En Russie, la justice lève l'assignation à résidence du metteur en scène Kirill Serebrennikov

Assigné à résidence depuis l'été 2017, sans téléphone ni internet, le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov a été libéré mais reste sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter Moscou. Il est accusé de détournement de fonds.

En Russie, la justice lève l'assignation à résidence du metteur en scène Kirill Serebrennikov
Kirill Serebrennikov en 2018, © Maxppp / Maxim Shipenko

En Russie, le tribunal de Moscou a levé l’assignation à résidence de Kirill Serebrennikov, ce lundi 8 mars 2019. Accusé de détournement de fonds, le metteur en scène et réalisateur russe a levé le poing en l'air et pris ses proches dans ses bras après l'énoncé du tribunal. Il a ensuite remercié ses partisans, convaincus que l'artiste est victime des valeurs conservatrices prônées par le Kremlin.

«Tout n'est pas terminé, nous allons poursuivre tout cela devant la justice afin de prouver notre pleine innocence », a assuré Kirill Serebrennikov dans une vidéo diffusée par le site Meduza.

Avec cette décision de justice,  l’artiste « continuera à vivre dans son appartement de Moscou mais il sera en mesure de le quitter, de travailler », sans toutefois pouvoir sortir de la capitale russe, a précisé à l'AFP l'un de ses avocats, Dmitri Kharitovov. La même disposition a été prise pour deux autres personnes accusées dans cette affaire.

Kirill Serebrennikov, directeur artistique du Centre Gogol, a assuré compter « fêter » la nouvelle avant de reprendre rapidement le travail. Depuis son assignation a résidence, il a tout de même continué à monter des films et des spectacles, depuis son domicile, grâce à des clefs USB. 

La mise en scène de Nabucco à l'Opéra de Hambourg par Kirill Serebrennikov
La mise en scène de Nabucco à l'Opéra de Hambourg par Kirill Serebrennikov, © Maxppp / Christian Forst

« Ce n'est pas très facile psychologiquement, mais il y a beaucoup de choses à faire. Nous avons des spectacles, des répétitions », a souligné le réalisateur, cité par l'agence Interfax.

Kirill Serebrennikov est soupçonné d'avoir détourné environ 130 millions de roubles (1,7 million d'euros) de subventions publiques destinées à son théâtre moscovite grâce à un système de devis et factures gonflés entre 2011 et 2014. Lors de l'ouverture de son procès en novembre, le procureur l'a accusé d'avoir « coordonné un groupe criminel » à des fins d'enrichissement personnel. Le metteur en scène avait pour sa part répondu n'avoir été responsable que des « processus artistiques et de la formation des programmes » et n'avoir « rien volé ».

Soutien international 

L'artiste avait été arrêté dans la nuit du 21 au 22 août 2017 alors qu'il se trouvait en plein tournage d'un film à Saint-Pétersbourg. Pour ses partisans, il paye pour sa liberté de création et ses pièces parfois osées, mêlant politique, sexualité et religion, dans un pays où les autorités poussent pour un retour en force des valeurs traditionnelles et conservatrices.

Depuis son arrestation, de nombreux appels à la levée des charges pesant sur lui ont été lancés par des figures du monde des arts russe comme par des personnalités culturelles internationales. 

L' équipe de Leto et la direction du Festival du Cannes manifestent leur soutien à Kirill Serebrennikov
L' équipe de Leto et la direction du Festival du Cannes manifestent leur soutien à Kirill Serebrennikov, © Maxppp / Laura Antonelli

Le directeur artistique de l'Opéra de Hambourg, où a eu lieu début mars la première de Nabucco monté par le metteur en scène russe, s'est dit « très heureux de la levée de l'assignation à résidence ». « Je souhaite à cet artiste exceptionnel qu'il s'agisse du premier pas vers une libération totale et sa réhabilitation », a déclaré à l’AFP Georges Delnon.

Kirill Serebrennikov avait également dû terminer chez lui le montage de Leto et n'avait pas pu monter les marches en mai à Cannes, où son film avait été acclamé par la critique.

Il avait aussi manqué en décembre 2017 la première au Bolchoï de son ballet Noureev, consacré au danseur étoile soviétique passé à l'ouest en 1961. Le spectacle lui-même avait été pris dans une controverse, retardant la première de six mois.

avec AFP