Folle Journée 2016 : la musique classique à l'heure du réchauffement climatique

Mis à jour le lundi 08 février 2016 à 13h58

La Folle Journée de Nantes 2016 fête sa 22e édition sur le thème de la nature. Une thématique vaste qui a été une source d’inspiration majeure des musiciens et compositeurs de tous temps. Mais depuis la dégradation est-ce toujours le cas ?

Folle Journée 2016 : la musique classique à l'heure du réchauffement climatique
L'astrophysicien Hubert Reeves présent à la Folle Journée de Nantes 2016 dans le spectacle Cosmophonies. (© Victor Tribot Laspière/France Musique)

Comment la question écologique inspire-t-elle les interprètes et créateurs d’aujourd’hui ?

L’homme n’est jamais allé très loin pour trouver l’inspiration. La nature, les éléments, les événements climatiques, les animaux ont toujours eu une place de choix dans le processus créatif des artistes. Avec les Quatre Saisons de Vivaldi, la* Pastorale* (Symphonie n°6) de Beethoven, La Mer de Debussy, les compositeurs ont tous à leur façon célébré les beautés de la nature, œuvré à l’imiter, à la décrire.

La nature, synonyme de pureté, de divinité, moyen de célébrer la création divine pour certains, moyen d’exprimer son intériorité pour d’autres. Mais les révolutions industrielles, l’exploitation des ressources naturelles de la planète ont considérablement changé la donne. La terre se réchauffe, la banquise et les glaciers fondent, le niveau des océans montent, la pollution de l’air, de la terre, de l’eau… La nature souillée peut-elle toujours être une source d’inspiration ? Ou plutôt les musiciens ont-ils de tous temps été des écolos soucieux de prendre soin de l’environnement ?

Le compositeur américain John Luther Adams fait partie des rares à s’inspirer toujours autant de la nature et tenter de faire prendre conscience de sa fragilité. Dans sa pièce symphonique Become Ocean, qui a remporté le Prix Pulitzer en 2014, il décrit la montée des eaux liée au réchauffement climatique grâce à des effets symphoniques tourbillonnants, comme une gigantesque vague s'apprêtant à recouvrir l'humanité. Après avoir célébré la beauté de la nature durant des siècles, certains compositeurs s'emparent désormais du thème de la dégradation climatique pour tenter d'ouvrir les consciences. Un processus créatif comme un manifeste politique, là pour nous rappeler de la nécessité de la nature mais aussi presque pour nous appeler à protéger le patrimoine des nombreuses oeuvres ayant pour thème la nature. Cela devient presqu'un acte écologiste de jouer ou d'écouter les Quatre Saisons de Vivaldi ou le Sacre du Printemps de Stravinsky.

L’astrophysicien et écologiste Hubert Reeves est présent à la Folle Journée dans le spectacle musical Cosmophonies conçu avec Karine Lethiec et son Ensemble Calliopée. Le franco-canadien y lit des extraits de ces écrits et évoque l’univers, la place de l’homme et sa relation à la musique. « C’est quelque chose qui vous pénètre de partout, ça ne passe pas par le mental par l’analyse, par la rationalité, c’est tout le corps qui est impliqué, c’est toute la sensibilité, l’émotivité, ça vous rejoint, ça vous prend. * *J’aime la musique parce qu’elle ne passe pas par le mental, c’est de l’émotion à l’état pur. La musique est universelle, c’est l’un des rares langages que tout le monde est capable de comprendre. »

Hubert Reeves précise que la dimension écologique du spectacle n'était pas prévue au départ. "Avec la COP 21 qui s'est tenue pendant que nous répétions le spectacle, nous nous sommes dit que nous avions l'occasion de faire quelque chose de concret. C'est l'idée de se dire que nous ne sommes pas dans un monde éthéré et lointain. Nos pieds sont sur terre et nous devons voir la réalité en face : il y a des problèmes réels à régler ".

Anne Quéffelec, grande habituée de la Folle Journée estime que son amour de la musique est intimement lié à son amour de la nature. "J’ai été élevée dans une sorte de grotte préhistorique, il n’y avait pas de voiture, pas de radio, pas de télévision, ni de frigidaire. Il y avait surtout des livres et un piano. Mes parents, mon père en particulier, étaient des grands amoureux de la nature. Il faisait des grandes promenades en forêt toutes les semaines. L’air que je respirais dès mon enfance était déjà très imprégné de ce respect de la nature, de la nécessité de la nature et cela m’habite toujours. En tant que musicienne, je pense de plus en plus que la beauté est une forme d’énergie. La beauté de la musique est une énergie renouvelable et non polluante qui garanti un développement durable de l’individu, de l’intelligence, de l’âme et de la sensibilité."

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