Ethel Smyth, compositrice engagée

Mis à jour le mardi 03 mars 2015 à 18h42

Auteure de six opéras et de nombreuses pièces instrumentales et vocales, Ethel Smyth fut aussi emprisonnée en raison de son engagement violent en faveur du mouvement des suffragettes. Portrait d’une compositrice méconnue.

Ethel Smyth fut la première… Première femme à entrer en classe de composition au conservatoire de Leipzig, première compositrice à voir son opéra interprété au Metropolitan Opera de New York (pour Der Wald ), et sans doute première figure musicale à s’investir autant dans un mouvement politique, celui des suffragettes.

Née à Londres le 22 avril 1858, Ethel Smyth est initiée très tôt à la musique par sa gouvernante, et dit avoir décidé dès l’âge de douze ans qu’elle serait compositrice. Son goût pour la musique se heurte à l’autorité parentale : son père, général d’artillerie dans l’armée britannique, s’oppose à sa vocation et la destine à une carrière de gouvernante. Ethel Smyth finit néanmoins par arriver à ses fins en 1877, date à laquelle elle part pour le Conservatoire de Leipzig. C’est en Allemagne qu’elle rencontre Brahms, Clara Schumann, puis Tchaikovsky, qui lui conseille d’étudier l’orchestration. Ce dernier dira d’elle dans ses Mémoires :

« Mademoiselle Smyth est l’une des quelques compositrices qui comptent parmi les personnes qui travaillent dans le domaine de la musique… Elle a composé plusieurs œuvres intéressantes, dont j’ai entendu la meilleure, une sonate pour violon, extrêmement bien jouée par la compositrice elle-même. Elle a donné la promesse pour l’avenir d’une sérieuse et talentueuse carrière. »

Cette « talentueuse carrière » prend son envol avec le retour d’Ethel Smyth en Angleterre en 1890. Sa Sérénade en ré majeur est jouée à Crystal Palace et la compositrice a l’occasion de chanter quelques extraits de sa Messe en ré à la Reine Victoria. L’œuvre est interprétée en 1893 au Royal Albert Hall avec le soutien de l’Impératrice Eugénie.

De 1893 à 1910, la carrière musicale d’Ethel Smyth est ponctuée de nombreux succès. En 1898, son opéra Fantasio est monté à Weimar. Quatre ans plus tard, son second, Der Wald (La Forêt ) est joué à Berlin, puis au Royal Opera House de Londres, tout comme son opéra The Wreckers, en 1910.

L’engagement d’Ethel Smyth

En 1911, Ethel Smyth promet au Women’s Social and Political Union (WSPU) de consacrer les deux prochaines années de sa vie à la cause des suffragettes. L’organisation, fondée par Emmeline Pankhurst en 1903, se démarque des mouvements existants (National Union of Women’s Suffrage, Women’s Franchise League …) par son utilisation plus prononcée de la provocation, et des grèves de la faim.

L’engagement d’Ethel Smyth pour le vote des femmes se traduit rapidement par son action. Elle compose The March of the Women, qui devient l’hymne du WSPU dès 1911, et dirige la pièce lors d’un rassemblement au Royal Albert Hall.

En 1912, la compositrice est condamnée à deux mois de prison pour avoir brisé la fenêtre de la résidence du secrétaire d’Etat aux colonies lors d’une manifestation. Purgeant sa peine à la prison d’Holloway, elle reçoit notamment la visite du célèbre chef Thomas Beecham, qui laissa un témoignage amusé de cet épisode :

« Quand je suis arrivé, le gardien de la prison était pris d’un fou rire. Il m’a dit « Entrez dans le quadrilatère ». Il y avait… une douzaine de dames, marchant de long en large et chantant fort. Le gardien me montra une fenêtre où se trouvait Ethel elle était penchée, et dirigeait vigoureusement avec une brosse à dents, se joignant au chœur sur sa propre chanson »

Avec l’arrivée de la Première guerre mondiale, le mouvement des suffragettes suspend son activité pour – à sa grande majorité – supporter le gouvernement britannique en guerre. Ethel Smyth rejoint la XIIIe division de l’armée française et accompagne l’effort de guerre à l’hôpital militaire situé à Vichy. Pendant cette période, elle entame aussi l’écriture du premier livre de ses mémoires.

L’influence de ce séjour en France se lit dans l’activité d’Ethel Smyth une fois la guerre finie. En 1922, son cycle de mélodies françaises rencontre un grand succès au Festival de Salzbourg. Deux ans plus tard, la compositrice termine un sixième opéra, Entente Cordiale, opéra comique sur les mésaventures d’un soldat britannique comprenant mal le Français.

Ethel Smyth et Virginia Woolf
Ethel Smyth et Virginia Woolf

Mais surtout, cette dernière période de la vie d’Ethel Smyth est celle de la reconnaissance. Celle de la nation d’abord : en 1922, la compositrice devient Dame Ethel Smythde l’Empire Britannique, titre honorifique pour le service rendu à la musique. En 1926, l’Université d’Oxford lui offre un Doctorat honorifique en musique.

En 1930, alors que sa symphonie chorale The Prison est créée à Londres sous la direction d’Adrian Boult, la compositrice alors âgée de 71 ans tombe amoureuse de Virginia Woolf. Amusée, cette dernière entretiendra avec Ethel Smyth une amitié jusqu’à son suicide, en 1941. Très affaiblie, Ethel Smyth s’éteignit le 8 mai 1944 à l’âge de 86 ans.

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