En Asie, l'Orchestre philharmonique de Radio France fait des merveilles

En tournée en Corée du Sud, en Chine et à Hong Kong, l’Orchestre philharmonique de Radio France défend à merveille ce qu’il sait le mieux faire : le répertoire français. Exemple à Séoul, dernière date coréenne avant la Chine.

En Asie, l'Orchestre philharmonique de Radio France fait des merveilles
Mikko Franck dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France pendant une répétition sur la scène du Sejong Center de Séoul, © Radio France / Victor Tribot Laspière

La taille impressionnante du Sejong Center for the arts est à la mesure de l’Orchestre philharmonique de Radio France. Le bâtiment, situé dans le cœur de Séoul, sur la fameuse avenue Sejong, lieu des récentes manifestations contre la présidente destituée Park Geun-hye, ne facilite pourtant pas la tâche de l’orchestre. La salle est grande (3 000 places), et l'acoustique, compliquée, date de la fin des années 1970. Malgré tout, la phalange française en pleine forme a su trouver les ressources pour enthousiasmer le public séoulien.

Après avoir donné une série de concert à Busan, Tongyeong et Daejon, Mikko Franck et ses musiciens ont clôturé le chapitre sud-coréen dans la capitale avec un programme grandiose : le Nocturne de la suite Roi Christian II de Sibelius, le Concerto pour piano en fa majeur de Gershwin avec Yeol Eum Son (deuxième du concours Tchaïkovsky en 2011) et Ma Mère l’Oye et la Suite n.2 de Daphnis et Chloé de Ravel. Les chaleureuses acclamations du public donnent des ailes à Mikko Franck qui semble prendre goût à diriger debout, lui plus habitué à la station assise.

Les musiciens de l’orchestre s’amusent de ce changement chez leur maestro qui date du début de la tournée asiatique. En showman, le maestro ira même jusqu’à diriger face au public, au milieu de l’orchestre. Ravissement dans le public, perplexité chez certains musiciens. Néanmoins, le groupe apparaît soudé, aussi bien sur scène qu’en coulisses. Car c’est avant tout à cela que sert une tournée : renforcer la cohésion. « Les tournées et les enregistrements sont les deux temps forts de la vie d’un orchestre, analyse Alexandre Baty, trompette solo du Philharmonique. Les enregistrements parce qu’on reprendra la moindre attaque pas assez en phase ou pas avec la bonne balance. Les tournées parce qu’on a la chance de pouvoir répéter le même programme sur 5 ou 6 concerts à la suite. Nous pouvons donc avoir une énorme marge de progression. De plus, nous sommes conscients de la responsabilité que nous avons en tant qu’ambassadeurs de la culture française à l’étranger. Nous sommes conscients des coûts engendrés par une telle opération et par conséquent nous sommes très engagés et fiers de notre orchestre. Et cette mentalité fait énormément progresser un orchestre ».

Svetlin Roussef, premier violon solo de l'Orchestre philharmonique de Radio France, sur la scène du Sejong Center de Séoul
Svetlin Roussef, premier violon solo de l'Orchestre philharmonique de Radio France, sur la scène du Sejong Center de Séoul, © Radio France / Victor Tribot Laspière

Un engagement dopé par l’enthousiasme du public coréen cher à Svetlin Roussev, premier violon solo du Philharmonique. Celui qui a été concertmaster de l’Orchestre philharmonique de Séoul pendant plus de 8 ans reconnaît avoir un faible pour ce public « plus jeune qu’en Europe et très chaleureux. A la fin de chaque œuvre, nous avons le droit à des hurlements et des sifflements, on est très proche de l’ambiance d’un concert de rock ». Vérification faite lors du concert de Séoul. Mikko Franck lève les bras comme pour embrasser le public : immense clameur. Il salue de la main au moment de sa dernière sortie de scène : on frise l’émeute.

Lorraine Campet, contrebassiste co-soliste, arrivée il y a un an et demi n’en revient toujours pas de l’accueil que leur ont réservé les jeunes coréens de Tongyeong qui venaient assister à un concert scolaire. « C’était très différent des concerts scolaires en France. Il y a avait à la fois une grande qualité d’écoute et des applaudissements très démonstratifs. C’est un peu l’inverse de ce qui se passe chez nous ».

Répétitions de l'Orchestre philharmonique de Radio France sur la plus grande scène de Séoul, le Sejong Center.
Répétitions de l'Orchestre philharmonique de Radio France sur la plus grande scène de Séoul, le Sejong Center. , © Radio France / Victor Tribot Laspière

Il faut noter le rôle important qu’a joué Myun-whun Chung pour la popularité de la musique classique. Le maestro est l'un des coréens les plus connus de son pays. Alexandre Baty, qui sous l’impulsion de Chung a créé une académie de cuivres à Séoul car le maestro trouvait le niveau général trop en dessous des cordes ou du piano, parle même d’un « demi-dieu » ici en Corée. « C’est un pays très francophile donc lorsqu’on leur propose un concert avec un orchestre français, qui joue de la musique française et qui a longtemps été dirigé par la superstar Chung, c’est un carton. Et si Mikko Franck est moins connu ici, on ressent une grande curiosité et un appétit pour découvrir de nouveaux chefs ».

Le pari semble réussi en Corée du Sud. Cap maintenant sur la Chine où l'orchestre jouera ce samedi 27 mai à Pékin.