Google s’attaque à la musique classique

Google a annoncé le lancement de « Classical Live » sur sa plateforme musicale Google Play. Née d’une association avec cinq orchestres, cette offre du géant américain proposera des enregistrements « live » exclusifs.

Google s’attaque à la musique classique
"Doodle" proposé par Google pour le 100ème anniversaire de la naissance de José Pablo Moncayo

Après l’annonce – retentissante – du lancement le 30 juin prochain d’Apple Music, plateforme d’écoute en streaming qui doit concurrencer les Deezer, Spotify, et autre Qobuz, c’est maintenant au tour de Google d’enrichir son offre musicale en proposant "Classical Live ", une offre d’enregistrements exclusifs disponibles sur la plateforme Google Play.

Cinq formations musicales sont associées au géant américain pour ce projet : l’Orchestre symphonique de Boston, l’Orchestre de Cleveland, l’Orchestre philharmonique de New-York, l’Orchestre symphonique de Londres (le prestigieux « LSO »), et l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam. Les enregistrements « live » de ces orchestres seront disponibles à la vente pour 4,99 dollars et à l’écoute illimitée pour les abonnés, au prix 9,99 dollars par mois (et sans doute aux mêmes prix en Europe).

Deux de ces phalanges, celle de Londres et celle d’Amsterdam, ont déjà leur propre label : LSO Live pour la formation londonienne, et RCO pour l’orchestre néerlandais, mais espèrent grâce à cette initiative enrichir leur patrimoine discographique, et trouver un nouveau public. Tous misent en effet sur la popularité de la plateforme « Google Play », disponible dans 58 pays à travers le monde, et très utilisée sur les téléphones sous Android. Selon Kathryn McDowell, directrice générale du LSO, « Classical Live » permettra d’« élargir et d’accroître le public de la musique classique (…) si vous regardez ce que la plupart des étudiants écoutent, cela inclut toute sorte de choses, parce je pense que les goûts des jeunes sont beaucoup plus éclectiques que ce qu’on pense ».

Quel intérêt pour Google ?

La musique classique connaît un certain regain d’intérêt au sein du « GAFA » (l'acronyme pour les quatre "ténors" du numérique : Google, Apple, Facebook, Amazon) : avant que Google n’annonce « Classical Live », Apple lançait la promotion de son nouvel iPad avec le compositeur et chef d’orchestre Esa-Pekka Salonen, et Amazon produisait la première série sur le monde de la musique classique, intitulée Mozart in the Jungle

Si le chiffre d’affaire général de l’écoute en streamingdépasse aujourd’hui celui du téléchargement, les chiffres pour la musique classique sont plus nuancés, et le disque physique y conserve une place plus importante que pour les autres styles musicaux. Le marché existe pourtant bel et bien, et les sites d’écoute renforcent peu à peu leurs opérations séduction pour attirer les mélomanes.

Mais force est de constater que l’adaptation des plateformes d’écoute existantes (spotify, deezer, qobuz… ) reste problématique, car ces sites reposent sur un mode de fonctionnement privilégiant le titre musical et l’artiste. Un modèle difficile à adapter à la musique classique, où le « titre » (dont l’importance est plus secondaire) peut renvoyer à plusieurs dizaines, voire à plusieurs centaines d’artistes. De même, les orchestres peuvent être référencés sous différentes formes, complexifiant la recherche. Le site internet Qobuz, pourtant plus sensible à la musique classique, n’y coupe pas : pour trouver les enregistrements de l’Orchestre symphonique de Londres, l’utilisateur devra naviguer entre l’appellation « London Symphony Orchestra » et « London Symphony Orchestra (LSO) ». La même démarche sur Deezer donne une douzaine de résultats différents. Ajoutons à cela la remontée des compilations et autres bandes originales de films dans lesquelles figurent l’orchestre, et la recherche d’une référence précise devient un véritable parcours du combattant.

Face à cette problématique, les plateformes musicales tentent de valoriser le format album. C’est le cas de « Classical Live » de Google, mais aussi de Qobuz, qui propose un certain nombre de regroupements : « si vous aimez ça, vous adorerez ça », « discothèque idéale » « Deutsche Grammophon »... Ou encore de Deezer, qui développe sur son site des applications pour mettre en valeur le catalogue des disques de Deutsche Grammophon et d’Harmonia Mundi.

« Classical Live » fera-t-il « venir plus de monde vers le classique », comme le souhaiteTed Kartzman, responsable des maisons de disques indépendantes pour Google Play ? Dans les premiers enregistrements disponibles sur la plateforme, on trouve notamment la 4e symphonie de Mendelssohn, par John Eliot Gardiner et l’Orchestre symphonique de Londres : attirera-t-il les utilisateurs de Deezer, qui peuvent écouter le même chef diriger cette même symphonie avec l’Orchestre philharmonique de Vienne ? Ou de Qobuz, qui ont accès à la même symphonie interprétée par le même orchestre dirigé par Claudio Abbado, avec l'opportunité d'un son de meilleure qualité ?

En attendant, puisqu’on est jamais mieux servi que par soi-même, ceux qui souhaitent accéder en permanence à 60 concerts « live » par l’Orchestre national de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France, Les Arts Florissants, l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, l’Orchestre national d’Île-de-France, l’Orchestre philharmonique de Berlin, ou encore l’Orchestre philharmonique de Vienne, et le tout gratuitement, pourront consulter l’onglet « concerts » de francemusique.fr…

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