Fillon / Juppé : quels sont leurs programmes culturels ?

Il n’a jamais été question de culture dans les débats de la primaire de la droite, mais les deux qualifiés pour le second tour ont pourtant des idées plus ou moins précises sur la question. Décryptage .

Fillon / Juppé : quels sont leurs programmes culturels ?
Alain Juppé et François Fillon, © AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER/LOIC VENANCE

Mais où est passée la culture ? C’est la grande absente des débats télévisés de la primaire de la droite. Aucun candidat ne s’est exprimé sur ce thème, idem chez nos confrères journalistes qui auraient pu amener le sujet sur la table. Pourtant, chez les deux finalistes, la culture est bien présente dans leur programme de campagne et leurs visions se rejoignent sur plusieurs points.

Alain Juppé en a fait un acte fondateur. Il l’avait annoncé en mars dernier lors du forum d’Avignon : « Je veux mettre la politique culturelle au cœur de mon projet politique national et européen ». Le maire de Bordeaux entend « entreprendre la culture » et se demande si le modèle du ministère de la culture n’est pas dépassé dans le sens où il a failli à sa mission d’apporter la culture à chacun.

De son côté, François Fillon, largement en tête du premier tour de la primaire, a consacré neuf pages de son programmes à la culture : « Une politique culturelle forte et lisible pour préparer l’avenir ». Pourtant, parmi ses propositions économiques, certaines pourraient avoir de lourdes conséquences sur la culture. C’est le cas de son intention de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires, dont font partie les enseignants en conservatoire ou certains musiciens d’orchestre.

Avant le second tour de la primaire qui a lieu ce dimanche 27 novembre, passage en revue de leurs principales propositions.

Démocratisation et enseignement culturel

Fillon et Juppé l’affirment tous les deux, les deux précédents présidents de la République n’en ont pas assez fait pour démocratiser l’accès à la culture. Pour François Fillon, la culture reste trop souvent perçue comme un luxe élitiste. L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy souhaite relier l’enseignement culturel à celui de l’histoire générale en donnant une place significative à l’histoire de l’art. Il souhaite également développer une offre artistique dans tous les établissements scolaires en faisant primer la pratique musicale collective, à l'image de Demos initié par la Philharmonie de Paris. Un partenariat serait construit avec les écoles de musique et les conservatoires.

De son côté, Alain Juppé veut engager un plan de formation des enseignants en matière d’enseignements culturels et artistiques, associé à la création d’un Capes et d’une agrégation d'histoire des arts. Une matière qui intégrerait les cours d’arts plastiques au collège et au lycée. Le maire de Bordeaux souhaite également favoriser les partenariats entre le monde culturel et les établissements scolaires. Orchestres, formations musicales, lieux de théâtres, etc. soutenus par l’Etat et les collectivités territoriales devront intervenir à l’école.

Patrimoine

C’est l’un des piliers majeurs des programmes culturels des deux candidats. Juppé veut engager un Plan patrimoine décennal en insistant sur la formation de la main-d’œuvre spécialisée dans le bâtiment et la restauration. La Fondation du patrimoine verrait ses ressources augmenter afin d’accroître le nombre de projets en restauration. Ce plan serait complété par la mise en place d’assises régionales du patrimoine afin de coordonner les projets entre les différents acteurs au niveau local.

François Fillon, lui, souhaite consacrer 2 milliards d’euros sur 5 ans (soit 400 millions par an au lieu de 326 millions en 2016) pour restaurer les monuments et objets d’art. La Fondation du patrimoine verrait le périmètre de ses missions élargies en conséquence.

L’économie de la culture

Les deux candidats voient dans la culture un pilier de l’économie française et souhaitent donc renforcer le principe d’exception culturelle. Pour cela, Fillon veut élargir les horaires d’ouverture des musées, le dimanche et tous les jours de la semaine notamment en faisant appel au bénévolat. Le réseau des librairies indépendantes sera mieux soutenu, en lien avec les collectivités locales. Dernier point important et intrigant du candidat Fillon, imposer un nombre minimum de représentations à tous les spectacles subventionnés.

Juppé insiste sur l’importance de mettre fin à la concurrence déloyale des géants du net. Ces derniers, ainsi que d’autres services audiovisuels, seront sollicités pour financer la création tout en prenant soin de fiscaliser leurs activités en France. Dans son programme, le maire de Bordeaux veut défendre l’exclusion des biens et services culturels des négociations commerciales européennes et notamment le Tafta.

Enfin, les deux candidats soulignent l’importance du développement du mécénat culturel. Fillon veut favoriser ces modes de financement en soutenant les lancements de souscriptions, en développant les partenariats publics privés et le financement participatif. Juppé, lui, veut mettre en place l’acte II du mécénat pour renforcer la « loi Aillagon ».

Intermittence

Si François Fillon affirme ne pas vouloir toucher au régime des intermittents du spectacle, il souhaite tout de même le pérenniser en excluant toute forme d’emploi permanent et le réserver à des projets limités dans le temps. Il compte également faire de la lutte contre les abus un acte fort pour réduire le coût du régime.

Même son de cloche chez Juppé qui souhaite maintenir et renforcer le système existant tout en voulant supprimer la « permittence » et les abus.