Françoise Nyssen au festival de Chaillol : « la culture partout et pour tous comme facteur de cohésion sociale »

La ministre de la Culture Françoise Nyssen s’est rendue au Festival de Chaillol, dans les Hautes-Alpes, vendredi 4 août. L’occasion pour elle d’affirmer l’importance de l’éducation et du territoire dans sa vision de la culture. Entretien.

Françoise Nyssen au festival de Chaillol : «  la culture partout et pour tous comme facteur de cohésion sociale »
Françoise Nyssen, ministre de la culture en déplacement au Festival de Chaillol, ici avec le directeur du Festival Michaël Dian, © Alexandre Chevillard

En se rendant à Saint-Michel-de-Chaillol, cœur du festival de Chaillol dont la 21e édition se tient jusqu’au 12 août, Françoise Nyssen entendait saluer le lien entre culture et territoire tissé par la manifestation. Après une visite de l’église du hameau, où répétait le Quatuor à plectres de France, et avant d’assister aux cours de musique proposés dans le cadre du festival, la ministre de la Culture a répondu à nos questions.

France Musique : l’été foisonne de festivals musicaux, vous avez choisi Chaillol, pourquoi ?

Françoise Nyssen : Mon action sera de soutenir toutes les initiatives, partout, pour tous, dans les territoires, et ce qui se passe ici est vraiment emblématique de cela : un festival ancré dans des territoires, qui diffuse, qui rassemble les gens… le tout sur un point fort pendant l’été, le festival, mais aussi toute l’année. Un événement interdisciplinaire, qui fait attention à toutes les musiques, sans a priori. La notion de diversité me semble ici être pleinement proposée et défendue.

Qu’avez-vous observé à Chaillol ?

Beaucoup d’énergie et de plaisir de faire. Il y a ici le vrai duo que je défends toujours : plaisir et nécessité. J’ai toujours parlé de cela, et je le retrouve ici : un plaisir de partager la musique, et de la partager avec l’ensemble des habitants. Car tous les habitants sont concernés pour tous les moments, qu’il s’agisse des lieux d’hébergement, du partage des repas avec les artistes… On sent vraiment ce plaisir de partager et ce plaisir de la découverte. Nous sommes avant tout des êtres curieux, enfin je l’espère pour la plupart car c’est cela aussi qui nous permet d’avancer. On sent l’amour de la musique, l’envie de ne laisser personne sur le côté, d’aller vers tout le monde et d’être dans tous les interstices du territoire. Ça transparaît terriblement ici… outre le fait que nous sommes à la montagne, et que c’est magnifique !

Chaillol revendique un côté « artisanal », proche de son public local, loin des grandes institutions. Ces dernières sont-elles assez ouvertes à tous les publics, selon vous ?

J’ai l’impression que beaucoup de grandes institutions se posent cette question de savoir comment leur excellence et leur activité peuvent être partagées par un plus grand nombre, et plus sur les territoires. De plus en plus de grandes institutions attachent de l’importance à cela, et c’est important qu’elles le fassent, c’est normal et nécessaire d’aller vers des territoires.

Lier culture et territoire, un exemple à suivre ?

Manifestement ! Il y a ici quelque chose de tout à fait emblématique de ce travail sur le territoire, de cette diversité dans tous les sens du terme : diversité des arts – un artiste travaille sur l’image, à travers le dessin – un libraire est associé, diversité au niveau des musiques, au niveau des publics… Ici, la culture est partout et pour tous comme facteur de cohésion sociale sur les territoires, et tous les territoires.

Un autre axe important de votre ministère est le lien entre culture et éducation…

Notre volonté déterminée et affichée, au ministre de l’Éducation nationale et moi-même, est de faire en sorte que toutes les initiatives qui existent – et il y en a déjà beaucoup – existent pour cent pour cent des enfants, partout. La culture, ce n’est pas un supplément d’âme, c’est quelque chose de constitutif qui nous aide, nous apprend à grandir, et nous apprend aussi à apprendre. Cette pratique artistique dès le plus jeune âge nous paraît essentielle pour faire un parcours confiant vers l’âge adulte.

C’est un des objectifs des orchestres des jeunes Demos, allez-vous soutenir les initiatives de ce type ?

C’est une initiative formidable, et justement puisqu’elle est ciblée sur les territoires de la ville donc forcément avec certains publics qui n’ont pas accès à la culture. Il y a une vraie démarche, elle est emblématique, et si cela pouvait servir d’exemple, si elle pouvait se répartir partout sur le territoire et à la façon de chacun, je crois que ce serait formidable. Parce que faire de la musique à l’école, c’est assez facile. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons souhaité symboliquement faire la rentrée en musique le 4 septembre, ne fut-ce que parce qu’une rentrée à l’école, ça doit être joyeux. C’est merveilleux d’apprendre, et il s’agirait de le vivre comme ça, pour être d’autant plus dans le bonheur, dans le désir d’apprendre.

On a lancé l’information dans une lettre commune à Jean-Michel Blanquer (ministre de l’Éducation nationale, ndlr) et moi-même, partout, et chacun va le faire à sa façon, comme il peut le faire. Nous avons mobilisé tous les services qui émanent du ministère, toutes les organisations qui sont déjà en place, comme Orchestre à l’école, mais aussi Demos, les conservatoires partout sur le territoire, que ce soit au niveau municipal et régional, et tout le monde va enclencher cela comme il a envie. L’idée c’est de dire : voilà l’esprit, maintenant faites ! Et faire, c’est toujours possible quand on a l’idée de le faire et l’état d’esprit à le faire.