En Suède, 653 chanteuses dénoncent le sexisme et le harcèlement dans le milieu de l’opéra

653 chanteuses lyriques suédoises ont lancé un appel contre le sexisme et les actes de harcèlement sexuel dont elles ont été victimes dans leur milieu professionnel. Depuis, les témoignages se sont multipliés sur les réseaux sociaux.

En Suède, 653 chanteuses dénoncent le sexisme et le harcèlement dans le milieu de l’opéra
Signataire de l'appel des 653 chanteuses lyriques, la mezzo-soprano Tove Dahlberg a livré son témoignage à la télévision suédoise, © Capture d'écran Kulturnyheterna

« La culture du silence existe également dans le monde de l’Opéra ». Après la tribune signée la semaine dernière par 456 comédiennes suédoises qui dénonçaient le harcèlement sexuel, les menaces et les viols dans le milieu du théâtre et du cinéma, c’est aujourd’hui le monde de l’opéra qui est visé. Le quotidien suédois Dagens Nyheter a publié un appel lancé par 653 chanteuses lyriques qui protestent contre le sexisme et les abus dont elles ont été victimes dans leur milieu professionnel, de la part de chanteurs, chefs d’orchestre et directeurs d'institutions.

« Dans l’univers des conservatoires et de l’opéra, les actes de harcèlement commis par des hommes sont minimisés, excusés, mis de côté », peut-on lire dans le journal. Interviewée dans l’émission télévisée Kulturnyheterna, la mezzo-soprano Tove Dahlberg, qui a participé à l'appel, livre son témoignage et revient sur un épisode très douloureux : « Un grand chef d'orchestre est entré dans ma loge lorsque j’étais seule et a commencé à m’embrasser puis à rire quand j’ai essayé de le repousser. J’ai appris que trois autres filles de la production avaient subi la même chose. Je me suis dit qu’il fallait en informer le chef de la production, mais quand je l’ai fait, ce dernier m’a répondu que cette personne avait trop de pouvoir et qu’on ne pouvait rien faire. »

L'artiste revient également sur les comportements abusifs de certains hommes pendant les représentations, lors des scènes de baisers notamment : « Ils en profitent pour insérer leur langue, ou nous toucher d’une façon déplacée. A ce moment-là, vous ne pouvez pas interrompre la représentation, donc vous vous dites juste "the show must go on - le spectacle doit continuer". » La chanteuse explique que ces comportements sont si fréquents qu’ils sont désormais intériorisés dans ce milieu où la précarité de l’emploi rend les femmes très vulnérables. « Vous vous dites que c’est dégueulasse, mais vous continuez à travailler. En tant qu’artiste indépendante vous êtes en position de faiblesse et vous savez qu’il y aura toujours une chanteuse pour vous remplacer si vous refusez un rôle. Et comme vous êtes dans une position de dépendance vis-à-vis des employeurs vous ne voulez pas être perçue comme une personne pénible. »

La parole libérée sur les réseaux sociaux #visjungerut

Elle espère que l’appel publié par la presse fera évoluer le milieu de l’art lyrique et que la tolérance zéro sera désormais appliquée. Depuis, les témoignages se sont multipliés sur les réseaux sociaux. Avec le hashtag #visjungerut, que l’on peut traduire par « libérer la parole en chantant », et qui a été lancé par les 653 chanteuses, de nombreuses artistes ont partagé leurs expériences. Le journal Aftonbladet rapporte ainsi le témoignage d’une étudiante : « Un chanteur connu avait été invité par mon école. A la fin d’une répétition, il a glissé sa main sous ma jupe, puis dans ma culotte et m’a embrassée de force », écrit-elle. Sur internet, plusieurs chanteuses reviennent ainsi sur des épisodes qui se sont déroulés lors de leurs études.

Toutes réclament la fin d'un silence introduit en partie par un culte du génie. Interrogée par le journal l’Expressen, la ministre de la Culture et de la Démocratie, Alice Bah Kuhnke a déclaré « c’en est assez ». Après les témoignages des 456 comédiennes, elle avait convoqué les directeurs de théâtre suédois et promet d’en faire tout autant pour soutenir les femmes du milieu de l’opéra. Elle ajoute, « la seule lumière dans toute cette obscurité est le fait que désormais nous parlons. Tout le monde parle et tout le monde sait. Maintenant il faut que ça change ».