Diapason d’or du mois de janvier, nous pouvons trouver : une photographie de ciel, un portrait d'artiste, deux peintures, et une composition. Le coin du collectionneur multiplie les photographies d’archive : pianiste, chef, tous en noir et blanc, encadrés des informations pratiques. Un même objectif partout : identifier le métier, l'artiste, ou le temps de la composition.

Qui est Julia Fischer ? En dix ans d’activité discographique, chaque disque de la violoniste la représente en photographie, et la plupart du temps avec son violon.

Quatre pochettes de la violoniste Julia Fischer (de 2006 à 2014)
Quatre pochettes de la violoniste Julia Fischer (de 2006 à 2014)

Le règne de la photographie et l’empire des peintures

Sur les 97 pochettes de disques contenues dans la rubrique consacrée aux nouveautés discographiques du mois de janvier dans Diapason, on dénombre 31 peintures, 46 photographies d’artistes ou de compositeurs, 12 photographies… Et seulement 8 compositions graphiques.

Pleine face ou profil de trois-quarts, l’artiste domine la pochette. Garantie d’intemporalité ? Mise en avant d’un nom ? La photographie, comme n’importe quelle image, est inscrite dans son temps, mais le visage, s’il est amené à évoluer, permet de mettre l’accent sur l’interprète plus que sur l’œuvre interprétée. C’est ce qu’expliquait Yann Olivier (directeur d’Universal Music Classics & Jazz), en parlant des stars « créées » par les labels.

A gauche, la pochette du dernier disque de Bertrand Chamayou paru chez Erato. A droite, le dernier enregistrement de Nikolaus Harnoncourt chez Sony.
A gauche, la pochette du dernier disque de Bertrand Chamayou paru chez Erato. A droite, le dernier enregistrement de Nikolaus Harnoncourt chez Sony.

Cette pratique laisse-t-elle entendre que, faute d’artiste reconnu, un label utilise la peinture ? Dans certains cas, le choix de l’œuvre prime sur l’interprétation (c’est le cas pour les collections contemporaines de Naxos ), dans d’autres, la peinture est un élément de l’identité graphique du label (comme pour Harmonia Mundi ). La peinture a toujours été étroitement liée à la vente de disques… Tout comme le portrait d’artiste ou de compositeur.

A gauche et à droite : deux enregistrements Naxos, au centre : un enregistrement Harmonia Mundi
A gauche et à droite : deux enregistrements Naxos, au centre : un enregistrement Harmonia Mundi

Etait-ce mieux avant ?

Un tel constat soulève la question de l’évolution graphique des pochettes. Certaines entreprises, comme Westminster Records _* dans les années 1970, *_ont fait de l’originalité des pochettes une spécificité. Originalité des sujets photographiques, des cadrages, des aplats de couleurs, des situations… Décalées, les pochettes de Westminster Records jouaient avec les œuvres interprétées : en témoigne le bicorne de Napoléon juché sur une paire de bottes pour l’Ouverture 1812, ou encore le couple un peu kitsch des Planètes de Holst…

Quatre pochettes des éditions Westminster Gold, en 1970
Quatre pochettes des éditions Westminster Gold, en 1970

Un choix marketing pour palier une absence de « stars * » ? Pas du tout. Derrière la pochette représentant une femme à moitié nue tenant deux bustes de Beethoven se cache le *3ème concerto pour piano et orchestrede Beethoven interprété par Daniel Barenboïm. Un disque depuis réédité (depuis le rachat du catalogue par Deutsche Grammophon, label d'Universal Music) avec une pochette plus… conventionnelle.

A gauche, la pochette originale du Concerto pour piano par Daniel Barenboïm. A droite, la pochette de la réédition.
A gauche, la pochette originale du Concerto pour piano par Daniel Barenboïm. A droite, la pochette de la réédition.

On ne peut néanmoins pas s’empêcher de constater la richesse graphique de certaines pochettes de disques des années 1950, 60, et 70. Cette richesse était parfois liée à la modernité du répertoire, s’en faisant l’illustration symbolique. Parfois aussi, elle était le reflet d’une conceptualisation, et d’une adéquation particulière avec son immédiate contemporanéité artistique. Les quelques pochettes porposées ci-dessous illustrent ce propos (un grand album est consacré aux pochettes graphiques).

Sérigraphiée, résultat d'une conception propre à son support, proposition graphique : la pochette était alors le symbole de son temps.

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