Essonne : Le Conservatoire du Val d’Yerres sur la corde raide

Le Conservatoire départemental du Val d’Yerres (Essonne) rencontre des difficultés financières conséquentes. Les subventions allouées à sa structure ont été réduites de moitié. Un problème se pose : les acteurs de la communauté d’agglomération ne s’accordent pas sur son devenir.

Essonne : Le Conservatoire du Val d’Yerres sur la corde raide
Manifestation des élèves pour le maintien de leur conservatoire - © Ardamuse

Intégré à un réseau de 6 villes, le Conservatoire du Val d’Yerres est une composante centrale de la vie culturelle locale. Cette année il accueille 1158 élèves, de tout âge et de tout niveau confondu. 69 enseignants assurent l’apprentissage ou la formation professionnelle des musiciens et danseurs.

Depuis avril dernier, des rumeurs circulent sur sa fermeture. Aujourd’hui on sait qu’il s’agit moins de l’arrêt de son activité que de sa « refonte pédagogique », mais sur ce point les avis divergent.

RESTRICTION BUDGETAIRE OBLIGE

L’établissement est subventionné depuis 2003, notamment par l’Etat et le Conseil général. Le bémol : cette année la Communauté d’agglomération est amputée de plus de 50% de son budget - 360 000€ en 2008 contre 130 000€ en 2014 -. « En 2013 nous avions déjà vécu une coupe budgétaire. Aujourd’hui elle est drastique » explique Cédric Senly, directeur général du réseau de la CAVY. Le Conservatoire en prend un coup. Pour le moment, quelques décisions s'ébauchent.

D’un côté, les six élus de la Communauté d’agglomération cherchent, dans l’urgence, à repenser toutes les dépenses du Conservatoire. A ce titre, ils proposent un nouveau projet pédagogique. Il y est question de cours collectifs au dépend d’un apprentissage individuel, d’une filière dite de « Loisirs » pour élargir les prestations du lieu à un public plus large. Enfin il s’agirait de réévaluer le coût général de personnel. D’après Cédric Senly, « 60% du budget actuel est destiné à la rémunération des 25 enseignants de catégorie A ». Une information qui, d’après Isabelle Meillat, présidente de l’association Ardamuse, n’amène qu’à faire culpabiliser les professeurs.

De l’autre, justement, l’association Ardamuse qui se fait la porte-parole des élèves, des enseignants et d’une partie de la population, tente de se faire entendre auprès des politiques. Elle craint surtout la perte du label « rayonnement départemental » dont dispose actuellement le Conservatoire et qui lui permet une activité diversifiée.
Une manifestation était notamment organisée les 6 et 7 juin dans les rues du Val. On pouvait entendre des collégiens scander "Aux Arts Citoyens", "La musique, la danse c'est notre vie…".

Cette initiative n’est pourtant pas du goût de tous. Le député-maire (DLR) et Président de la Communauté d'agglomération, Nicolas Dupont-Aignan parle « d’instrumentalisation des enfants » et considère les parents d’élèves « indignes ». La virulence des propos est à l’image de la situation : la communication est quasi-inexistante entre les deux bords.

Face à cela, Ardamuse a un objectif : « faire reculer les décisions actuelles car les coupes budgétaires sont faites à la va-vite. Il faut établir un temps de réflexion plus long, qui mobilisera un maximum d’acteurs locaux. A la rentrée nous pourrons entreprendre une restructuration plus réfléchie » explique Isabelle Meillat.

LA MUSIQUE, CŒUR BATTANT DU DEPARTEMENT

Le Conservatoire du Val d’Yerres est aussi un lieu privilégié d’apprentissage pour deux établissements du département.

Il s’agit de deux collèges concernés par le dispositif des Cham-Chad (Classes à Horaires Aménagés Musique/Danse). A ce titre, plus de 128 élèves suivent un cursus en musique, en danse ou plus récemment en « expérimentation vocale » de la 6ème à leur 3ème. Plus qu’une simple appréhension de la musique, « cette initiative permet aux élèves de pouvoir s'épanouir personnellement. Qui plus est, c'est parfois pour eux une première perspective dans leur projection professionnelle » assure Mme Meillat.

En septembre, tous les jeunes musiciens pourront terminer leur cycle. A contrario, les inscriptions pour la rentrée 2015 semblent pour le moment compromises.

La fête de la musique devrait être l’occasion d’une nouvelle manifestation départementale.