Coronavirus : en Chine, la culture comme moteur de la propagande gouvernementale

Le Musée national de Chine, à Pékin, accueille depuis quelques jours une exposition, à la gloire du Parti communiste et de son combat contre l’épidémie de Covid-19. Des galeries d’art à l’opéra, le monde de la culture chinois célèbre déjà la victoire du peuple sur la maladie.

Coronavirus : en Chine, la culture comme moteur de la propagande gouvernementale
L'exposition L'Union fait la force, au Musée national de Chine, n'est ouverte qu'aux Chinois. Les étrangers y sont persona non grata., © AFP / STR

L’Union fait la force. Derrière le proverbe se cache désormais le nom d’une exposition chinoise qui a ouvert ses portes dernièrement à Pékin. Depuis l’été, le monde de la culture chinois fait la propagande de la lutte du pays contre le coronavirus. Au Musée national de Chine, place Tian'anmen, 200 œuvres – peintures, sculptures, objets du quotidien -, d'artistes triés sur le volet par les autorités du PCC (le Parti communiste chinois), replongent les visiteurs dans l’atmosphère de la crise

La politique des autorités chinoises en maitère de gestion de la crise du Covid-19 est magnifiée par les différentes œuvres de l'expo.
La politique des autorités chinoises en maitère de gestion de la crise du Covid-19 est magnifiée par les différentes œuvres de l'expo., © AFP / STR

Des infirmières et des soldats le poing levé, devant un drapeau rouge qui rappelle les grandes heures du maoïsme. Pas de doute en parcourant cette exposition, le PCC cherche à donner en modèle sa lutte contre le Covid-19, dans une Chine qui aurait pratiquement éradiqué la maladie, si l'on en croit les chiffres officiels.

Une exposition contrôlée par le pouvoir

Pendant plusieurs semaines, le pouvoir a donné une impression de flottement, le président Xi Jinping disparaissant même des médias, dans lesquels il est habituellement omniprésent. Depuis, la Chine souhaite démontrer sa gestion exemplaire de l'urgence. Exemple avec cette toile, un tableau intitulé Réponse à leur lettre adressée au secrétaire général, qui montre une infirmière en extase en train de lire à ses collègues une missive de Xi Jinping, secrétaire général du PCC.

« Même s'ils ne travaillent pas en première ligne dans la bataille contre le Covid-19, les artistes ne ménagent pas leurs efforts pour exposer les actes héroïques de ceux qui y sont. » - China Daily, un quotidien chinois en anglais

Au centre de la salle, une sculpture exhibe des soldats grandeur nature en train de débarquer d'un avion pour porter secours à des habitants. Les uniformes évoquent à s'y méprendre une scène de la Longue marche, un des hauts faits de la légende maoïste des années 1930.

Peindre des héros nationaux

Plus émouvante, une toile représente une infirmière, masque sur le visage, en train d'ajuster la combinaison intégrale d'un collègue. Une autre affiche en gros plan montre le visage du plus célèbre expert médical du pays, le très médiatique Zhong Nanshan, avec une larme qui coule au-dessus de son masque. Sobre, la vignette le présente simplement en tant que « Membre du Parti ».

Une autre figure locale est pourtant absente de l'exposition : le docteur Li Wenliang, médecin de Wuhan qui avait donné l'alerte fin décembre sur l'apparition d'un nouveau coronavirus, avant d'être interrogé par la police qui l'accusait de propager des rumeurs. La mort du médecin de 34 ans, décédé du virus le 7 février, a donné lieu à une rare mais brève contestation du régime sur les réseaux sociaux. Ici, aucune œuvre ne se permet de remettre en question le pouvoir. 

La culture comme objet de propagande

L'exposition, commencée le 1er août pour une durée de deux mois, n'est pas ouverte aux étrangers : on ne peut accéder au musée que sur réservation en donnant obligatoirement un numéro de carte d'identité chinoise.

Devant un public clairsemé, un tableau équivoque intitulé Zone de quarantaine évoque la surveillance extrême sous laquelle se retrouve la Chine du fait du combat contre le virus : on y voit un homme passer la main à travers des barreaux, derrière un panneau indiquant « Prière de montrer votre carte d'accès ».

Un ballet pour saluer les soignants en première ligne

Le ballet Voler face au vent a été joué au Centre national des arts du spectacle, là aussi à Pékin, devant un public d'officiels chinois et de personnels de santé.
Le ballet Voler face au vent a été joué au Centre national des arts du spectacle, là aussi à Pékin, devant un public d'officiels chinois et de personnels de santé., © NCPA

Après huit mois de fermeture, l'opéra national de Pékin a rouvert au début du mois avec un ballet intitulé Voler face au vent, qui « exprime le respect et la gratitude du peuple » envers le personnel soignant, comme l'a expliqué Feng Ying, directrice du ballet, à l'agence de presse CNS. Des médecins et infirmiers de la province du Hubei étaient d’ailleurs invités à cette représentation, chorégraphiée par Fei Bo. A travers cette pièce, les personnels médicaux ne sont pas les seuls à être mis en valeur, c'est toute la gestion de la crise qui est, à l'initiative du Parti, saluée.  

Aux antipodes des œuvres rassemblées au Musée national de Chine, une exposition au Centre Ullens pour l'art contemporain (UCCA) à Pékin regroupe des artistes internationaux à la vision nettement plus décalée. L'exposition, baptisée Méditations en période d'urgence, présente une vidéo de 2014 du Français Pierre Huyghe, Untitled (Human Mask), montrant un singe errant dans un restaurant vide au Japon après la catastrophe de Fukushima.